A l'Athénée Royal
De DUCIS
28 septembre 181^.
à Paris, le 28 Septembre 181 4
Je VOUS aurais répondu plutôt, mon cher ami, si je n'avais pas eu à tenir compagnie à un de mes intimes amis, tout récemment arrivé de Londres. C'est mon ancien ami Richard, né à Strasbourg, à qui j'ai adressé deux pièces de vers renfermées dans le troisième volume de mon édition, qui est celui de mes épîtres et poésies diverses.
Yousne doutez pas, mon cher Népomucène, du plaisir que j'ai senti en revoyant votre écriture. Vous viendrez donc à Paris cet hiver pour y reprendre votre cours de littérature. Cette nouvelle m'a causé une véritable joie, et je suis sûr que ce nouveau cours aura, comme le premier, un grand succès qui vous rendra au public sous un très heureux aspect et avec de grands avantages. Vous pouvez vous miontrer avec honneur partout, vous, mon ami, qui avez parlé et écrit à notre gueux avec tant de raison et de courage.
Les bontés dont le Roi m'honore m'ont pénétré de reconnaissance. La nation lui a fait une liste civile digne d'un Roi de France. J'espère qu'après l'honorifique, l'utile viendra pour subvenir aux besoins d'une longue SouRiAu. — Nép. Lem. i4
vieillesse qui a mis un nuage permanent sur ma vie et a presque détruit dans mon corps le mouvement devenu toujours languissant et souvent douloureux. Je sens que le repos est un besoin essentiel pour tout mon être.
J'ai fait quelques nouveaux ouvrages en vers : une épître de deux cents vers, à peu près, adressée à M^ Droz, devenu chevalier de Saint Louis...
Je compte m'occuper encore de plusieurs épîtres et d'autres ouvrages de poésie, pour me former, si j'en ai le temps, un quatrième volume qui complétera mon édition.
Je suis charmé de vous voir entre votre aimable Compagne et votre jolie petite fille, gérant vos superbes pâturages. Il est bon d'en jouir, mais il est bon de les quitter quelquefois. Présentez, je vous prie, mes respects et mon attachement à Madame Le Mercier. Je prends dans mes bras et je baise ce joli petit enfant qui va croître à l'ombre de nos lys pacifiques et refleurissants.
Donnez-moi, mon cher ami, des nouvelles de votre santé et de votre vie pastorale. Je penserai souvent à votre cours de littérature, tant cette idée m'est agréable. C'est avec un plaisir véritable, et dont je sais bien les causes, que je vous embrasserai cet hiver.
Vale et redama tuissimus
Joannes-Franciscus Ducis
s ST.
Ma femme vous remercie de votre souvenir, et vous dit mille choses, ainsi qu'à votre belle et tendre Alceste.
De DUCIS
23 janvier i8i5.
Paris, le 22 Janvier i8i5
Mon cher Nepomucène, je cause avec vous à cœur ouvert. Quand vous parlerez à l'Institut, Mercredi prochain, à Andrieux et à Campenon de mon idée de faire entendre à notre classe mon remercîment en vers à Tépître de deux cent quatorze vers que m'a fait l'honneur de m'adresser Monsieur le Marquis de Boufïlers, très estimable et très aimable, que nous venons de perdre, quand, dis-je, vous leur parlerez de faire cette lecture, et, s'ils en sont contents, de les faire imprimer par l'imprimeur de notre Institut, à tel ou tel nombre d'exemplaires, pour en envoyer à la veuve, au beau-fils, aux parents, amis, et confrères de M^ le Marquis de BouQlers, vous aurez, mon cher Nepomucène, l'attention de leur faire sentir que c'est un vif sentiment d'amitié et de regret de sa perte, par une haute et profonde estime de son caractère vraiment noble et respectable, que j'ai toujours honoré, que c'est uniquement, si mes vers sont jugés dignes de son épître, pour répandre quelques fleurs sur sa tombée Comment
I. La phrase est longue, et ce n'est guère une période. L'ccriture de cette lettre est grosse, presque enfantine. Les distractions d'orthographe sont nombreuses. Ducis n'a plus que quinze mois à vivre, et il a quatre-vingt-deux ans.
