‹ Némésis; satire hebdomadaireChapitre 91 sur 133 · Louis XVIIL · texte numérisé non relu

Louis XVIIL

Vous éclairiez les pas de la goutteuse idole ;

Sur le grand escalier où défilait la Cour,

Vous formiez, en pleurant, des vœux pour son retour,

Puis vous alliez dormir dans vos calmes demeures.

Que faisiez-vous enfin aux soixante et douze heures,

Quand Paris étreignait d'un immense cordon

La trinité des rois exilée à Meudon ;

Quand, après trois grands jours de gloire et de carnage,

La légitimité fit son pèlerinage,

Et vers la sombre Ecosse où vont les souverains,

Chemina lentement la fourche dans les reins ? '

Dites, que faisiez-vous? Votre vue abrutie

Contemplait le convoi de cette dynastie ;

Et pour sauver Joas de l'éternel exil,

Pas un homme de cœur qui s'armât d'un fusil!

Non, vous n'avez rien fait pour les royautés veuves,

L'histoire contre vous a quarante ans de preuves;

Pour défendre leur vie ou leur trône, toujours

Les rois ont rencontré dés royalistes sourds.

Allez ! quand on a vu la dynastie errante

Depuis quatre-vingt-neuf jusqu'en mil huit cent trente.

Et que, pour lui sauver l'exil ou le bourreau,

Jamais on ne tira le glaive du fourreau ;

Alors, il faut se faire une justice prompte :

11 faut cacher sa tête, ensevelir sa honte,

Et dans le fond des cœurs, lacrymal réservoir,

Du retour des trois lis cadenasser l'espoir.

1. DeCorapiègne à Cherbourg, Charles X eut pour cortège des paysans qui , armés de fourches , étaient disposés à s'opposer à tout mouvenieul qui eût eu pour but de retarder le départ, de la royauté déchue.

Certes î le lendemain de la triple bataille ,

Quand le peuple marchait grand de toute sa taille.

Et que sous son talon qui couvrait mille arpens,

11 pouvait écraser vos têtes de serpens,

Vous auriez dû bénir cette haute clémence

Qui semait le pardon sur quinze ans de démence ;

Qui ne demandait pas compte du sang versé ;

Qui, d'un bras généreux, dans l'oubli du passé

Plongea de vos forfaits la sanguinaire histoire :

Ney, fusillé par vous devant l'Observatoire; ^

Duvernet, expirant sous un plomb assassin; '^ «iiuiixi »

Brune, accusateur mort du comtat Venaissin ; ^

Vallé, mâchant sa croix en montant sur l'échelle;

Les sergens glorieux, martyrs de La Rochelle ;

Tous ceux qu'assassina le stylet de vos lois ;

Didier, Labédoyère, orgueil des Grenoblois;

Berton et ses amis, conjurés magnanimes;

Lagarde poignardé par les héros de Nîmes; • ''^ i-'

Tous ceux dont le sang pur non encore tiédi, '

Teint d'un sombre reflet les fleuves du midi ;

Et ces jeunes Faucher, jumeaux de la Réole,

Qui montèrent aux cieux sous la même auréole.

1. Pauvre Ney ! Qui nous eût dit de voir son nom glorieux chargé par la cavalerie tricolore devant le théâtre des Nouveautés ! Honneur du moins à FoiUan et Dupeuty, qui ont essayé de traduire sur la scène cette grande et lumineuse (igure! Leur drame sera lu dans toute la France à défaut de représentations.

2. Le lieutenant-général Mouton-Duvernet l'ut condamné à mort à Lyon, le 19 juillet 1816. Il fut exécuté le 26, à cinq heures du matin.

3. Le maréchal Brune fut assassiné à Avignon , dans une maison où il s'était réfugié , par une bande de misérables qui traînèrent ensuite son corps dans les rues, puis le jetèrent dans le Rhftne. : i i

Oh! vous deviez alors, embrassant ses genoux,

Dire au peuple vainqueur : Notre vie est à vous!

Quoi ! si tôt, reprenant votre audace impunie,

Vous avez oublié vos crises d'agonie.

Votre honte récente et celle d'autrefois !

Quoi! vous avez encore une langue, une voix!

Quoi ! votre cause absurde, après tant de défaites, »

Pour votre Eliacin trouve encor des prophètes î

Rodomonts, vous forgez des récits fabuleux .• '^

Où vos blancs assassins exterminent nos bleus ; '• f*" ' -T

Vous feignez d'ériger en héros de batailles

Vos petits Vendéens, ces géans de broussailles,

Laboureurs fainéans qui, sur le grand chemin, îp^i/i

Vont gagner leur journée un poignard à la main.

