‹ Népomucène Lemercier et ses correspondantsChapitre 80 sur 93 · Casimir Dolavigne · texte numérisé non relu

Casimir Dolavigne

voulez Foie des bonnes lettres qui a rimé St Louis, c'est l'ami des Marcellus, la ville', et autres poètes qui ne recevront jamais le suflfrage ambitionné par Horace : qaod si me lyricis vatibus insères, subli/ni feriar sidéra vertice. Cependant l'honnête Marcellus a mis en pieds, césure et rimes, le Nunc Dimittis du bienheureux juif Siméon : vous connaissez les titres des autres. Bonjour : aimez toujours

votre ami Pouqueville.

Mes respects à Madame Lemercier.

De POUQUEVILLE

II Septembre 1822.

Ancenis^, 1 1

Mon cher Maître en Apollon, Votre Muse a-t-elle accompli l'œuvre mémorable des Martyrs de Souli, ce poëme destiné à porter notre Melpomène au plus haut période de splendeur, ou, suivant moi, elle puisse mon-

I. Est-ce Delaville ou de Laville, l'auteur d'un Charles VI, dont nous avons \u la querelle avec Lemercier ?

a. Pouqueville a mis par erreur: Paris. Le cachet de la poste donne : Ancenis.

ter. Je bondis, en pensant au commencement du cinquième acte que vous m'avez lu ; quel tonnerre dans cette scène ou Samuel fait ses derniers adieux au Monde. Faibles humains, que nous sommes pourtant grands, quand on parle, comme vous faites parler vos personnages. Oui, les voûtes de l'Olympe seront ébranlées de la majesté simple et sublime de vos accents. A côté de quelques morceaux dignes de Bérénice, on trouvera la pompe biblique, la chaleur de l'Alcoran, et le cri déchirant d'un ami de l'humanité, qui plaide sa cause.

Je suis toujours sans nouvelles de mon frère, et si je dois en avoir, ce ne sera qu'à mon arrivée à Paris où je compte rentrer vers le lo Octobre. J'y amènerai un petit collégien de dix ans, mon neveu, que j'arrache des mains des bestiaires chargés d'abrutir ici les enfants, par des coups, des prisons ; et tandis qu'il est défendu de frapper les soldats, on assomme les pauvres enfants.

Rappelez moi au souvenir de Madame Lemercier, aimez moi, et croyez aux sentiments d'admiration que vous m'inspirez et qui me causent encore tant de plaisir. Excusez mon griffonage, j'écris avec une plume de coq.

Votre ami Pouqueville.

De Madame TASTU

i6 octobre 1822.

J'ai appris par mon mari, Monsieur, et comme vous pouvez vous l'imaginer avec bien de la peine l'accident qui vous est arrivé. Tous vos amis ont dû être bien affligés et M"* Lemercier bien inquiète, heureusement le danger est passé. Vous direz peut-être et avec raison que voilà un heureusement singulièrement placé ? je ne sais en effet pourquoi on est toujours tenté d'adresser à ceux qui ont échappé à quelques périls, de sottes félicitations sur ce que leur malheur n'a pas été plus grand ; à moins que ce ne soit une preuve que nous ne sommes pas dans ce monde pour être heureux. Du moins si un succès était une chose nouvelle pour vous, celui de vos Martyrs vous servirait de compensation car il aurait de quoi satisfaire un auteur qui n'aurait pas acquis le droit d'y compter, mais vous vous souciez bien de cela ! je me réjouis cependant de revenir à Paris pour en causer avec vous, vous dire combien j'admire la peinture de votre féroce Pacha comment j'ai frissonné à son entretien avec ce pauvre persan, et combien je vous ai su gré de n'avoir pas altéré le noble caractère d'Eminé en lui donnant une autre passion que sa générale pitié pour les victimes de son cruel époux. Mais j'oublie que vous devez savoir bien mieux que moi ce que vous avez fait et pourquoi vous

l'avez fait. Je me tairai donc et vous écouterai et nous y gagnerons tous deux. Je veux cependant vous remercier avant de finir de l'intérêt que vous avez bien voulu témoigner à mon mari et à moi et dont vous nous donnez chaque jour des preuves.

Veuillez, Monsieur, recevoir en retour l'expression de ma reconnaissance et de l'Estime la plus vraie et la plus sentie.

Amable Tastu.

Clamart-sous-Meudon, i6 8''«(i822)i

De Madame LAVOISIER-RUMFORD

28 juin 1823.

