MORTE MORIERIS
Nout avons laiaé Tabbé Bernard au chevet d'un mourant Tout d'abord, le prêtre «"était cru seul arec le moribond ; mais bientM, il aper^ çut un jeune homme anis auprès du lit Celuici se leva et salua le prêtre:
— ** Il Tabbé Bernard, sans doute,*'
demanda-t- i sur on signe aflfarmatif, il continua: "Je sois le docteur Desmarais, et cet homme est mon patient Hélas I je n'ai pu lui sauver la vie. Il va mourir."
— " n n'appartient qu'à Dieu de donner la vie ou de la reprendre," répondit le prdtre. Puis, il s'approcha du Ut.
Le malade semblait dormir. L'abbé posa sa main sur le front du moribond, et cdui-oi ouvrit les yeux. Il parut à la fois surpris et soulagé de voir le prêtre. Celui-ci fit signe au nédedn de quitter la chambre, puis il s'assit auprès du malade, lui disant doucement des paroles d'encouragement et de eomglrtion.
Il XÏMOVILLl.
— 'Tai beaucoup de choees à dire murmura le moribond, et lee instants sont si courts!..."
— "Parles, dit le prêtre, ensuite je ▼ous donnerai l'abeolution de voe fautes et je vous administrerai les derniers sacrements de l'é^
se."
— " Mon père, reprit le malade, je n'ai eu qu'un amour dans nia vie, ma fille, ma Mar» oelle. . . Pour elle, pour la voir riche et heu-
i, j'étais prêt à aller jusqu'au crime. . ."
Une quinte de toux interrompit la oonfession. Le malade de\int d'une telle pâleur que le prûtre crut qu'il allait rendre le dernier soupir ; mais bientôt, il reprit d'une voix qui allait toujours en s'affaiblissant.
— " Un soir — il y a quatone ans de cela — un de mes amis, Jean Demers, arriva ches moi. Il venait de perdre sa femme qu'il adorait, et lui-même, se croyant atteint d'un mal qui ne pardonne pas, partait dans quelques heures, pour aller vix-re le peu de temps qu'il lui restait à passer sur la terre au pays où il était né, et où il n'avait plus aucun pnrcut. Avant de s'en aller mourir la-lias, il avait voulu me confier m fille, qui avait l'&ge de la mienne, six
NEMOVTLLB. tl
tni. n me fit promettre de Vâerer Mkm m fortune, qui 6tait considorable, et me remit un
por ' ".-« bien rempli. Je ^ '^ tout ce
qu it, pui?», lorsfju'il se f :ié aprèe
avoir prenm'» m fille dan.<i ses bras, je comptai les
' 'o l'enfant qui pieu-
.11 faut que je me hftte, eoupira le moribond, car je sene que je mV • ' • ' ' --
Et mot qui v< perdre tout
fortun» ■ ■ - "
la tent.
PerM>nne n'aN-ait vu »
moi, je déeidai de U fai
penoniM ne aoupçonnAi i
maieoD. . . Et sa fortune serait à ma fille. . .
Je dia donc i U petite que j'allais la mm^ UCT à son père et je m'acheininai vers les quaia, où elle me suint sana rénatance. Un bal«Mi était en partancei Je remis rcnfnn*, au ^«pitaine de ce bateau — homme au regard fu> yanV-~et je lui remia eo même temps la aonmie de cinq cents doUan. Le soir même le bateaa partit, et l'enfant de mon ami appartenait déaor> mais au capitaine Laurent
Tout me réuant, pendant plusieurs années, mais il y a deux ana, je reçus une lettre de mon
M HSMOVILLE.
•neien ami, Jean Demcnf. . . Tl Aait fru^ri el m'annonç4iit »»n reUmr. .. Affolé par la nouvelle, je (KVidni de fuir la juste colère de celui que j'avilis tmhi, et je pris paaage h bord du " Queen of the Wavea,'* qui fit naufrage «ur les cfttet d'une île inconnue. Ensuite, je dmdai de me cacher avec ma fille dans cette >*ille, où personne no i>ouvait avoir l'idOe de venir me chercher, ?r>u» le faux nom que j'aN-ai» pria. Je portais dormais le nom de Richard."
— " Mon frère, demanda le prêtre, est-ce sous le secrei de la confession (}ue vous me dites ces choses, ou bien d^irez-vous que je réfMre le mol que vous avez fait, s'il est poasible."
— '* Oh i réiHiret, répares le mal ! " rûla le mourant.
— " Alors ditee-moi ce qu'est deveone eette enfant."
— " Hélas 1 je l'ignore, je ne sais pas... souffla presque le malade."
— " Dites-moi son nom, dit le prStre en se penchant à l'oreille du malade, qui semblait épuisé."
— " I^ nom ... le nom . . . c'est . . .
Il ne put achever, la mort avait clos ses li'vres à jamais.
Hâtivement, le prêtre prononça les paroles qui pardooneol, puis il fenua les yeux du (ré-
imOVILLE. S«
pMié et ftppelft le docteur Desmanda. La promptitude avec laquelle il répondit à l'appel de l'abbé fit «ippowr à eelui-d qu'il ne s'était pas tvès éloigDé, mais le bon prdtre était trop foodireinent hoondte pour soupçtNiner que qMlqa'tm pût prêter l'oreille aux eonfidenoes d'un mourant
Cependant, le doeteur Deemaraia était un de ce» hommee qui tiennent lea yeux toujours balaiéi, et lee geoe qui ne savent pas regarder en face ont cénéralement quelque chose à cacher.
Bientôt un pu-< l«'j;cr .«c fit entendre tlans le r. la jMirto «!•' la rhunihre mortuaire
Su- : une jount' tille d'une vinj^taine <i'an-
nces parut. C'était Marcelle. Elle .«o précipita s'i 'le de flon père et ?* mit à cé-
mircfii... :.fant: " Mon |)ère. mon iktc,
mon lion pcrci " 8e tournant bnuM^uement
vers le pKnre, elle lui dit anppliante: "Oh! diies-n)"i ^'x-i ott'il n'est paa mort! "
r n dit par des paroles de con-
solation, It iiniation à la volonté
éo ' it enfin que tout
es] ne crise de d6ses
poir farouche, qui finit par la terrasser. Elle tomba inanimée sur le parquet.
M MBMOVILLB.
I^ médecin frappa aussitôt à la porte d'une diombre voiâine, et une vieille servanle parut
— " Mlle Blorcelle a beeoin de vos kâdb" dit simplement le médecin, sans plue s'occuper do la jeune fille. Il ajouta: " M. Richard ert
mort."
1^1 vieille servante fit un geste déaolé, et sans r^;arder le mort, elle se pencha sur la jeune fille, Tenleva dons ses bras robustes et l'emporta hors de la chambre funèbre.
— " Maintenant, dit le prêtre an médeem, une dernière prière pour celui qui vient de rendre son âme ù Dieu, et je retourne chei moi."
Comme il achevait sa prière la même vieille servante repanit et lui remit un pli cacheté. L'abU" l'ouvrit et lut ce qui suit:
*' Le gouvenieur de la ville prie Tabbé Bernard do vouloir bien suivre le guide qu'il lui envoie. I^ gouverneur a des choses importantes à comnmniquer et une proposition à faire."
L'abbé ne put retenir un mouvenjent <lc surprise: Que i>ouvait bien avoir le gouverneur à lui dire de si pressé? Ce fut en se po- MDt Mite question que le prêtre suivit son g;uide.
KemoviLLë. m