On trouve ce discours au Moniteur, n° du 5 juin i84i
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exemplaire des deux discours aux amis de son mari, en particulier à Humboldt. Elle tient à assister à la 3* des Burgraves ; peut-être ne lui déplaît-il pas trop que la pièce n'ait qu'un demi-succès.
Elle veut, par tous les moyens que lui suggère son cœur, entretenir pieusement le souvenir de son mari dans ce théâtre qu'il avait tant aimé. Elle donne son buste à la Comédie-Française qui l'avait demandé, et qui la remercie. Le 2 décembre 18^2, autres remercîmenls de Viennet : comme président de la Commission des Auteurs Dramatiques, il lui offre sa gratitude pour « l'appui généreux » qu'elle a donné à leur caisse de secours. Enfin on verra, par les deux lettres de Sainte-Beuve, avec quelle passion jalouse M™^ Lemercier protège la mémoire de son mari contre ceux qu'elle croit malintentionnés : elle répond du tac au tac au grand critique surpris, et un peu mécontent, de voir qu'une simple femme lui tienne tête. — On la voit dans une fière attitude, faisant le geste de la statue de Saint-Marceaux, le Génie gardant le secret de la tombe.
Elle est du reste largement aidée dans sa tâche par sa fille, qui pousse le dévoûment filial jusqu'à porter le nom de Népomucie l Les lettres de M"" Lemercier à son père montrent qu'elle avait un esprit charmant. Sauf une seule de ces lettres qui présente un intérêt littéraire, je ne publierai rien de cette correspondance intime, quoiqu'elle soit exquise : l'amour du document doit avoir ses limites. Je ne donnerai donc pas même une bien jolie lettre du 9 octobre i834: on y voit la parfaite sympathie entre le père et la fille malgré la diflerence de leurs
LEMERCIER ET LA POSTÉMTÉ I Sg
convictions religieuses, l'admiration de M"* Lemercier pour « la noblesse et la prudence qui n'abandonnent jamais ton caractère », lui dit-elle. Elle l'admire parce qu'elle le comprend, parce qu'elle est de taille à le comprendre. En digne fille de son père, elle est capable de composer, mais elle ne publie rien. On trouve au Mss. CGXLVII un certain nombre de ses œuvres inédites, écrites d'une plume virile, et notamment quelques scènes d'une pièce. Ceux qu'on croit heureux, « tout ce qu'on voudra en un acte » ; une petite nouvelle, à peu près de la même valeur, « histoire de la jeune anglaise de la maison rouge » ; surtout un grand drame sur Marguerite de Bourgogne, femme de Maximilien d'Autriche ; en vérité ce n'est pas mal du tout : c'est le drame historique dans le genre des Barricades deYitet ou du Maréchal d'Ancre de Vigny.
M"* Lemercier était digne d'être la confidente littéraire de son père. Leurs deux existences étaient intimement unies. La jeune fille ne se maria pas, après avoir refusé des partis, ou les avoir vus repoussés par un père assez méfiant, qui estimait très haut sa fille : une fois même, en père de tragédie, Lemercier exigea que ce fût sa fille elle-même qui rebutât un prétendant qui ne déplaisait pas: « Me sentant soutenue par la tendresse que j'attendais pour prix de ma docilité, je ne souffris presque pas du mal que je me faisais: mon père me plaignit, et même plusieurs années après, je vis une larme couler de ses yeux au souvenir du chagrin qu'alors j'avais éprouvé 1 Aussi tout cela était fini à vingt-quatre ans. » Elle ne se plaint pas de devenir une vieille fille, étant d'un dévoû-
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ment absolu à ses parents, se sacrifiant presque trop : restée seule avec sa mère, elle se tue à la soigner; M°" Emilie David d'Angers lui écrit même : « Je voudrais vous voir prendre un parti héroïque: mettre M^^L. dans une maison de santé, précaution que justifierait de plus en plus l'aggravation de son état... Il me semble que vous avez au moins droit à un peu de repos sur cette terre, où il est si rare. Je ne cesserai d'insister auprès de vous. Vous faites si bon marché de votre existence que c'est à vos amis de la prendre sous leur garde. »
Énergique, elle se raidit contre l'affreuse douleur que lui causait la mort de son père, le [\ juin ; quinze jours après elle s'installait devant son bureau :
Ce vendredi 19 juin i8/io.
Je dois dès à présent employer les heures que je passais à attendre mon père, puis ensuite à causer avec lui quand il était revenu..., à retracer à ceux qui nous survi\Tont son histoire vraie.
Chose touchante : la veuve et l'orpheline se faisaient, chacune de côté, les biographes de leur cher disparu. Ensemble, elles s'occupaient d'entretenir le culte de la mémoire de Lemercier, surtout le souvenir de son théâtre, renonçant à tout profit, à toute succession dans ses droits d'auteur, ne cherchant que sa gloire, veillant à ce que la reprise d'une de ses œuvres ne fût contrariée par rien : deux mois après la mort du duc d'Orléans, Thénard écrivait à M"*^ Lemercier, le 28 septembre i842 : « Je sais tout ce que vous avez fait pour faciliter la reprise des ouvrages de notre ami. Sans doute cet acte de générosité n'était pas nécessaire, mais vous avez voulu ainsi exciter