Vous me rendriez bien heureuse, Monsieur, si vous vouliez me faire l'honneur de dîner chez moi après demain lundi. — Vous ajouteriez beaucoup de prix à votre bonté s'il vous était possible de me procurer la connaissance de M'' Casimir la Vigne, et de me l'amener diner lundi avec nous. L'on m'assure que je puis vous devoir cet avantage. Je dois entendre sous peu de jours son

I. Je conjecture que cette lettre est de 1822 puisqu'il y est question des Martyrs de Souli : cf. la lettre précédente.

Ecole des Vieillards. J'aurais le plus grand désir de le voir avant.

Veuillez, Monsieur, agréer l'expression sincère de mes sentiments les plus distingués.

Lavoisier-Rumford * .

Samedi, 28 Juin i8a3

Du Duc DE FITZ JAMES

21 décembre [1828]^.

Vous êtes toujours le plus aimable des hommes et le meilleur des amis ; j'ai su que vous aviez pris la peine de passer chez moi : ne m'en voulez pas si vous n'avez pas trouvé ma porte ouverte. Souffrant sur mon lit de douleur pendant cinquante jours, j'étais trop mauvaise compagnie pour recevoir autres que mes docteurs en faculté médicale et chirurgicale. Ils ne m'ont rien coupé, grâce à Dieu, mais de longtemps je ne pourrai écrire, ce qui pour moi est une rude pénitence.

Je vous remercie de m'avoir envoyé votre poëme de Moïse. Le titre seul m'a fait venir des cornes à la tête.

1. Sur son salon et son influence, cf. Guizor, Mémoires pour servir à l'histoire de mon temps, II, 417 sqq., et Frenilly, p. 283-284.

2. Le millésime n'est pas marqué dans la lettre dictée à un secrétaire. Moïse a paru en 1828. (Vauthier, p. 182, note i et Quérard.)

Comment ! vous, mon cher Philosophe, c'est vous qui chantez Moïse, non seulement législateur, mais encore envoyé de Dieu ? C'est une complaisance qui pourra vous mener loin, si vous n'y prenez garde. Cela vous donne une arrière physionomie de Capucin qui me fait trembler pour vous : il ne faut désespérer de rien, et je tire votre horoscope : nous finirons un jour par vous saluer Père Népomucène. Quoi qu'il en soit, dussiez-vous jeter aux orties l'habit de l'Institut pour vous enfroquer, vous ne douterez jamais, j'espère, de ma sincère et inaltérable amitié...

FiTz James.

Ce ai Décembre.

DeFOY

i5 novembre 182/4 '•

Avant que j'aille vous chercher, Monsieur et vous offrir mes remercîments, je veux vous dire le plaisir que j'éprouve à lire votre traduction en beaux vers des chants héroïques de la Grèce. Vous êtes le poëte des âmes fortes et des sentiments généreux ; et c'est pour les élans de la

I. Je ne suis pas sûr d'avoir lu exactement cette date, car cette lettre est adressée 5 Quai Voltaire, et Lemercier n'a habité là que d'avril 1822 à avril 182^. D'après l'adresse cette lettre devrait être plutôt de 1822 ou 1828.

liberté et pour les cris de l'indépendance des nations qu'a été inventé le langage des dieux.

Agréez, Monsieur, l'expression de mes sentiments dévoués de haute considération et de sincère attachement.

M. FoT.

Paris, le i5 Novembre 1824

D'Armand BERTIN

i5 juillet (1827 ?).

Monsieur

En vérité, je n'y conçois rien. Je savois maître Lourdoueix le plus effronté des laquais du pouvoir ; mais je n'aurais jamais cru qu'il put voir rien de dangereux pour le salut de Fetat et même pour le repos du comte de Corbières dans la publication d'un fait qui honore votre talent, s'il avait besoin encore de nouvelle illustration, l'académie française, et les lettres

l'article que vous m'avez fait l'honneur de m'apporter ce matin a été supprimé ce soir par la censure I

je vous l'envoie, et en espérant des temps meilleurs, je vous prie d'agréer l'assurance de mon respect et de mon admiration pour l'auteur d'Agamemnon

Votre très humble et très obéissant serviteur

Armand Bertin P"" le Rédacteur en chef du journal des Débats

De l'acteur GENIES

27 septembre 1827.

Saint Petersbourg, 15/27 Septembre 1837

Monsieur

Vous m'avez témoigné tant d'intérêt à Paris que j'ose espérer que vous n'apprendrez pas sans quelque plaisir ce qui m'est arrivé à St Petersbourg depuis mon départ. Quant à moi je n'oublierai jamais que c'est en partie à vos conseils et à vos excellents ouvrages que j'ai du mes premiers succès au théâtre, et que lorsque l'ineptie du pauvre Frédéric (dont M'' Sot Système avait affublé rOdéon) me forçait à abandonner pour ainsi dire la carrière théâtrale, vous seul, Monsieur, avez daigné approuver le plan que j'avais formé d'aller en Russie.