pourrais-je assez reconnaître l'aflection si vive, et [1'] estime si particulière et si honorable que M"", de Boufïlers témoigne pour moi dans son épître? Je serais bien fâché, dans ce moment, de m'en parer publiquement, comme je m'en glorifie dans le fond de mon cœur. Je travaille actuellement à un quatrième volume de poésie, et je tâcherai, avec les conseils, et sévères et précieux bienfaits de mes amis en rigueurs, et critiques, et coups de crayons rouges inexorables, de le rendre digne... de la Compagnie illustre et si bonne pour moi, à laquelle j'ai Ihonneur d'appartenir.
Voila, mon cher ami, ce qui se passe dans mon cœur pénétré de la perte d'un ami qui m'a donné dans son épître une preuve si éclatante de l'amitié profonde qu'il entretenait pour moi dans son âme. Oui, sa belle, et noble, et vertueuse, et charmante épître, sera imprimée dans mon quatrième volume, entre celles adressées à mes chers amis et confrères Andrieux et Campenon.
Je n'ai rien à dire sur l'impression des vers de mon remercîment : tout sera digne de notre Institut.
Voila le service, mon cher Népomucène, que je vous prie de me rendre Mercredi prochain.
Mes respects à votre aimable Joséphine. Je vous embrasse de tout mon cœur, mon cher confrère.
Jean-François Ducis.
SST
LES CORRESPONDANTS DE LEMERCIER 2l3
De DLCIS
2/j janvier i8i5.
A Paris, ce mardi 2 4 Janvier i8i5
Mon cher Nepomucène, j'ai reçu hier vos deux petits mots, dont je vous remercie. Voila donc tout bien expUqué et entendu entre nous deux pour la lecture et l'usage à faire de mon remerciement à l'Epître de Monsieur de Boufflers, notre cher et très regrettable ami.
Je viens de trouver une correction à faire au second vers de ce remerciement. La voici : après le premier vers qui reste comme il était :
Boufflers, qu'en l'admirant, j'ai lu ta noble épître, Qui, sage me nommant, me prête un si haut titre.
Ce second vers vaut mieux que celui que je supprime. Voici ce second vers :
Dont l'élan généreux m'accorde un si haut titre.
Un si haut titre, c'est trop vague. Qui, sage me nommant, dit clairement en quoi il consiste. Vous m'obligerez infiniment, mon cher ami, de consulter de ma part mon excellent Aristarque, Andrieux, à qui j'ai donné depuis très longtemps, par un grand bonheur, et à mon profit, plein pouvoir sur mes ouvrages. J'ai bien des grâces à lui rendre de la sévérité de son crayon rouge.
2 la LES CORRESPONDANTS DE LEMERCIER
Si VOUS trouviez aussi, mon cher Népomucène, quelque autre faute à reprendre dans mon remercîment à M. de Boufflers sur son Epitre, je vous prie instamment d'en faire part à Andrieux et de vous consulter ensemble sur l'article en souffrance.
Voilà, je le crois, comme doivent faire les bons esprits et les bons amis entre eux.
Examinez bien tous les vers que je vous ai laissés en dépôt. Que votre tant douce et charmante Colombelle, à son aise, me procure souvent le plaisir de me dire : — ils sont lus par elle. — Mon dîner avec elle, avec vous et Des chênes, m'a charmé.
Je ne tarderai pas à retourner à Versailles pour quelques jours (?) seulement, et sans que ma femme m'y suive. Une grande affaire m'y appelle, et je reviendrai bientôt à Paris. Nos deux domiciles sont, pour ma femme et pour moi, le plus agréable des arrangements.
