‹ Népomucène Lemercier et ses correspondantsChapitre 81 sur 93 · I. Rédacteurs en chef Saigey et Raspail · texte numérisé non relu

I. Rédacteurs en chef Saigey et Raspail

faire mes excuses, à l'occasion d'un mouvement de colère qu'a fait naître en moi une inculpation de notre adversaire. Elevé dans le sein des vertus les plus austères delà pauvreté, une accusation de mensonge me fait tant horreur, que, malgré toute ma philosophie, je ne répondrai pas de pouvoir, en telle circonstance, maîtriser mon indignation.

Agréez, Monsieur, l'assurance de notre considération distinguée.

Vos très humbles serviteurs,

Raspail.

D'ANDRIEUX

Mon cher et illustre confrère,

Je regrette que vous ne soyez pas des nôtres demain ; notre nouveau Roi n'est pas illettré, et il eut vu avec plaisir l'auteur d'Agamemnon, et de Pinto le Révolutionnaire, etc. etc. Je m'acquitterai de votre commission auprès de nos confrères.

Tachez de vous rétablir bien vite. Votre bonne santé nous est précieuse à tous, et particulièrement à votre vieux confrère, et si vous me permettez de le dire, à votre ami.

Andrieu

Mes respects, je vous prie, à Madame Lemercier.

'jGo les correspondants de lemercier

De DESTUTT DE TRAGY

8 septembre i83o.

Paris, ce 8 7'»"! i83o.

Mon cher et très honoré Confrère

J'ai reçu avec reconnaissance et hi avec un plaisir inexprimable votre excellente histoire de nos révolutions*. Je m'unis de tout mon cœur à toutes vos vues et à tous vos désirs. Mais hélas ! seront-elles suivies ? Seront-ils accomplis? En vérité je n'ose m'en flatter. Les hommes vraiment probes sont malheureusement trop rares parmi nous, surtout parmi les ambitieux. C'est de là que viennent tous nos maux. Voyez certain ministre, voyez notre ambassadeur à Londres, dont vous n'avez pas suffisamment expliqué les trahisons en i8i4 ; voyez la Chambre des Députés ne songeant qu'à se perpétuer; voyez celle des Pairs la protectrice de toutes les plus vieilles absurdités. Tout cela est bien triste. Je le suis encore plus, et peut-être trop, parce que je suis vieux, infirme, et très affligé de ne pouvoir être bon à rien. Je souhaite que cette fâcheuse disposition obscurcisse mon jugement et le rende trop morose. Mais ce dont je suis

I. Probablement « Lemercier à ses concitoyens sur la grande sein nne. »

très certain, c'est que si quelqvie chose pouvait me ranimer, c'est Texistence d'hommes comme vous.

Agréez, je vous supphe, avec mes félicitations, les assurances de ma très grande considération et du bien sincère attachement qui ne finira qu'avec ma vie.

Tracy.

De BENJAMIN CONSTANT

9 septembre i83o.

Vous devinez bien, Monsieur, qu'après avoir reçu votre belle ode sur le triomphe que nous avons remporté, il y a longtemps que je vous aurais exprimé ma sympathie, ma reconnaissance et mon admiration, si je ne m'étais trouvé accablé à la fois de trois maladies, d'une faiblesse physique qui me force encore à présent à prendre trois douches parjour, d'une multiplicité d'affaires qui cadre mal avec cet état de santé, et, ce qui est le pire de tous mes maux, d'une nuée de sauterelles, appelées pétitionnaires, arrivés comme des furieux de tous les coins du Royaume, pour moissonner ce que d'autres ont semé. J'ai donc différé de vous répondre, attendant, comme le paysan d'Horace, que le torrent s'écoulàt. Mais un flot succède à l'autre, et je commence à croire que lorsqu'il n'y aura plus de places à donner, il y aura encore des solliciteurs à écouter, et des pétitions briguant des apostilles. J'écarte doncla masse formidable

de papiers qui m'entoure, et je viens jouir du moment de liberté que je me donne, pour vous remercier du plaisir que vos vers m'ont fait, et du plaisir non moins vif que j'ai éprouvé de la preuve d'amitié que vous m'avez donnée en me l'envoyant.

