LE GOUVERNEUR
L'abbé Bernard, suivant son guide, pareounit de longs couloirs extéricuni, tous cclain« à IVî *- *'. Cette promenade dura une quinm. Minutes au plus, pois, le guide frappa
k une f>orte et un valet vint ouvrir. " Ver i me tuixTe, monsieur Tabbé" dit le valet Kt lu prêtre pénétra dans un salon splendide. Il s'asnt sur le fauteuil et attendit. Apercexant un magnifique orgue à Tautre bout de la chambre, il i^co approeha et se mit à jouer, car il était bon musicien. Il jouait la prière de Gounod, et mettait ai bieo toute son ftoM dans son jeu qu'il n'sotendit pas entrsr un jeune homme, qui s'arrêta à l'entrée de la pièce pour l'éeoutsr. L'abbé se retournant enfin, aperçut le nouveau ▼«ou, qui lui dit :
— " PTmette»moi de tous félieiter, mon« sieur l'abbé; j'ai entendu la prière de Gounod \àm ém fois, mai jtmois je ne l'ai trouvée ai billa."
— " J'aime la musique, ivpondit le piékrt, et je n'ai pas su résister à la tentation d'ensnyer cet iustnimcnt, en uttcudaiU le };otivcnieur. J'eq)ère qu'il ne tardera pas à venir, car je suis preôé de retourner ches moi."
— " Le jeune homme salua en dÎMnt:
Je suis le gouverneur de cette ville, et je mo Qomme Roger de \'ille."
L'abbé eut l'air fort surpris, mais il sourit:
" — Excusez-moi, mais je croyais que le gouverneur devait être un vieillard, ou, tout au moius, un honinie un peu avancé en âge."
Roger de Ville sourit à son tour:
— " Je n'ai que vingt-quatre ans, nioni<ieur rablK*, mai» j'jvi été élu par acclamation. Tous les habitantii de cette ville, à l'exception d'un seul, étaient lieureux de me confier ime charge aussi ini|K)rtttnto.'' Et Roger .«^e mit à riri' avec l'insouciance de sa jeune^<Kfie.
" Monsieur le gouverneur, seriei-voui aaseï bon de me dire immédiatement ce que TOUS avez ù me communiquer, je suis preste de retourner chez moi. Mais permettetHooi de vous dire que vous avei de singulièm manièiei d'agifi daoi cette \ille. . . on m'enlève presque^
f^feMOVILLS. H
on fnp Imivlo h^ yotiT. . . d'à façons i>« sauraient avoir mon approliation, vous ne devet pat en douter, monsieur le goufwneur."
— " Je regrette que nous ayons été forcée d'agir comme nous l'avons fait, mais il le fallait et, vous ne seret plue f&chê qoaod je vous aurai appris re que j'ai à voue dire. Je dois, d'abord, vous raconter l'origine de cette \ille ; elle ne date que de deux ans.,"
— '' Je vow éeoute, dit le prMre^**
Alors, Roger de Ville fit le ri-cit du naufrage du " Queeo of the Waves ** et de sa découverte du " Nautilus."
— " Depuis Tenfanoe, ajouta-t-il, je rètaia d'habiter une nlle 8oa»>niarine, et mon rê>'e s'est féalisé. . . Certes, nous n'avons pas adopté le qnlteM du capitaine Nemo; nous faisons quelques excundons à terre quand cela nous plaît, mois nous préférons la vie dans la mer, qui nous est bonne. Notre ville, monsieur l'abbv, je vous la ferai voir demain, et je suis certain qu'elle vous intéi
L'abbé Bernard fut si surpri»— ou si émer^ veillé — de ce qu'il Nennit d'entendre, qu'il fut quelques instants sans pou>'oir répondre.
40 [«ËkÔVtLLM.
— " C'est yraiment mcn'eilleux ce que vous venes de mo dire, cela tient de la féerie, et je vous fôlicite d'avoir pu rt'aliscr un rêve si extraordinaire, ojouU»-t-il en riant, beaucoup d'hommes qui ont des ambitions pliu modestes ne parviennent pns toujours à les satisfaire; vous êtes un lieureux mortel, monsieur le gouverneur, et je me demande ce que vous pouvez bien désirer de moi et ce que je pourrais ajouter à votre bonheur."
— " Eh bien 1 oui, monsieur l'abbé, vous pourriez ajouter au bonheur de tous les habitants de Némoville, en acceptant de devenir le curé de cette ville. Acceptez-vous la proposition? "
Le prêtre hésitait; il avait écouté le récit de Roger avec intiTÔt, mais il était loin de s'attendre à une telle proposition. Cela lui parut d'abord inacceptable ; il secoua 1a tête en signe de refu.^.
