La gerbe d'eau du bassin du Palais
Ces cibles du malheur qui dès l'âge enfantin, Emoussent chaque jour le fleuret du destin ; Troupeau contagieux que la lèpre calcine, ïls n'ont pas le denier pour payer la piscine. L'obole qu'on échange aux angles du quartier Contre l'immonde pain du hideux regrattier. A l'heure du dîner ce peuple se condense ; Ils ont depuis longtemps nié la Providence; Ils n'invoquent jamais, pour raffermir leurs os, Celui qui donne vie aux petits des oiseaux ; ' Mais comme un dieu sauveur ils flairent au passage Quelque ami de collège à l'opulent visage Oui prélève, en courant, de son riche budget L'aumône qu'on déploie au comptoir de Rouget Ou dans le soupirail du sombre Larosière : ^ Plaignons celui qui fait une vaine croisière; Qui n'a pas recueilli dans son osseuse main De quoi ne pas mourir jusques au lendemain ! Suivez-le du regard : convive imaginaire, Il dérobe à Véfour son parfum culinaire ; Sa lèvre est suspendue aux mets éblouissans Qu'une vitre interdit à la main des passans; Il contemple surtout avec un œil étrange La fille de Joseph, la Rébecca du change; ^