LA MAITRESSE
Même ardeur mutuelle embrase aussi Lydie
Pour ce cher Calais qu'enflamment ses transports.
Puissè-je, s'il le faut, perdre une double vie
Pour racheter ses jours du fatal Dieu des morts, etc.
Malgré le léger ridicule qu'il y a toujours à donner des places aux poètes, on est porté à classer Lemercier second, et mauvais second. Sa forme est rude, incorrecte jusqu'au barbarisme, ou, ce qui revient au même, jusqu'au néologisme manqué. En 1889 il traduit l'ode d'Horace à Postumus.
Eheu I fugaces, Postume, Postume, etc.
Deux mots, illacrimahilem et enaviganda, lui paraissent intraduisibles, par pauvreté de notre vocabulaire ; il n'hésite pas à écrire ceci :
Une triple hécatombe offerte chaque jour N'attendrit pas Pluton, Dieu sourd, inéplorable. Qui nous force à franchir l'onde irrenavujable.
L'erreur est d'autant plus forte qu'elle est raisonnée ; à la suite de sa traduction il ajoute cette note philologique : « Ma sévérité grammaticale désapprouve l'audace du néologisme, toutes les fois que notre langue par sa richesse fournit des équivalents à celle qu'on traduit. Mais ici, en risquant deux innovations nécessaires pour reproduire tout l'idiome du poète imité, j'ai cru pouvoir m'autoriser sans scrupule de son précepte même qui tolère, avec réserve parfois, au besoin, certaines créations bien logiques, par lesquelles se colore et s'embellit la poésie lyrique... Néanmoins il faut que les écrivains soient très économes de ces licences de langage ; car l'abus de ces hardiesses leur fait contracter l'habitude d'un style barbare. » Barbare est le vrai mot : habemiis confitentem poetam. Lemercier écrit mal, c'est incontestable, et le pire c'est qu'il