‹ NeptuneChapitre 7 sur 7 · S IX · texte numérisé non relu

S IX

Applications et condnsion générale.

On sent maintenant combien il serait facile de répondre à plusieurs questions relatives à Neptune. On pourrait demander, par exemple, pourquoi Homère dit que les chevaux de ce dieu ont des pieds retentissants? Je pourrais répondre : C’est que les flots font un grand bruit en se déroulant sur la grève.

CULTE DE CE DIEU, $ VIII

AS

On pourrait demander pourquoi ies chevaux de Neptune ont des pieds d’airain? Je répondrais, parce qu’ils se déroulent et courent sur la grève. C’est par la même raison qu’ils ont des pieds retentissants et que leurs pieds sont d’airain.

Pourquoi Orphée appelle la Lune Philippe ? La Lune aime les chevaux, et suivant l’expression d’Orphée , elle est Philippe parce qu’elle aime les humidités. Elle, aime les chevaux ainsi qu’elle aime les taureaux et les cerfs, c’est-à-dire qu’elle aime l’eau en état de fluide ou de vapeurs.

Pourquoi Castor et Pollux sont-0s fils d’un cygne, et quoique toujours sur la mer, sont-ils toujours à cheval? Dieux diurnes et dieux nocturnes. Castor et Pollux ont été chargés par Jupiter de parcourir les mers sans cesse, d’y rassembler ies âmes des naufragés, de les conduire la nuit chez Pluton, et de les en ramener après de longues épreuves et de justes jugements. Les chevaux sont les flots qui descendent avec eux aux enfers et qui en remontent avec eux.

Pourquoi rencontre-t-on si souvent sur les basreliefs grecs un cheval dans la chambre même d’un mourant ou d’un mort; ou le cheval assistant, à côté du médecin qui l’a sauvé, à de légitimes réjouissances, ou bien au repas funèbre? Je répondrai que les enfers sont situés sous la terre; qu’on (t) Oq>I). Hrmn. ix (tiii), 5.

hk

ne peut par conséquent y pénétrer que par eau , et que le cheval est le flot qui doit y porter l’âme du mort et la rendre à la lumière.

La lyre seule pourrait fournir le sujet de diffél'entes questions. On demanderait, par exemple, pourquoi on voit quelquefois un crocodile sur la traverse qui lie les cordes? Je répondrais, parce que la Lyre est im des symboles de l’humidité. On a mis un crocodile sur la traverse comme on a formé les montants avec des cornes de taureau, avec des cornes de cerf, avec deux dauphins, ou comme on a fait la panse avec une peau de bœuf.

Mais je dois m’arrêter quant à présent ; je don- -narai peut-être des éclaircissements plus étendus que je ne puis le feire en ce moment.

Le lecteiu' voit combien il serait facile non-seulement de répondre aux questions qui pourraient être proposées sur Neptune , mais encore toutes les conséquences que l'on tirerait de ce que j’ai dit à l’occasion de ce dieu, en faveur de mon opinion générale sur la mythologie.

Les Grecs croyaient donc à des enfers; ils croyaient en outre qu’il fallait traverser les mers pour y arriver. Les fleuves, les rivières, les fontaines, la mer, l’eau, étaient le dieu réel, et Neptune le dieu symbolique.

Ils croyai«it que ce dieu prenait la forme d’un cheval quand on ne pouvait ou qu’on ne vou-

CULTE DE CE DIEU, S IX

lait pas lui donner celle d’un flot. Dans ces voyages de l’âme aux enfers, il ne s’agit donc pas d’une croyance passagère, particulière à certains pays, mais d’une croyance universelle , stable , d’un dogme sur lequel reposait la société.

La Grèce avait donc des dogmes; elle avait, en un mot, une religion , et cette religion se lisait dans les monuments de l’art et dans les fables.

Mon travail sur Neptune prouvera encore une fois , en ce qui concerne les substances élémentaires, que ces substances étaient, avec les astres, les dieux réels, les dieux principaux de la nation grecque.

Neptune était l’Eau, les Néréides sont de l’eau, les Tritons sont de l’eau, les chevaux fictifs sont de l’eau , tous les êtres enfin que j’ai nommés sont de l’eau , ou en état de liquide , ou en état de fluide ; mais l’Eiau est vivante, animée, divine; l’Elau est une des divinités réelles de la nation grecque; elle a, comme le dieu qui la représente , des autels ; elle a im culte direct, tandis que Neptune n’a qu'un culte symbolique.

Les Grecs adoraient l’Eàu, le Feu, l’Air, la Terre, les Astres; ils adoraient en outre l’Ætber, substance incréée , par conséquent immortelle , représentée par Jupiter, qui, lui-même, avait créé les substances élémentaires et les astres.

^igitiZËiJ by Go oglt: J

Page 1