— " Je ne vous ni piu* «lit, s.m- diMtc. la raison qui me pousse à vous faire leth* ••tfre. c'est que tous les habitants de Némonlle apparti( nent à la religion catholique romaine, al^ue vous n'y manqueriez pas de bien k fa^MT II y a dans cette ville des eôfants nés^efmifl la fondation, et qui n'ont pM eocoitnçtt U beptéme,
KiuiOvlLLt. 41
•I, m TOUS avieg rfifusé de venir ici, e« soir, M. Richard serait mort sans recevoir les ooDiolafions «le la religioD.**
C«t expoeé de faitfl acheva de convaincre l'abbc, qui ne voulut pas se soustraire au devoir que semblait hii tracer U Providence. Il ao> cepta immédiatement.
Il tendit la main au gouverneur en disant:
— "J'accepte, monsieur le gouverneur, puisque je pourrai travailler ici à la gloire de Dieu."
— " lleiei, répliqua le gouverneur, tous ne le regretleret pas, je m'en porte garant Vous devenei donc, dès ce soir, curé de Némoville. Voici votre chambre, fit-il, en ouvrant une porte donnant sur le salon. Demain, je vous ferai TÎiiter la ville. En attendant, je voue souhaite une bonne nuit"
On se sépara content de part et d'autre.
41 kEMOVILLS.
CH.UUTRE VII.
NEMOVILLK.
Le pîouvcmeiir attendait le ciiiv, ù la porte de 8u chambre, le lendemain matin. Après s'être informé de Hii snntv, il Taccompa^a dims la salle à manger, où se trouvait déjà Paul I^iuontagne, qui sifflotait joyeusement, en attendant 8on ami, auprî-s d'une cage dana laqticlle un magnifique canari égrenait des trilles savantes.
Iloger pré!»enta xtn aiui au curé, qui lui fit aussitôt cette remarque en souriant:
'* Dé'cidément, tout le monde a Tair bien heureux ici, jusqu'à ce canari, qui semble n'en être pas moins gai parce (|u'il habite le domaine des poissons."
— " La bonne humeur est contagieuse chez nous, répliqua Paul, et cela est dû au fait qu'il ne se trouve pas d'usurier à Némoville, ajoutat-il en riant de bon cœur."
Le nouveau cure ne put s'ompêcLer de rire do cette boutade, et répliqua que, lans doutei
quelques-uns des habitants de Némoville avaient dû ronnaitre vca dangereux Itipèdei* sur la tcrre^
c( •' •• • • •• m'- rien de mieux pour leur
Cl . enfoncer sous l'eau.
On prolouKcu le déjeuner, qui fut des plus jo3reux>-<Hi n'avait pas Tavanta^ d'un nouvel bâto souvent à Némoville— et le curé plut ù Roger et k Paul imr son esprit autant que \mT m bouté, dont il donna bientôt des preuves. I)e son eu? ' ^' se sentit immc^diatement conquis par la «le bon aloi des jeunes gens. 11
avait appris^ au coiu« de la conversation, que Paul était le ' ' :r et l'en
félicita. (Vf , , -** 11 uti-
rait dû être le Kotiverneur, car dons le renflouage du " Nautilus," Paul a risque \'ingt fois sa vie."
— " J'ai fait ma part de la besogne, voilà tout, et je n'y avais pas un grand mérite, après tout, puisqu'il s'agissait de me sauver, tout com* me les autres."
Roger voulut protester, mais Paul détourna la conversation, et s'adressant au curé, il lui dit :
— " Voofl allai viâter Némoville, ce matin, et faire la connaitnce de voe ptmiwfflis, je suis cartain qut tous seront beurmu de votre vieiU*"
U NEMOVILLS.
— " Némoville I . . . Vous avat nommi vqIm ville, je le vo», d'aprèe le capitaine Nemo."
— " Noiw lui devions bien cela, répliqua Roger, puiiique nous lui avionfl pris »m bateau, dont il n'avait plus que faire, il est vrai."
— " Tandis que iK)ur nous, r'étiût bien différent, ajouta Paul. Sans le " Nautilua," noua étions condamnés n périr sur une fie volcanique et déserte. Nous avons donné au capitaine des funéraille^i V «le ses goûts et de ses exploits, et nous av< usé le bateau pour fuir les ré-
pons dangereuses où le naufrage nous avait jetés."
