‹ NéridahChapitre 37 sur 52 · FIN DU SECOND VOLUME · texte numérisé non relu

FIN DU SECOND VOLUME

Un physicien américain étant venu dans .Vlnde^ je suis possesseur de secrets que ne connaissent pas encore les académiciens d'Europe. — La plupart des grandes découvertes qui ont révolutionné la science dans ces derniers temps, ont' été faites en Amé* rique, sinon par des Américains ; elles y étaient relativement vulgaires avant d'être même connues en Europe, et lorsqu'elles y furent apportées, elles excitèrent une incrédulité universelle.

Il n'est pas étonnant qu'elles aient été connues dans rinde avant de l'être en France et en Angleterre. En effet, les rapports scientifiques de Calcutta avec le nouveau continent sont très actifs, grâce aux efforts du gouvernement anglo-indien pour tirer parti des découvertes faites au loin. On ne doit point être étonné de la facilité avec laquelle un pays qui n'a pas de culture scientifique originale, accueille ce cpii est inventé aux extrémités du monde.

Rien qu'avec cette photographie sur verre, je prétends amener ce pauvre benêt de John à faire ce que nous voudrons, — Si Ton veut se servir de

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photographies sur verre dans des expériences de lan* terne magique, il faut prendre soin de ne les colorier qu'avec des matières transparentes; sans cela on n'obtiendrait pas les teintes vives qui rappellent quelquefois la nature.

Il y a longtemps que les lanternes magiques servent aux apparitions. On peut lire à ce sujet de très intéressants détails dans les mémoires de l'aéronauteRobertson, qui introduisit quelques perfectionnements dans la construction d'appareils auxquels Gagliostro et le comte de Saint-<}ermain durent une partie de leurs succès, et qui furent maniés tant de fois par les obscurs émules de ces célèbres charlatans.

L'intérieur d'un wagon est» pendant la nuit, un lieu parfaitement propice à l'évocation des spectres. Les glaces qui ferment les fenêtres se changent alors en véritables miroirs réfléchissants, à l'aide desquels on peut, sans être d'une habileté extraordinaire, produire des effets surprenants. On expliquera plus tard, dans le texte, comment Karl s'y est pris pour réaliser son plan.

Quelques-uns disent qu'il a péri par une machine infernale qu'un scélérat avait placée à fond de cale. — Les machines infernales, placées à bord des navires pour en déterminer automatiquement le naufrage, sont malheui*eusement assez fréquentes pour qu'on leur ait réservé un nom particulier : on les a appelées des rats.

Le mécanisme du rat se compose de trois parties distinctes : la première est une horloge, qui doit marcher pendant un nombre parfaitement déterminé de jours; la seconde, une cartouche de dynamite destinée à mettre le feu aux matières explosives et incendiaires qui sont renfermées dans la même caisse, et enfin, la troisième, un marteau qui doit retomber pour produire la détonation.

La plus grande des nombreuses difficultés que les constructeurs de ces affreuses machines ont à résoudre, est de s'arranger pour que le mouvement de rhorloge ne s'entende point du dehors. Ce bruit, quoique très faible, a suffi pour faire découvrir plusieurs ratSy dont les auteurs ont été naturellement livrés aux tribunaux, toujours impitoyables pour de pareils crimes. Réellement aucun forfait ne peut avoir des conséquences plus terribles, puisqu'on a vu plusieurs centaines de passagers engloutis par l'explosion d'un seul rat.

Il est arrivé quelquefois que des fabricants de rats ont mal pris leurs précautions, et que, par suite d'une circonstance imprévue, le rat n'a pas produit l'effet attendu. Souvent la caisse est renversée et défoncée par un violent coup de mer, sans que le choc fasse détoner la matière fulminante. D'autres fois, le mouvement d'horlogerie se détraque de luimême et ne fonctionne plus.

Dans de pareilles circonstances, les douaniers du port d'arrivée constatent le piège infâme et donnent l'éveil à la police, qui n'a pas de peine à découvrir

les coupables, et à les arrêter pour les livrer aux tribunaux.

Nous n'en finirions pas s'il nous fallait raconter toutes les histoires auxquelles ces rats avortés ont donné lieu.