D'autres vous loueront, et je me joindrai à eux bien sincèrement, sur votre belle strophe qui fait ressortir la conduite d'Alexandre de celle du Bourbon plus ou pis qu'un barbare, voulant incendier ce que les hordes du Nord avoient épargné. Vos deux berceaux (?) expriment de la manière la plus énergique et la plus heureuse ce que nous aurions à craindre des deux prétendants, qui ressemblent aux deux ailes de pigeon d'un voltigeur de la légitimité Impériale ou Royale. Mais ce dont je vous rends grâce encore plus, c'est de votre réprobation de l'obéissance passive, système absurde autant qu'atroce, et contre lequel je m'élève depuis 16 [ans]. Vos vers feront plus que mon humble prose.

Pendant que je vous manifeste ma gratitude pour votre ode, je reçois un nouveau bienfait, vos considérations sur la grande semaine, j'interromps ma lettre pour les lire

Je l'ai lue, et je puis dire une chose que jusqu'à présent je n'aurais pu dire d'aucun ouvrage ; c'est qu'il n'y a pas dans votre brochure une seule ligne que je ne signasse de grand cœur. Toutes vos réflexions sur le principe qui se meut à travers nos révolutions qui ne sont que des phases d'une révolution une et infaillible, sur l'armée, sur la jeunesse, j'abrège parce que rénumération serait trop longue, toutes ces réflexions, dis-je, sont parfaites de clarté, d'élégance et de justesse.

LES CORRESPONDANTS DE LEMERCtER 203

Je VOUS ai même pour cette publication une obligation presque personnelle. Depuis nos grands événements, les idées que vous avez si bien exprimées roulaient dans ma tête, moins nettes et moins précises, et j'étais tourmenté de la nécessité qu'elles fussent soumises aux hommes sages qui composent le public définitif. Cette nécessité me semblait si urgente que, malgré ma santé fort chancelante et pour le rétablissement de laquelle mon médecin m'interdit le travail, j'étais souvent entraîné à me dévouer et à braver le mal que me cause momentanément toute contention d'esprit. Vous m'avez tiré d'affaire, vous avez mieux dit que moi ce que je trouvais indispensable qui fut dit. Je vous en remercie pour la France et pour moi.

Vous savez qu'on me met sur les rangs pour être votre collègue. Je ne porte point obstacle à Cousin puisqu'il y a 2 places. J'espère pouvoir compter sur votre amitié. Etre votre collègue me sera très doux.

Agréez l'assurance de ma véritable sympathie et de mon sincère attachement.

Benjamin Constant.

Paris, ce 9 Sept. i83o.

De J.-B. SAY

17 septembre i83o.

Monsieur et très estimable Citoyen, J'ai reçu et lu avec un extrême plaisir votre brochure

sur la grande semaine. Que je voudrais voir vos vœux exaucés ! Mais hélas ! ce sont des gens déterminés qui ont fait la grande semaine ; et ce sont des gens timides qui Tcxploitent à leur profit. Yous avez couronné à l'Académie mes vues en faveur du bien public, vues, j'ose le dire, toutes honorables, toutes exécutables, et dont plusieurs auraient consolidé ce régime-ci. Croiriez-vous que nos minisires n'ont pas jugé que je pusse être bon à quelque chose? Apparemment que malgré mes 63 ans, ils me trouvent trop jeunet. Ils craignent la jeunesse, et ses généreux sentiments; quant à moi, je m'honorerai, ainsi que vous, de les partager jusqu'à mon dernier soupir. Recevez mes félicitations pour le bon ouvrage que vous avez fait, qui est en même temps une bonne action. Votre constamment dévoué.

J. B. Saï

Ce 17 Septembre.

J'ai envoyé à M. Comte son exemplaire.

De BENJAMIN CONSTANT

20 novembre i83o.

Je vous assure, mon cher ami, que votre amitié me fait plus de plaisir mille fois, que mon échec à l'académie

ne me fait de peine ^ J'ai acquis quelque réputation, à ce qu'on prétend, sans être académicien ; et ce serait bien plutôt pour être votre confrère que pour siéger au rang des quarante, que je voudrais avoir réussi.

Agréez mes tendres remercîmens, et l'assurance de mon attachement inviolable et de ma haute considération.