Interprétant pour vous nos lois de tolérance,

Vous usez de ce don pour insulter la France ;

Mousquites importuns de la rébellion.

Vous titillez l'oreille et les flancs du lion;

Puis, si fronçant la peau de ses tempes arides.

Le lion vous écrase entre deux de ses rides;

Si le peuple, ennuyé de ces petits tourmens,

Veut imposer silence à vos bourdonnemens, . '--rA

Alors vous vous plaignez ! votre voix hypo«;rite

hivoque avec grand bruit la loi qui vous abrite.

Charte que votre main traîna dans les ruisseaux,

Charte dont notre main rajusta les morceaux.

Savez- vous ce qu'il faut subir de rudes crises

Pour qu'à la fin, un jour, vos plaintes soient permises?

Il vous faut supporter, pendant deux fois quinze ans,

La censure, l'exil , les outrages cuisans,

Les Broë, les Bellart, les sellettes fatales, L'échafaud voyageur et les Cours prévôtales ; Il faut que le trésor que votre main fouillait D'un double milliard indemnise Juillet ; 11 faut que de nos maux le retour parallèle Impose à vos douleurs deux règnes d'un Villèlo ; Il faut qu'un Polignac, suscité dans nos rangs, Etouffe par deux fois vos journaux expirans ; Que, le lis à la main, vos bandes accourues Pendant six jours de deuil ensanglantent les rues ; Alors vous vous plaindrez, ' vous en aurez le droit : Au récit de vos maux nul cœur ne sera froid ; Jusque-là taisez-vous; sans roidir sa colère. Bénissez chaque jour le bras qui vous tolère , Vous êtes les vaincus! non pas dans un scrutin, Non pas dans le secret d'un débat clandestin ; Mais vaincus, en plein jour, dans la ville insurgée, Vaincus, le fer en main, en bataille rangée ; Car, à défaut du bras, votre esprit et vos vœux Bourraient la balle suisse et dirigeaient les feux.

Ainsi, que voulez-vous, hommes aux couleurs blanches? Nous avons, pour vous plaire, épuisé les revanches, Et vous niez toujours vos désastres complets ; Comme un enfant boudeur qui joue aux osselets, Quand vous avez dix fois perdu la dynastie, Vous nous redemandez la dernière partie !

1. M. Bailliélemj ne se doulail pas sans doute que, si peu de temps après qu'il écrivait ces vers , la plupart de ses hypothèses seraient des vérités acconiplitîs.

Eli bien! pour contenter ce caprice d'enlant.

Je voudrais que le bras aujourd'hui trioniphaut ,

Exhumant vos Bourbons de leur brunie lointaine.

Rendît le trône au fils de la Napolitaine ;

Que Dieudonné, rentrant avec un sauf-conduit.

Au Saint-Cloud paternel fût encore introduit ;

Qu'on lui restituât les honneurs de sa race, ,

Ses cavaliers portant la lance ou la cuirasse,

Ses gendarmes armés de pesans mousquetons.

Ses rouges fantassins, nés aux Treize Gantons;

Qu'il eût autour de lui, comme une garde sainte,

Tharin, Damas, Latil, Frayssinous, Hyacinthe;

Pour conseiller, Cottu, ' moderne Balaam,

Et le pâle trio de la prison de Hani.

Eh bien ! croyez qu'alors, pour revanclie dernière.

Tout Paris s'unirait sous la même bannière ;

Relevant, à deux mains, son immense marteau,

Il tomberait, en masse, aux grilles du château :

Oh! cette fois, le peuple, en brisant le colosse,

Ne lui laisserait pas une tombe en Ecosse ;

Mais préparant pour lui des cercueils plus étroits,

n ferait en un jour plus qu'il ne fit en trois.

Eh! vous le savez bien : sans voir ce nouveau drame,

Vous pensez comme nous dans le fond de votre âme ;

Votre avenir de règne est à jamais perdu ;

Laissez donc au néant ce Messie attendu;

Oubliez l'avorton d'une race abolie;

1. M. Cottu était conseiller à la Cour royale sous la restauration. On n a pas oublié le ridicule qu'il s'attira par ses brochures , on grondait inie colère si plaisanle.

Il est temps d'abjurer votre longue folie ;

Croyez-moi, renoncez au brevet de martyr;

Rentrez tous au bercail ouvert au repentir :

Non que j'exige ici de votre foi récente

Ce zèle corrosif, cette chaleur puissante,

Ce feu des hommes purs, cette vertu des saints,

Que notre grand Juillet alluma dans nos seins :

Là, pour vos faibles yeux trop de vérité brille;

Mais, du moins, pour compter dans la grande famille,

Avec le nouveau schisme adorant un faux dieu.

Plongez-vous tout vivans dans le juste-milieu.

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