D'ALEXANDRE DUMAS
Monsieur et illustre confrère* Encouragé par le Conseil que vous m'avez donné, j'ai écrit ce matin même au Secrétaire de l'Académie pour qu'il voulut bien inscrire mon nom sur la liste des candidats : si la démarche est orgueilleuse, une partie de l'orgueil m'étant venu de vous, je vous dénonce à Satan pour que vous portiez la moitié de ma peine.
i. Sur la candidature de Dumas à l'Académie, cf. Alexandre Dumas, Histoire de mes bêtes, I, 3, et Parigot, le Drame d'Alexandre Dumas, p. 1/4. — Sur les rapports des deux écrivains, lire dans les Mémoires de Dumas, t. IV, p. ii4 et suivantes une véritable exécution de Lemercier : « Dieu merci ! j'ai peu connu ce méchant petit homme, et n'ai jamais rien eu, pour mon compte, à démêler avec lui, n'ayant jamais rien eu à démêler avec l'Académie, etc. » On le voit : si Dumas avait quelquefois de la rancune, il n'avait pas toujours une très bonne mémoire.
J'ai rhonneur d'être avec un profond respect et une sincère admiration Monsieur
Votre très humble et très obéissant Serviteur.
Alex. Dumas.
De HUMBOLDT
27 février 1889.
Le porteur de ces lignes, cher et excellent confrère, mérite le généreux accueil que je sollicite auprès de vous et de l'aimable et spirituelle Madame Lemercier ; Mr. Devrient est un artiste dramatique, auteur dramatique très distingué, plein d'instruction et d'esprit d'observation, qui visite Paris dans le seul but de recueillir des matériaux pour un grand ouvrage sur l'art dramatique en Allemagne et en France, auquel il travaille depuis longtemps. Il appartient ... comme sociétaire au grand Opéra: son chant est plein d'àme et d'expression, mais l'immense flexibilité de son talent l'a porté bientôt vers la haute comédie dans laquelle il obtient les succès les plus éclatants. C'est un homme modeste, intérieur, d'un commerce très sur, appartenant à cette famille Devrient de Dresde, célèbre pour le chant et la déclamation. Le père
était le grand acteur que Gœthe a tant admiré. Daignez, cher et généreux ami. mettre mon compatriote en contact avec quelques hommes qui, sous vos auspices, peuvent contribuer à étendre ses vues et à rectifier ses idées. Ma reconnoissance en sera des plus vives. Mille tendres amitiés'.
HuMBOLDT
Berlin, 27 Févr. 1889.
Par M. Devrient de la part de M"^ de Humboldt.
De HUMBOLDT^
(Année ?)
J'ai passé une nuit si heureuse avec la lecture de votre admirable poëme, mon respectable ami et confrère, qu'il m'est doux de vous en offrir l'hommage de ma vive et affectueuse reconnaissance. Je ne vous parlerai pas de ce ton local et individuel propre au grand tableau historique qu'anime une seule figure ; c'est là un talent dont plusieurs fois déjà vous avez donné des preuves éclatantes ; j'admire surtout ces sublimes pensées morales et poli-
I. Lamartine, dans ses Mémoires Inédits, p. 166, prétend que Humboldt se montrait aimable pour nos savants, « parce qu'il avait découvert que la gloire était française en Europe » . Lamartine semble traduire là plutôt une contrariété personnelle.
a. M'"e de Heinze, née Baronne do Bûlow, a bien voulu m'auloriser à publier ces deux lettres de son oncle A. de Humboldt. Je la prie de vouloir bien trouver ici l'hommage de ma reconnaissance. SouRiAU. — Nép. Lem. ig
tiques auxquelles la poésie doit, dans vos chants, les plus heureuses inspirations. Que ces morceaux « Alors o ma patrie... » « Fille de la Nature immortelle... » sont nobles et grandes. Je crains que l'épisode dialoguisée qui termine l'ouvrage rende plus rares encore ces oreilles sourdes aux charmes de la Poésie ! Ce dialogue est du plus vif intérêt, et attire l'attention bien plus que je ne le voudrois : il porte un caractère de vérité auquel les voix qui viennent d'au delà des mers d'Afrique ne nous ont pas accoutumés. J'ai été fier de voir mon nom cité parmi ceux des personnes qui ont, dans tous les tems et dans toutes les circonstances de la vie, professé (?) la plus haute admiration pour les nobles dons de l'imagination, de l'esprit, et des sentiments que la nature s'est plu a réunir en vous.