Tout a réussi au gré de mes désirs. Attaché au théâtre Impérial de St Petersbourg pour 6 années j'ai eu le bonheur d'obtenir un brillant succès. Acceuilli par V Empereur lui-même, j'ai déjà reçu plusieurs marques éclatantes de la munificence de S. M. entr' autres deux magnifiques bagues en diamant et une fort belle tabatière d'or.

Mais ce qui m'a le plus flatté, c'est l'entretien que j'ai eu dernièrement avec l'Empereur après avoir joué à la Cour. Je suis resté près d'une heure avec lui en présence de toute la Cour étonnée. Cela est d'autant plus flatteur

que depuis Paul I" on avait jamais vu pareille chose un jour d'apparat.

L'Empereur se montre grand amateur des arts et je pense que Messieurs les Auteurs et les acteurs n'apprendront pas sans quelque intérêt la haute protection qu'il accorde à la troupe française...

Enfin voici la troupe au grand complet et parfaitement bien composée.

On dit que Mademoiselle Mars se retire, et Madame Narichkinn a écrit à son mari qu'elle comptait faire un voyage en Russie avant d'abandonner tout à fait la scène. Mademoiselle Mars recevra chez les Russes un acceuil non moins flatteur que celui que son immense talent lui procure chaque jour à Paris, et joint à cela ample moisson de roubles...

La fortune a daigné me sourire. D'après l'ordre de l'Empereur mes appointements ont été fixés à 1 5 ooo f". de france, un bénéfice chaque année, et après dix années de service j'aurai une pension de 5 ooo roubles tiers du traitement... A la vérité nous ne sommes pas à Paris, mais Petersbourg est malgré ce qu'en dit l'ingrat M"" Ancelot un séjour enchanteur et une ville magnifique.

Nous avons joué plusieurs de vos ouvrages. On va monter Pinto et si vous étiez assez bon pour me faire parvenir un exemplaire de vos Martyrs de Souly je ne doute pas d'un grand succès dans ce pays, où tout annonce que la cause des malheureux Chrétiens de la Grèce va triompher et oia la Censure est moins bête.

Adieu, Monsieur, veuillez bien me conserver une petite

place dans votre souvenir et croire au respect de votre très humble et très dévoué serviteur

Génies.

Ayez la bonté si le hasard vous mène à TOdéon de me rappeler au souvenir de mes anciens camarades et dire à M" de Vailly que nous venons de jouer leur imitation de <( Cabale und liebe » et que la pièce a réussi malgré la comparaison journalière qu'on peut en faire avec la pièce allemande, puisque le théâtre allemand la joue.

D'Ernest LEGOUVÉ»

l\ Juin 1829.

Jeudi matia

Madame

La victoire est à nous ! j'ai le prix ! le débat a été long, et jusqu'à la séance d'hier, Monsieur Lemercier croyoit à peine au partage du prix ; mais la chance a tourné, et je vous demande la permission de vous conter tout cela.

Il avait été décidé que les 4 pièces réservées pour con-

I. Monsieur E. Desvallières a bien voulu m'accorder l'autorisation de publier cette lettre. Je tiens à lui exprimer ici ma reconnaissance. — On comprendra mieux, après avoir lu cette lettre, le chapitre iv des Soixante Ans de souvenirs de Lcgouvé, et tout le bien qu'il dit de Lemercier.

courir au prix, MM. Bignon, Saintine, Lemaire, et Le Gouvé, seroient relues toutes quatre, le lendemain, par la même personne ; le mercredi, hier, l'académie s'est réunie une heure plus tôt, et Monsieur Lemercier a commencé la lecture. Le n" 2^, mon plus redoutable concurrent, et que beaucoup préféroient à moi, a produit moins d'effet qu'à la première lecture, et il en a été de même des deux autres ; mais Monsieur Lemercier a si bien lu ma pièce que ce qui avoit paru long a paru large ; ce qui avoit paru obscur a paru nerveux, et ces messieurs, tout étonnés de leur ancienne impression, et prompts à en revenir m'ont donné le prix à l'unanimité. Monsieur Andrieux lui-même m'a donné sa voix. Monsieur Parseval a dit qu'il étoit bien fâché de trouver dans ma pièce quelques mauvaises rimes ; Monsieur Laya a témoigné le désir de me voir pour me faire corriger ma pièce, et le plus gros des hommes sensibles, Monsieur Lally Tollendal, a demandé le partage entre M"" Bignon et moi. Voilà ce que je sais de cette séance dont le résultat est un peu votre ouvrage, puisque vous avez bien voulu intéresser en ma faveur plusieurs académiciens, et que vous m'avez encouragé par votre amitié et vos bons conseils, et j'espère que je vous aurai longtemps des obligations de cette nature. Si jamais je parviens au but où j'aspire, je saurai séparer dans mes succès la part qu'y aura la bienveillance de quelques personnes de bien ; Rien, je crois, n'est plus propre à former un jeune homme que le commerce d'âmes pleines de sentiments élevés et délicats, et rien ne sauroit l'exciter davantage que le désir de repondre à cette amitié. Les personnes que j'aime agissent