— " Vous en aviez bien le droit, ajouta le prêtre, en souriant." Il reprit: " Maintenant, je suis & vos ordres, monsieur le gouverneur."
— " Partons, dit Roger en se levant*"
Némoville avait un mille carré de wapnfîcie; les soua-marins étaient reliés entre eux par des couloirs extérieurs. Cliacun était chei soi dans son sous-marin ; les couloirs étaient les rues de cette ville.
On n'était pas prisonnier à Némoville: chaque sous-marin se détachait facilement des couloirs extérieurs et pouvait seul remonter à U •urftoi de la mer, quand il le détinit
KEMOVILUL H
Quelquefois, la ville entière montait à la ■aHJBoe de la mer, renoordar aa provision d'air; et c'était un spectacle Uen étrange que de voir surgir de l'eau cette fie artificielle, qui pouvait se déplacer à volonté, clianger de localité, s'^ prrK'her de la côte ou bien replonger au fond de rOcéan.
Ah ! ils étaient bien heureux toi gens de Kémoville f
La léttdenee du gouvemeor était à Tana des extrémités de la ville; Les autres réddances se groupaient comme dans les rues d'une véritable ville.
L'abbé Bernard, accompagné de Paul et de Roger, fit la visite de sa nouveUa paroisse, et fut accueilli partout avec des déiaonkiations de la plus vive joie. Les mères lui tendaient leurs enfants, afin qu'il les bénit, les malades se ssn* taient soulagés par ses paroles de eonsolation el ses oonseils de résignation.
MarceUe, la fille de M. Richard, pleura sUencieanment en raparoavant, car il devait, quelques heures plus tard, procéder aux fun^ milles de aon pèrâ. Le prêtre lui parla doiM»> ment de la rW^nation à la volonté de Dieu,
41 MDfOVXLLl.
En quittant Mûrcelle, on se dirigM T«n une demeure un peu éloignée des aalres. On fnppa à la porte et un domestique vint ouvrir.
— "Comment se porte M. Duflot ce matin?" demanda Roger.
— 'Tns trop mal, monsieur le gouverneur," répondit le domestique, " monsieur a bien hâte de connaître notre curé."
Dans une pièt'C richement " " '", un
homme était étendu sur une chai- . ^ ic. Il {pouvait avoir cinquante ans. M. Duflot n'était piw un muifniKé du " Quecn «f the Wavee." Un jour que Ro^jer et Paul étaient allés à terre, ils virent un homme assis sur un rocher, et qui examinait le " Nautilus " avec attention. .Vu moment où les voyageurs allaient se rembarquer, cet homme vint à eux et leur dit : " Estil vnii qu'il existe une ville sous-marine où Ton peut vivre en paix, loin do toutes les conventions du monde, loin de toutes les niaisenes et de toutes les faiiâseté-s qui fleurissent sur la terre? "
— " Oui, mon.«^ieur, cette ville existe, et nous rhabitons, " n'iKmdirent Rogrr "• T "•' voules- V0U9 être des nôtres? "
— " Je ne demande pas mieux que de vous 8ui\'Te immédiatemeot; j'ai perdu tous ceux que
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j'aimaif, j'ai ét^ trahi par ceux qui faisaient •ambiant de m'aiiuer, maintenant, je suis seul, ai vivn loin de la terre, dans le ciel ou soua l'aau, eela m'est bien épU, mais je veux fuir la tarre où j'ai trop souffert"
— " Vanea avec nous, diiaot les deux amis, sans plus de oévémooiasi vaiMBf uMineur. .
— ''Je me nomme Duflot, reprit Tétran-
— "Un vrai nom de chei nous, ripœta Paul, un nom tout à fait comme il faut, dans une ville sous tes eaux. Je m'appelle J.amontagne, ne trouva» vous pas que c'est un peu gênant, pour habiter dans un sou8>marin? "
— " Cet honune est votre domestique, sans doute, demanda Roger, en désignant un individu, qui se tenait aoprta de M. Duflot II y a place pour lui
Et c'est ainsi que M. Dallol était deverni habitant de Némoville.
Le curé passa quelque temps chez M.
Duflot et partit en promettant da revenir bientôt
On retourna à la réaidanca du gouvarneor, où un loDcb était aervi. Il n*y avait qu'un aeiil
Il KEMOTILLE.
sous-marin qui n'avait paf éU Yifité. Il était au contre de la ville et il semblait auaû grand que le " Nautilua," mais comme ni Roger ni l'aul n'avait proposé de le visiter, le piètre n'osa pas le demander.
L'abbé Bernard était très content d'avoir ■ooepté de devenir curé de cette ville.
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