Depuis les derniers crimes, la surveillance à rembarquement est plus active, et la pose des rats, à bord des bâtiments en partance, est devenue beaucoup plus difficile que par le passé.

Mais des gens bien informés supposent que la plupart des vapeurs transatlantiques qui ont disparu corps et biens, ont été naufragés, comme Ta été le Kirbeck, par un rat traîtreusement déposé dans la cale avec les autres marchandises.

C'est surtout en Allemagne que se fabriquent los rats; on ne trouverait nulle part ailleurs des ouvriers habiles ayant Fhorrible patience de travailler pendant de longs mois à une machine de carnage et de mort.

Généralement ces misérables, qu'il est fort difficile de découvrir, sont associés avec les scélérats qui vont placer à bord des navires leurs abominables machines.

Un des derniers rats ainsi découverts avait éié fabriqué par un horloger de Brème, dont on trouva la trace. Cet homme prétendit qu'il ignorait à quel usage était destinée l'horloge qu'il avait construite. La justice allemande se contenta de cette excuse. Il est vrai que ce rat avait été placé à bord d'un vapeur américain.

C'est dans la ville où l'on a montré tant d'indulgence, que ces odieux engins sont fabriqués pour la plupart.

L'ancien propriétaire^ qui affectait de se moquer de la tradition^ a été trouvé un beau matin dans sa chambre^ le cœur traversé d^un coup de poignard. — Le nombre des maisons que Ton prétend hantées par les Esprits, est plus grand on Angleterre que dans tous les autres pays, à cause du caractère spécial de ses habitants et de la législation qui protège l'inviolabilité du domicile. Une Haunted-House a fourni au célèbre Charles Dickens la matière d'un de ses plus jolis romans, basé sur une histoire aussi véridique et aussi authentique que la nôtre. Avant de récrire, le grand romancier eut un long entretien avec un original qui, sans motif apparent, s'était condamné à une réclusion perpétuelle dans une maison dont il était le propriétaire. Ce personnage avait des entrevues par une fenêtre avec les visiteurs, qui lui passaient leur carte par une fente ménagée sous la porte. Quelques années après la visite de Dickens, les voisins, s'apercevant qu'il ne répondait plus aux cartes, entrèrent de force dans la maison, malgré la loi qui interdit les visites domiciliaires. On trouva le malheureux mourant de faim. 11 était trop tard pour le sauver; il mourut malgré les soins qui lui furent prodigués.

A Paris même, il y a eu quelquefois des maisons que leurs propriétaires maintenaient à l'état de rui-

nés el sur lesquelles on racontait dans le quartier des histoires sinistres ou bizarres. Nous nous rappelons avoir vu, pendant longtemps, une masure de ce genre qui menaçait ruine dans le bas de la rue de Glichy, environ vers l'emplacement du Skating. Mais nous avons oublié la légende que notre bonne Pkiliberte nous avait racontée, en passant devant ces murs noircis, et qui nous faisaient alors frissonner d'épouvante.

Le médecin dit qu'une forte é^notion serait peulcire capable d'opérer ce miracle ; mais je n'espère plus. — L'organe de l'ouïe est, ce que l'on ignore communément, d'une complication véritablement incroyable, et les théories aujourd'hui en vigueur sont loin de cherchera dissimuler cette circonstance, qu'on peut leur reprocher d'exagérer peut-être dans une certaine mesure.

La partie de l'oreille interne dans laquelle se produit le phénomène de l'audition, est un tout petit organe appelé « le limaçon », parce qu'il offre la plus grande ressemblance avec la coquille d'un escargot qui ferait deux tours et demi sur lui-même. Ce limaçon est revêtu, dans toute sa longueur, d'une membrane dont la surface n'a pas un centimètre carré, où un physiologiste italien, nommé Gorti, a découvert deux mille petites arcades osseuses microscropiques, excessivement serrées les unes contre les autres.

