‹ Népomucène Lemercier et ses correspondantsChapitre 84 sur 93 · HUMBOLDT · texte numérisé non relu

HUMBOLDT

Mercredi.

De VAÏOUT

9 octobre 1889.

9 octobre 1889, du Palais de Fontainebleau.

Le Candidat qui. pour Mécène, à

Ose invoquer Népomucène ' , I

N'a pas le droit d'être indiscret :

L n juge doit être un Muet,

i. Premier bibliothécaire de Louis-Philippe, et Conseiller d'Etat,

LES CORUESPONDAJITS DE LEMERCIEU

Et dans l'urne mystérieuse, Son écfuité silencieuse Doit ensevelir son secret, etc. Mais si la voix de Melpomène Te rappelle sur cette scène Où la gloire a marqué ton nom, Illustre auteur d'Açjamemnon, Du rôle de Muet abdique le silence ; Parle, rends-nous cette noble éloquence Qui, troublant à la fois et nos sens et nos cœurs, D'Atrée a rajeuni la coupe héréditaire.

Révélé les forfaits d'une Reine adultère. D'une Reine sans pain fait gémir les douleurs, Et dévoilé l'audace et l'arrogance De ce Pinto, qui couronna Bragance.

Parle, et la France aura pour tes accents nouveaux Des couronnes et des bravos !

Enfin, si tu le veux, sois sourd à ma prière Je respecterai ton arrêt, Mais, je le dis, avec la France entière. Non, tu n'as pas le droit d'être muet.

Vatout candidat à l'Académie avait demandé sa voix à Lemercier cn.i Im avait répondu :

Père spirituel do la fille d'un roc*, Par ton enquête épistolaire Tu me jettes en grand émoi.

J'y voudrais répondre, et te plaire.

Ton nom se recommande à moi Sur le registre littéraire :

Mais dans l'ordre légal un vote est un mystère. Et notre académique loi Nous force en muets à nous taire.

« Titre dune piquante brochure qu'il publia sur la charte de Louis XVIII ïinsi dénommée. » Note de Lemercier.

De M""= Sophie GAY

1 1 juin i84o.

Versailles 11 Juin i84o

Permettez, Mademoiselle, à une ancienne amie de votre excellent père de mêler ses regrets aux vôtres. Hélas ! Qui l'aurait prédit, cette affreuse fm, en le voyant encore si animé, si enjoué, si jeune de cœur et d'esprit. Le monde entier a admiré cet esprit supérieur, mais nous qui l'avons connu dans tout ce qu'il avait de profond, de noble et de bon, et même d'enfantin, nous savons seuls toute l'étendue d'une telle perte !

Ce n'est pas dans le vain espoir d'en adoucir l'amertume que je vous en parle, Mademoiselle, mais je connaissais son amour paternel pour sa chère Virginie': vous avez été son dernier sentiment, sa dernière pensée, et c'est encore un hommage que lui rend mon amitié, en vous priant, ainsi que Madame votre mère, d'accueillir l'expression de ma douleur et du vif intérêt que m'inspire vos larmes...

Sophie Gat.

3. M'"" Sophie Gay ne paraît pas avoir connu très intimement M"« Népomucie Lemercier.

LES CORRESPO^iDANTS DE LEMERCIER 277

De BERRYER

16 juin i84o '.

Madame Si je n'avais craint d'être trop importun en ces premiers moments si tristes pour vous, j'aurais déjà eu l'honneur de vous voir. Demain ou après demain sans faute je me présenterai chez vous à l'heure que vous m'indiquerez. Pardonnez-moi de ne pas m'y rendre aujourd'hui môme, les travaux de la chambre m'en empêchent. J'ai été trop touché de la bienveillance que Monsieur Lemercier m'a montrée pour n'en pas garder un fidèle souvenir, et je serai heureux, Madame, de vous donner preuve de ma reconnaissance.

J'ai l'honneur d'être, Madame, votre très humble et tout obéissant serviteur.

Berryer.

16 Juin.

I. M. Georges Berryer a bien voulu m'autoriser à publier cetto lettre de son oncle. Je le prie d'agréer tous mes remcrcîments.

278 LES CORRESPO>'DA?JTS DE LEMERCIER

De DUPATY

ig juin i8/io.

Madame

Je n'ai point encore osé me présenter chez vous. J'ai craint d'interrompre votre douleur ; j'irai y joindre la mienne ; aucun attachement n'était plus sincère que celui que j'avais pour le noble, loyal et respectable maître que nous avons perdu. Il joignait à l'élévation du génie et du caractère, qui font qu'on admire, la douceur, la grâce et la bonté qui font qu'on aime. Nos douleurs sont profondes, et le moyen de les adoucir c'est d'aller les confondre avec les vôtres.

Veuillez partager avec Mademoiselle votre fille l'expression de mes regrets bien vifs et de mon profond respect.

DuPATY.

Ce 19 Juin iS^o.

De DAVID D'ANGERS '

Après juin i8l\o.

