‹ Népomucène Lemercier et ses correspondantsChapitre 63 sur 93 · I. Homère, et Alexandre · texte numérisé non relu

I. Homère, et Alexandre

LES CORRESPONDANTS DE LEMERCIER l53

vrages de poésie dans le cercle de ma compétence : je me serais plu à rendre justice au vôtre, et je n'ai pu qu'en citer une note dans un article du dernier numéro. Je ferai tout ce qui dépendra de moi pour que celui qui en rendra compte ne soit pas un de nos collaborateurs qui, ayant d'ailleurs beaucoup de talent, n'a pas celui d'être assez sensible aux formes de la grande poésie. H y a deux systèmes parmi les bons poètes. Chacun de ces systèmes a son mérite ; pourquoi l'un voudrait-il exclure l'autre ? Boileau n'a-t-il pas écrit les satires et chanté le Lutrin ?

Agréez, Citoyen, mes remerciemens et l'expression, fort peu importante à la vérité, de ma parfaite satisfaction.

J. B. Say, Tribun.

De M™" de RÉMUSAT^

J'ai été bien fâchée, Monsieur, d'être obligée de re-

I. A propos de la chute d'Isule et Orovèse : « Le jour qu'on essaya vainement de la représenter, j'en ôtai le manuscrit au souffleur dès le commencement du troisième acte », dit Lemercier en tête de sa tragédie, publiée chez Barba en i8o3, et dédiée en effet à M""^ Bonaparte dans une lettre de quatorze pages.

l54 LES CORRESPONDANTS DE LEMERCIER

tourner sur le champ à S' Cloud. J'avais un bien grand désir d'aller voir ma cousine, et un véritable besoin de vous parler de l'indignation que nous a causée la scène indécente qui s'est passée hier à la comédie. Assurément jamais la cabale sans opposition n'a été plus maîtresse de la scène, et jamais ouvrage n'a été moins entendu que le vôtre ; vos amis, plus émus que vous peut-être, ont bien partagé la juste impatience que vous avez dû ressentir, et j'aurais bien voulu que M. de Rémusat eût été assez heureux dans ses recherches pour vous trouver, et vous parler du mépris que nous a inspiré à tous une pareille intrigue. Madame Bonaparte avec qui nous avons beaucoup parlé de vous à notre retour, m'a chargée de vous dire combien elle vous approuvait d'avoir enlevé votre ouvrage à un auditoire si peu fait pour l'entendre. Elle espère avoir le plaisir de vous voir bientôt, et elle accepte maintenant avec empressement la dédicace d'/su/e que vous lui aviez offerte. Hâtez vous donc de le faire imprimer, livrez le à un public sans passions et sans intrigues, et n'exposez plus votre talent aux cabales des envieux. En effet il est juste qu'ils soient jaloux d'une réputation et d'un caractère que vos amis trouvent tant de plaisir à aimer et à estimer ; vous savez, Monsieur, que mon mari et moi, nous voulons être mis au nombre de ces derniers, et l'un et l'autre nous vous prions de croire à la sincérité de notre attachement.

LES CORRESPONDANTS DE LEMERCIER l55

De BERNARDIN DE SAINT-PIERRE

i^"" octobre i8o3.

Je n'ai qu'un moment pour répondre à la lettre charmante de Monsieur le Mercier. Il faut que je parte pour l'institut. J'aurai au moins le plaisir de m'entretenir de lui avec Notre ami commun Ducis. Je le prie de me rappeler au souvenir de ses amies qui ont un si aimable interprète de leurs sentiments* et de se ressouvenir luimême de la promesse qu'il m'a faite de venir me voir. Au moins qu'au commencement des mauvais jours je puisse encore compter sur une belle matinée !

Salut et tendre amitié.

De Saint- Pierre.

Paris, ce 8 vendémiaire an 12.

De SAINT-PRIX

3 octobre i8o3.

Mon ami, il y a aujourd'hui huit jours que j'ai commencé l'étude d^Agamemnon, et je sais le rôle. J'ai voulu plus âgé de dix huit ans vous donner une

Page 1