B. Constant.

Paris, 20 novembre i83o

De Madame LEMERCIER

7 novembre i83i, Voltaire a dit : « si j'étais roi, je voudrais être juste ! »

I. B. Constant ne dit pas toute la vérité. Dans son désir d'entrer à l'Acadcmie, il venait de demander au ministre de l'Intérieur, Guizot, d'imiter l'exemple donné en i8i6 par M. de Vaublanc, en chassant de l'Académie un certain nombre d'ennemis politiques : cela aurait augmenté le nombre des vacances normales, et assuré son élection : « l'Académie qui n'ignorait pas les projets de mesure violente qu'avait suggérés M. Benjamin Constant, était peu disposée à lui ouvrir volontairement ses portes, et, le i8 novembre i83o, ce fut son concurrent, M. Viennet, qui fut élu. » Guizot, Mémoires pour servir à l'histoire de mon temps, II, ll\l^-ll^^. — Le i5 novembre 1889, Béranger écrivait à un de ses amis de l'Institut : « il y a huit ans, on a employé Viennet à repousser Constant «; cité par AI. Félix Chambon„ Journal des Débats, 27 juillet 1907.

266 LES CORRESPOND/VNTS DE LEMEUCIER

Il s'est trompé ; un roi ne peut être qu'ingrat ! Mais si j'étais roi, je voudrais être habile, et me passer de messieurs les conservateurs, puisque j'essaye de me passer de la nation sur laquelle je règne I Les feuilles de la cour présente perdent l'esprit avec leur admiration pour les turlupinades politiques de M', de Chateaubrillant. Un athée chrétien, et soi disant catholique ; un chevalier pair aristocratique bonnet rouge ; un légitimiste bonapartiste ; un amant de la branche aînée déjà serviteur du juste milieu ; un français de Jérusalem ; un ministre hermite et qui pis est un écrivain aux gages de libraires en faillite pour avoir acheté beaucoup trop cher les œuvres de l'auteur du Conservateur, de la brochure sur Nicolas bonaparte, et du discours académique qui signale le berceau portant les destinées de la france (celui du roi de Rome ;) il est vrai qu'il conservait, en écrivant cette phrase, une petite phiole des eaux du Jourdain destinée à arroser le berceau miraculeux de l'enfant-miracle qui devait naître pour le salut de la monarchie I Comment... cet arlequin apostolique, impérial, démagogue et borbonnien ose-t-il juger ou parler de tes opinions? Vous vous êtes donc quittés sans trop d'humeur? J'en suis fâchée...

Nos fermiers deviennent absurdes : ils font de la politique, et s'occupent plus de la brochure de M. de Chateaubrillant que de leurs affaires. Oh I que tout cela est bête. Il n'y a plus de campagne^ plus de solitude, plus rien en France !

De Charles NODIER

10 mars t833.

Bibliothèque Paris le 10 Mars i83.?.

DE

i.'Arsexal.

Monsieur,

Je serois bien ingrat, bien indigne de vos bontés, si je n'avois pas profondément senti tout ce qu'il y a de noble, de généreux, d'honorable pour moi dans la spontanéité de votre suffrage !

Mes amis vous diront. Monsieur, que je suis un homme simple, peu soucieux des distinctions littéraires ou sociales, et que je n'ai été poussé une fois dans une candidature sans espérances que par des circonstances presque étrangères à ma volonté.

Aujourd'hui, je suis très fier I J'ai obtenu l'aveu d'un homme qui n'a pu être déterminé en ma faveur ni par une combinaison de parti, ni, hélas, par une habitude d'amitié! Cet homme, c'est Lemercierl — je vous prie de croire que ma vie littéraire est bien complette.

Agréez, Monsieur, les assurances de cette reconnoissance profonde que je m'efforcerois en vain d'exprimer ! Vous avez fait trop d'honneur à mon foible langage en paroissant supposer qu'il savoit peindre quelque chose : il me

manque au jour de ma vie où j'en avois le plus be-

som

Je suis, Monsieur, avec une estime respectueuse.

Votre très humble

et très obéissant serviteur.

Charles Nodier.

De J. DROZ

^4 septembre i83/j.

Mon cher confrère

Votre lettre peint fidèlement votre caractère, car elle est pleine de loyauté et d'amabilité.

Je vous écris pour vous donner, sur un point, quelques éclaircissements. Je savais que notre confrère Raynouard a fait, très noblement, un grand sacrifice de fortune pour tirer d'embarras un de ses parents. Avant d'écrire un mot pour ma candidature, je suis allé le voir, et je l'ai prié vivement de reprendre des fonctions * que je regarde comme lui appartenant encore. Il m'a répondu qu'il a 7ii ans, qu'il n'y a rien de plus précieux pour lui qu'une entière indépendance, et qu'il est résolu à ne point reprendre de fonctions. Tout ceci ne doit pas vous empêcher de suivre demain votre projet. Insistez, pressez ;

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