Vovoz la noie à la fin du volume
pas rempli les conditions difficiles qu'exige une opération de cette importance ; mais il est à peu près certain que, sous Tinfluence sidérale dont je viens de parler, il y aura quelque apparition spontanée soil dans le château, soit dans le parc, pendant la soirée prochaine, et qui sait si une def ces apparitions ne consentira pas à nous renseigner au sujet de Suzanne?
— Que Dieu vous entende, maître 1 répliqua le nabab transporté; eh bien, attendons ce soir. »
Pendant cette conversation, le petit muet était attentif et regardait successivement les causeurs avec son œil limpide et pénétrant. Karl Qnit par s'en apercevoir et fronça de nouveau les sourcils.
« Vous comprenez, Hartley, reprit-il, que, dans les circonstances actuelles, le silence et le recueillement sont nécessaires ici, tandis que la turbulence d'un enfant.... Vous aimez trop les enfants, mon élève; les Esprits, surtout celui de Suzanne, peuvent en être jaloux. Votre affection secrète pour une certaine petite fille, dont vous savez combien Tinfluence est funeste, nuira probablement beaucoup à la réalisation de vos vœux...
— C'est malgré moi, Karl, balbutia le nabab avec confusion; je fais tous mes efforts pour chasser de mon cœur.... Allons ! tu entends, mon
garçon, poursuivit-il en se tournant vers le muet, tu vas retourner chez ta mère. Je te verrai demain.... si c'est possible. »
L'enfant ne se le fit pas dire deux fois ; il se leva, embrassa John affectueusement, et sortit en gambadant pour retourner à l'auberge, éloignée seulement du château, comme nous savons, de quelques centaines de pas. Mais quand il partit, sa jolie figure avait une expression moqueuse, bien capable de donner à penser.
Pendant le reste de la journée, on lut à John des légendes, tirées de l'histoire d'Angleterre, parmi lesquelles se trouvait naturellement celle
de la reine Edith.
Mme Jelloùs fit admirer des chromolithographies, exécutées avec un soin propre à frapper une imagination inculte, et représentant les principaux épisodes de ces sombres récits. Quand on fut arrivé à la femme du Confesseur, la spirite s'extasia sur les longs cheveux roux qu'entourait un cercle d'or, sur le port majestueux de la reine infortunée, et sur la manière digne et gracieuse dont elle portait une simple tunique saxonne drapée à l'antique.
Pendant tout le dîner, on ne parla encore que de la reine Edith, et, dès que la nuit fut sombre, Karl proposa au nabab une promenade
dans le parc, où des chênes et des sycomores séculaires formaient des allées majestueuses, John accepta, et Mme Jellous voulut être de la partie.
« Non, non, ma chère, dit Karl péremptoirement; la soirée est humide, et votre santé laisse beaucoup à désirer. Or, j'ai besoin que vous soyez bien portante, parce que vos services vont nous devenir nécessaires....
— Moi, je trouve la soirée fort belle et je suis certaine....
— Assez, madame; je vous prie de remonter dans votre chambre. »
Mme Jellous, toute confuse de cette dureté, se retira les larmes aux yeux. John et le spirite se rendirent dans le parc.
Il n'y avait pas de lune, mais le ciel était tout diamanté d'étoiles. Tandis qu'une obscurité épaisse régnait sous les massifs d'arbres, une bande blanche et presque lumineuse courait le long des allées. La campagne était plongée dans un lugubre silence qui semblait inviter les Esprits peuplant les régions inconnues du monde invisible à se montrer aux habitants de la terre.
Les deux planètes qui, suivant le médium, dominaient la situation astrologique, n'étaient point encore arrivées au-dessus de l'horizon. Le seul
astre remarquable, ornant en ce moment la voûte céleste, était Sirius, qui lançait avec un éclat extraordinaire ses rayons d'une teinte bleuâtre, à laquelle on le reconnaît, ainsi qu'à son tremblotement singulier.
« Celte étoile, dit Karl en la montrant à son crédule compagnon, qui admirait pour la première fois ces particularités si curieuses, et était disposé à entendre raconter les histoires les plus singulières à leur sujet, était précisément celle que les Égyptiens, nos maîtres, avaient consacrée aux dieux des morts. C'est afin de recevoir normalement cette lumière magique que les Égyptiens avaient orienté si étrangement leurs pyramides et adopté les combinaisons qui confondent la science de nos archéologues*.
^< Voyez de quelle façon bizarre elle éclaire ce kiosque! L'ombre tombe sur cette pelouse qui est située du côté du nord.
« C'était de ce côté, derrière ce grand chêne vieux de mille ans, que la reine venait prier, la nuit, pour le salut de son cher Edouard, de cet époux adoré, dont elle était à jamais séparée par le crime qui les avait unis.