Mademoiselle J'ai l'honneur de vous offrir le modèle qui a servi à

I. Cette lettre n'est pas datée, mais elle est adressée rue de Gre-

LES CORRESPONDA?iTS DE LEMERCIER 279

l'exécution en marbre du médaillon de votre illustre Père ^ ; en regardant cet essai des traits de l'homme à la mémoire duquel vous avez voué un culte si honorable et si touchant, votre pensée se portera peut-être aussi quelques instants sur le sculpteur qui sympathise avec tous les admirateurs du grand littérateur que vous regrettez si vivement.

Quand vous désirerez que nous allions au cimetière du Père Lachaise, veuillez m'en prévenir ; croyez, Mademoiselle, que je serai toujours heureux d'être à vos ordres.

Je vous prie de présenter mes respectueux hommages à Madame votre mère, et de recevoir favorablement l'assurance du profond respect de votre très humble serviteur.

DAvro.

Mardi soir.

nello, ce qui la met entre la date de la mort de Lemercier et i8/|3 ou /j3.

I. Le cadeau avait une réelle valeur, car comme il le dit dans une autre lettre à M™e Lemercier, à propos du buste d'Eparcieux : « rien ne peut être plus précieux que le modèle original ; car dans ce travail tout est de la main du statuaire, et le praticien n'est venu affaiblir en rien la conception de l'artiste. » Le poète et le statuaire étaient depuis longtemps en relations; cf. Jouin, David d'Angers, p. 63-64.

De M. DE SALVANDY

ic>' janvier 18/41.

1"' Janvier i84i

Madame La lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire a semblé me répondre. J'allais prendre la plume pour vous demander de me faire la grâce de m'assigner un entretien 011 je pusse vous demander tous les renseignements qui me seront bientôt nécessaires pour parler de notre illustre et excellent Lemercier à l'Académie et au public tout entier. C'est jeudi prochain que nous procéderons enfm au choix de son successeur. Le nouvel élu voudra probablement être reçu avant l'été. Je désire pouvoir me préparer à l'avance sur ce qui me touche le plus, l'hommage à rendre à la mémoire de notre éternellement regrettable confrère. Tous les jours et toutes les heures me conviendront. Soyez donc assez bonne, Madame, pour me faire savoir le moment où vous me permettrez de me présenter. Je serai ensuite bien empressé à me réunir à ceux de vos amis que vous voulez faire juges du travail de M. SchefTer. Je lui envie d'avance la ressemblance de son portrait. Je sens que je n'y puis pas prétendre. Mais ce ne sera pas faute d'efforts bien sincères. Je vous remercie, Madame, de la justice que Mademoiselle votre fille et vous, voulez bien me rendre en ne doutant pas du

sentiment que j'apporterai dans ce travail et de celui qui m'amènera auprès de vous. Agréez, Madame, l'hommage de ma reconnaissance et celui de mes humbles respects.

Salvandy.

De VICTOR HUGO

4 mars i84i.

Vous seriez bien bonne, Mademoiselle, de m'envoyer la liste complète de tous les ouvrages de M. Lemercier en tous genres, avec les dates, etc. Je désirerais bien aussi savoir au juste dans quelle année il fit connaissance avec Bonaparte, et comment, les petits détails, les dates précises, etc.

Mille pardons et mille remercîments d'avance.

Je mets à vos pieds et aux pieds de Madame votre Mère mes hommages les plus respectueux.

Victor Hugo *.

4 Mars.

I. Chose assez curieuse, Lemercier et son futur successeur à l'Académie avaient déjà été rapprochés, malgré toute leur antipathie, par la fureur du classique Geraud qui, à propos des Odes et Ballades, écrivait dans les Annales de la Lillérature et des Arts : « On ne trouverait peut-être aujourd'hui qu'un autre homme en France qui écrive de ce style à la fois ignoble, obscur et décoloré: c'est M. Lemercier, mais M. Lemercier a fait Agamemnon, et nous voudrions pouvoir en dire

De VICTOR HUGO

2 2 (mai ?) i8/ii 1.

Permettez-moi, Mademoiselle, à Theure solennelle de la mort de votre père, de ne placer personne entre lui et l'ombre de l'empereur. Ne sacrifions à aucune complaisance la grandeur de ce moment là : la seule personne que je puisse nommer après, c'est votre digne et noble mère, et je le fais. Tout autre, même un ami, si honorable et si excellent qu'il soit, serait bien peu de chose là, et rapetisserait ce que vous vouliez grandir. *

Je repondrai à votre autre observation que pendant la révolution tous les riches étaient ruinés. Cependant comme l'objection que vous indiquez est très juste et très vraie, j'y aurai égard, et je dirai un peu plus loin, à l'endroit où j'énumère les sacrifices que fit M. Lemercier, qu'// immola à cette lutte son repos, sa fortune qu'il avait re-

autant de son jeune émule » cité par M. Desgranges, La presse liltéraire sous la Restauration, p. 280. — ^I. Gustave Simon, exécuteur testamentaire de Victor Hugo, a bien voulu m'autoriser à publier lef lettres adressées par V. Hugo à M"" et M"° Lemercier. Je le prie ic d'agréer toute ma gratitude.

1. La réception d'Hugo a lieu le 2 juin i84i. Cette lettre est donc de mars, d'avril, ou plutôt de mai. On ne peut lire le nom du mois sur le cachet de la poste qui seul date celte lettre.

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