beaucoup sur moi ; je prends quelque chose de leurs qualités et de leurs défauts, et, sans vouloir les copier, je me surprends quelquefois à les imiter; aussi, Madame, depuis que je vous connois, ai-je senti s'élever en moi des idées qui m'étoient inconnues, ou se développer davantage des sentiments encore faibles ; il me semble que je vaux un peu mieux. Si je dois faire quelque chose qui ne soit pas louable, involontairement je pense que vous pourriez le savoir, et cela m'arrête : je n'aimerois pas à rougir devant vous'. Pour Monsieur Lemercier, c'est un autre genre de modèle ; j'étudie son caractère, pour me fortifier l'âme, comme son talent pour me nourrir l'esprit ; je le suis à la piste dans tous ses sentiments et dans toutes ses paroles, et, plus je le connois, plus je l'aime ; je pense quelquefois qu'il doit me trouver bien nul en conversation, car je ne dis presque rien, tout occupé que je suis d'écouter. Et que tout cela, Madame, ne vous paraisse pas l'effet de ma joie et la suite de mon effervescence de bonheur : si je vous le dis aujourd'hui, c'est qu'il y a longtemps que je le pense, et tous ces sentiments sont dans mon cœur depuis que je vous connois. Je ne sais pas si vous êtes encore fâchée contre moi, j'espère que non, mais si vous l'étiez, que mon succès qui est le vôtre vous rende clémente ; les anciens prétendoient que les lauriers garantissoient de la foudre : qu'ils me

I. Une autre lettre, du 9 octobre i83i, est amusante, mais ne peut être publiée parce qu'elle met en jeu un tiers : Legouvé raconte à M™' Lemercier qu'il est en train de guetter un de ses locataires, débiteur insolvable, sur le point de faire banqueroute. Il interrompt précipitamment sa lettre parce que le débiteur vient de rentrer.

sauvent aujourd'hui de votre mécontentement, et que je puisse être entièrement heureux.

Recevez l'assurance de mes remercîments, et veuillez présenter mes hommages à Mademoiselle votre fille, qui, je l'espère, voudra bien prendre un peu part à mon bonheur.

Votre tout dévoué et reconnaissant

E. Le Gouvé.

De Félicien DAVID

12 septembre 1829.

Monsieur, M. Guérin m'a fait part de ce que vous avez bien voulu lui dire et lui écrire à mon sujet, et vous ne doutez pas du sentiment que m'a inspiré tant de bienveillance. Il me tarde de vous l'exprimer moi même. Je vous prie donc de m'indiquer le jour et l'heure où nous pourrons, mon ami et moi, nous présenter chez vous. Je serai heureux de former une liaison qui fut commencée il y a dix ans et que mon voyage à Smyrne interrompit trop tôî. J'obtins de vous à cette époque, un bon conseil que j'ai suivi, et un encouragement qui m'a déterminé à conduire à fin ma longue entreprise. C'est vous aujourd'hui qui voulez bien en être le protecteur. Je vous devrai donc SouRiAU. — Nép. Lem. i-j

deux fois de la reconnaissance. C'est une obligation qui n'est jamais à charge quand elle est contractée avec un homme de votre caractère.

Je vous prie d'agréer, Monsieur, l'assurance de ma haute considération.

F. Da^id rue Jacob, n" i4

Ce 13 Septembre 1829

De RASPAIL

26 septembre 1829.

Paris, le 26 7'"'« jSiQ.

Annales des Sciences d' Observation^.

Monsieur

Permettez nous de vous remercier, non pas de nous avoir rendu un jugement favorable (alors même que votre décision eût contrarié nos intérêts, nous n'en aurions pas moins été persuadés que vous l'auriez prononcée d'après votre conscience) ; mais de la bonté que vous avez eue de vous charger d'une semblable affaire, et d'aborder de semblables désagréments. Croyez, Monsieur, à toute notre reconnaissance.

Quanta moi, en particulier, je me crois obligé de vous

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