Que les suffrages les plus marqués signalent votre cours de littérature, comme les plus riches pâturages honorent Croissanville. Bonjour, mon cher Népomucène. Mettez moi aux pieds de votre chère Joséphine. Je vous embrasse tous les deux, et la jolie petite fille qui chante si bien : « Vive Henri quatre. »
Vale et redama
Joannes-Franciscus Ducis.
SST
LES CORRESPONDANTS DE LEMERCIER 2l5
De CHÊNEDOLLÉ
g avril 1816.
Monsieur
J'ai déjà eu l'honneur de vous écrire, il y a à peu près six semaines, relativement aux places vacantes à l'Académie Française. J'avais conçu alors quelques espérances fondées sur le grand nombre de nominations qu'il y avait à faire ; mais le Roi ayant nommé à neuf places, deux seulement sont restées à la disposition de l'Académie, et je sais qu'il se présente au moins une vingtaine de concurrents pour ces deux places. Il serait donc trop tard et absolument inutile de se mettre sur les rangs pour les deux nominations qui doivent avoir lieu le onze de ce mois. Mais la mort de M. Ducis vient de laisser encore une nouvelle place vacante, et comme l'élection du membre qui doit le remplacer ne se fera que dans six semaines, il me semble que si vous vouliez vous concerter avec vos amis et vous intéresser pour moi, j'aurais peut-être quelques chances de succès. Il faudrait que vous fussiez assez bon pour voir Mrs Suard, Parceval, Andrieux, Lormian, etc., qui, en s'entendant, pourraient me procurer un assez grand nombre de voix.
J'en pourrais avoir aussi par Mrs de Chateaubriand et Fontanes, et tout cela réuni pourrait peut-être me conduire à une majorité. Si, d'après ce que vous aurez eu la
2l6 LES CORRESPONDANTS DE LEMERCIER
bonté de me dire, j'entrevoyais quelque possibilité de réussir, je me rendrais sur le champ à Paris où je prendrais mon domicile, puisque cette condition est de rigueur. Au reste, Monsieur, je m'en rapporte entièrement à la bienveillance et au zèle que vous avez bien voulu me témoigner, et dont vous m'avez donné, cet hiver, des preuves trop aimables pour être oubliées.
Agréez, je vous prie, Monsieur, l'assurance de ma haute considération et de mon entier dévoûment.
Charles de Chênedollé,
ce 9 avril 1816
De RŒDERER
2^ mai 1816.
En faisant ces jours derniers une revue dans mes papiers, j'ai rencontré un billet qui m'a été écrit par le secrétaire du i" Consul et par son ordre, dans le temps que j'avais la direction des théâtres avec celle de l'instruction publique'. Comme ce billet exprime pour la personne et pour les ouvrages de Monsieur Lemercier un intérêt qu'il est honorable d'avoir éprouvé, et doux peut-être d'avoir inspiré, je crois ne pouvoir en rien
I. Le Premier Consul lui annonça le 13 mars i8o3 qu'il l'avait mis à la tête du « département de l'esprit ». Sainte-Beuve, Lundis,
viii, 375.
faire de mieux que de l'envoyer à celui qui en a été l'objet.
Je prie Monsieur Lemercier de recevoir les nouvelles assurances de mon attachement.
RCEDERER.
24 mai 1816
« Cette lettre du i" consul a été volée avec d'autres papiers importants dans un déménagement. Nous avons toujours été entourés d'espions »^
De De SÈZE
12 juin 1816.
A Paris, ce 12 juin 1816
Le Premier Président de la Cour de Cassation, Pair de France,
J'ai passé l'autre jour chez monsieur Le mercier pour avoir l'honneur de le voir et de lui rendre mes hommages de confraternité et de reconnaissance ". J'ai eu bien du regret de ne pas l'avoir rencontré, mais heureusement que ce regret a été adouci par le bonheur de voir un moment mad™^ Le mercier dont l'intérêt m'a vivement touché; cependant je me proposais de demander à mon-