‹ Népomucène Lemercier et ses correspondantsChapitre 60 sur 93 · LEMERCIER ET LA POSTÉMTÉ I^I · texte numérisé non relu

LEMERCIER ET LA POSTÉMTÉ I^I

le zèle de la Comédie-Française, et je vous en loue. Je vous approuve également de n'avoir pas voulu que la reprise des ouvrages de notre ami ait lieu au milieu de la douleur publique et d'un deuil national. Vous sentez tout ce qui est grand, et vous êtes inspirée parles nobles souvenirs de votre père. »

Ce qu'il y avait de meilleur en Lemercier survivait en effet dans sa femme et dans sa fille. On le retrouvera encore dans les lettres qui vont suivre ; écrites par les plus célèbres écrivains de son temps, elles renferment chacune un trait de son esprit ou de son caractère, un document sur l'histoire de cet esprit bizarre mais original, de ce talent malchanceux mais puissant, de cet homme de transition entre le classicisme et le romantisme.

De FLORIAN

ler mars 1788.

M"", de florian félicite de tout son cœur le jeune auteur de Méléagre ; il a joui de son succès autant que s'il avait rhonneur d'être son intime ami. Il l'exorte à travailler de nouveau, à tenir au public la promesse solemnelle qu'il a faite hier d'avoir un grand talent, et une âme vive et sensible^ Il souhaite quelejeune arbre qui nous a donné de si beaux fruits, s'élève au-dessus de tous les autres, et couvre la terre de son ombrage.

M^ de florian envoie à monsieur le Mercier des observations sur sa pièce faites par le M'^ de Ximénès. Monsieur le Mercier en fera ce qui lui plaira, mais il serait, je crois, à propos qu'il en remerciât M^ de Ximénès.

I. Cette lettre de Florian a été publiée, jusqu'à cet endroit, par M. G. Vauthier, avec quatre inexactitudes (p. 5-6, note). Le reste de la lettre est inédit.

SouRiAu. — Nép. Lem.

l46 LES CORRESPONDANTS DE LEMERCIER

De MADAME REGAMIER

[Entre 1792 et 1795*.]

On me dit, Monsieur, que vous êtes ici. Je regrette beaucoup de ne pas le savoir par vous. — Voudriez-vous venir demain chez moi, à huit heures du soir, entendre M. Baour-Lormian qui doit nous Ure des fragmens de sa traduction du Tasse? — Vous savez que je serai charmée de vous revoir.

J. Régamier.

De TALMA

6 juin 1794-

Sans vouloir nier, mon cher Mercier, que mon affreuse paresse ait contribué beaucoup à retarder ma réponse, il est pourtant vrai que j'aurois voulu avoir celle de la Police avant de vous écrire. Mais j'ai vu que cela étoit impossible, vu la quantité de pièces qui sont à l'examen. Je

I. Elle se marie en 1792 et la traduction de Baour est de 1795.

LES CORRESPO?IDA?JTS DE LEMERCIER lli'^

pense comme vous que rien ne peut empêcher l'ouvrage de passer. Gaillard, que son intérêt éclaire, et qui prévoit assez les obstacles qu'on peut mettre à la représentation d'une pièce, ne doute pas que la Police ne nous rende incessamment la vôtre, et que nous ne la mettions aussitôt en répétition '. Il y aura peut-être quelques légers changements à faire, et comme votre absence et votre éloignement pourroient apporter du retard à la représentation, il seroit peut-être nécessaire que vous chargassiez quelqu'un de vos amis à Paris d'en suivre les répétitions, et d'y faire les corrections demandées : Arnaud, peutêtre, ou tel autre que vous choisiriez, pourroient vous rendre ce léger service. Quand à la distribution, je ne vous ferai qu'une seule observation. La G"^ Petit qui a un talent marqué dans la comédie, n'est nullement habituée au genre tragique ; je crois que Desgarcins seroit beaucoup mieux dans le rôle de Niloë. Au reste mon observation tombe d'elle-même, et je n'y tiens nullement, si vous avez quelque raison particulière de lui donner le rôle. Que ceci reste entre nous. Je crois sentir votre rôle comme vous l'avez fait. Ou je me trompe fort, ou le Lévite aurai un caractère profondément tragique. Mon vrai mérite, si j'en ai dans le rôle, sera de vous avoir parfaitement entendu. Ne doutez pas des soins que je mettrai à établir votre enfant hébreu, mais les soins désintéressés sont toujours les plus tendres, et je sens qu'il sera plus satisfaisant pour moi de partager sa gloire que sa fortune. Pourquoi voulez-vous vous priver de la rétribution d'au-

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