LIBERTÉ, ÉGALITÉ
Paris, le i3 vendémiaire l'an 7^ de la République française, une et indivisible.
LE MINISTRE DE l'iNTÉRIEUR
au Citoyen Le mercier Citoyen, je désire former un recueil d'hymnes patrio-
tiques et de chants républicains pour servir dans tous les cantons aux cérémonies décadaires et aux fêtes nationales. Mais il y manque l'hymne de la vieillesse pour servir à la fête des vieillards. J'attends de votre patriotisme que [vous] voudrez bien vous en charger. Ce sujet me paroit fécond en images poétiques. Il peut fournir aussi des réflexions philosophiques. Je suis persuadé que sous votre pinceau il ne pourra que gagner infiniment. J'espère que vous voudrez bien me donner cette marque d'amitié, et servir en même temps la chose publique. Je me garderai bien de vous prescrire rien à cet égard. Vous avez trop de goût pour ne pas choisir le caractère et le mètre le plus analogue au sujet. Il vous paroitra peut-être ainsi qu'à moi que la forme dramatique seroit la plus favorable, et que, s'il étoit possible d'introduire diflérents personnages, des coryphées et des chœurs, cette forme plus animée ajoute roit à la solennité, et rendroit l'intérêt plus général. Au surplus, je m'en rapporte à vous ; je suis assuré d'avance que l'exécution répondra à la dignité du sujet et à la réputation de l'auteur d'Agamemnon, qui, jeune encore, a mérité d'être distingué des auteurs tragiques.
Je crois devoir vous prévenir qu'on est un peu pressé des paroles pour avoir le temps de les mettre en musique. Je vous prie de m'instruire promptement de vos dispositions à cet égard.
Salut et fraternité !
François de Neufchateau.
lOO LES CORRESPONDANTS DE LEMERCIER
Du Général MARMONT
20 décembre 1799 (?)
à Paris ce il nivôse 8° (?)
Le gênerai Bonaparte me charge, mon cher Lemercier, de vous prier de venir diner chez lui aujourd'hui [\ nivôse. Vous y trouverez plusieurs personnes de votre connaissance. Comme j'ignore Taddresse des Cit^ Chenier et Légouvé je vous prie de venir à mon secours, et de la donner au porteur de cette lettre.
J'ai fait votre commission auprès du Ministre de la guerre. Je vous envoyé l'acceptation de la démission du Cit. Laval.
bon jour, à ce Soir.
Marmont.
De BOCAGE
Mon cher Monsieur Lemercier
... J'ai été forcé àe, rompre avec M. harel... en rompant avec M. harel je lui ai offert de jouer P//2/0 sans aucune rétribution jusqu'à la i" rep°° de son nouvel ou-
LES CORRESPO?iDANTS DE LEMERCIER l5l
vrage, et je ne vous dis pas cela pour que vous m'en sachiez gré, je n'ai fait que mon devoir, après tous vos bons procédés il eut été fort mal à moi de vous abandonner au milieu du succès, et je veux que vous sachiez bien que je suis toujours digne de votre estime. Respect et affection bien sincères.
Bocage.
De BOCAGE
Mon cher maître
Vous avez bien raison, je me suis conduit comme un fou. Je me disais cela avant de rompre...
Enfin, c'est fini. Blâmez moi, mais conservez moi cette amitié, cette estime dont vous avez bien voulu m'honorer, dont je suis heureux et fier...
Je garde précieusement votre bonne, votre paternelle remontrance, et, s'il m'arrivait encore malgré mes années qui s'avancent si rapidement d'avoir l'intention de faire quelque nouvelle étourderie, je la lirai bien vite, elle me sauvera. Merci pour mon avenir, s'il m'en reste encore.
en tout temps, en toute occasion, à vous, mon cher maître, à vous de cœur.
Bocage.
l52 LES CORRESPONDANTS DE LEMERCIER
De Jean Baptiste SAY
2 3 novembre i8oo.
J'ai attendu jusqu'à présent, Citoyen, pour vous remercier de l'ouvrage que vous m'avez fait remettre par Renouard, afin de connaître la valeur du présent avant de vous en témoigner ma reconnaissance. Elle est fort grande, car l'ouvrage est fort beau. Vous nous faites de la poésie, tandis que d'autres ne nous font que des vers. Mais il faut avoir en soi une corde poétique pour qu'elle résonne à vos accens ; les organes grossiers y seront insensibles. J'ai sûrement le bonheur de posséder une de ces cordes, car mon âme a, tour à tour, été émue, élevée, étonnée, indignée, attendrie, en vous écoutant. Je dis vous écoutant, car j'ai lu à haute voix vos deux poëmes'.
Je me proposais de me retracer en vous écrivant les passages qui m'ont le plus frappé, les situations qui présentent un vif intérêt, les images grandes, les fictions neuves et les beaux vers; mais j'ai vu en reparcourant le livre que ce serait à n'en pas finir, et que si je vous disais : J'ai remarqué telle beauté, vous crussiez que je n'ai pas remarqué telle autre dont je n'aurais pu vous parler.
Je regrette que mes arrangemens avec mes collaborateurs de la Décade philosophique ne placent pas les ou-