On admet que ces organes, dont la grandeur varie comme si elle avait été calculée à Taide d'une formule mathématique, sont accordés avec le soin le plus minutieux, de manière à n'entrer en vibration que pour un son d'une hauteur déterminée. Un physiologiste d'Allemagne, qui s'est donné la tâche de renchérir sur son confrère d'Italie, les compare aux touches d'un piano, infiniment plus compliqué que ceux qui sortent des mains de nos plus habiles facteurs, quoiqu'il soit renfermé dans un espace beaucoup plus petit que celui occupé par une simple touche. Gomme les sons perceptibles à l'oreille humaine bien constituée sont répartis sur sept octaves, M. Helmholtz a calculé qu'il y a juste, dans chacune de nos oreilles, 2800 organes de Gorti, ce qui fait 400 touches par octave, ou 33 1/2 par demi-ton. Ghacune de CCS touches ébranlerait mécaniquement un des filets nerveux de l'oreille interne, comme chacune des touches de nos pianos le fait en particulier sur son fil d'archal. Ges chocs mécaniques de la fibre cérébrale constituraient la sensation par une nouvelle transformation encore plus mystérieuse, mais sur laquelle M. Helmholtz nous laisse sans aucune espèce de lumière. En effet, si nous comprenons que les vibralions des corps sonores pe transmettent à l'air et de là à notre oreille, nous ne voyons plus du tout pourquoi elles sortent de notre cerveau pour arriver jusqu'à notre âme.

Le pontife de la science allemande a imaginé une explication que le nabab eût sans doute trouvée émi-

nemment claire, si elle avait été donnée par le grand Karl, mais que nous nous garderons certainement d'approfondir.

Toutefois, nous en profiterons pour faire remarquer combien un instrument aussi complexe que notre oreille doit être essentiellement fragile. Ne suffi t-il pas du plus petit dérangement pour que des organes qui doivent agir mécaniquement, soient désorganisés, quand ils sont si ténus, que Tœil sans le microscope ignorerait leur présence ?

Toutefois, si Toreille interne est saine et si l'impression produite par les ondes vibrantes ne peut se communiquer, parce que la chaîne des osselets est interrompue ou que la membrane du tympan est endommagée, il paraît que la surdité n'est point irrémédiable. Un physiologiste prétend avoir trouvé le moyen de rendre la perception possible, dans ces cas désespérés, à l'aide d'un microphone, qui amplifie les vibrations sonores de Fair et les transmet directement à l'os dans lequel l'oreille interne a été creusée par la main si divinement intelligente de la nature.

Si, comme dans le cas qui nous occupe, la surdité est amenée par la paralysie du nerf acoustique, on comprend que la faculté de percevoir les sons puisse être restituée. Il suffit, en effet, que cet état paralytique cesse pour que le sujet rentre en possession du sens dont il a été privé. S'il a déjà entendu dans son jeune âge, il peut récupérer en même temps la faculté de comprendre les sons articulés; il sera plus

lent à retrouver le pouvoir de les produire. L'histoire rapporte un certain nombre de faits dans lesquels une forte émotion a produit ce miracle. Voir ce que raconte à ce propos le véridique Hérodote.

// laissa couler sur le papier blanc quelques gouttes du liquide contenu dans le flacon. — Ce tour d'escamotage est produit à l'aide d'un liquide chimique incolore, qui était renfermé dans la fiole que Karl avait apportée à la pointe du jour, et qu'il se hâta de casser comme par mégarde lorsqu'il eut terminé son tour de passe-passe, car il était trop habile pour laisser entre les mains de sa dupe la preuve matérielle d'une fraude si facile à reconnaître.

Le nombre des produits chimiques pouvant produire un semblable effet est positivement immense et les auteurs dédaignent d'ordinaire d'en donner la nomenclature.

On nous pardonnera de suivre leur exemple. Nous prendrons cependant la liberté d'indiquer à nos jeunes lecteurs la plus commune de ces encres sympathiques, le jus d'oignon, qui est parfaitement incolore, et avec lequel on peut écrire à la surface d'un papier très blanc. Les caractères que Ton a tracés sont tout à fait invisibles; mais quand on passe le papier sur une flamme, ils se charbonnent immédiatement. En agissant avec précaution, le papier lui-même ne sera point altéré et l'écriture pourra être lue sans peine.

Nous avons tenu Lien des fois entre nos mains un crayon destiné à écrire sur le verso des cartes-poste. Quand on présentait la carte au-dessus d'une lampe, l'écriture se révélait en couleur bleue. Jusqu'à ce moment elle était complètement invisible, lorsque Ton prenait la précaution de ne point appuyer assez fort pour écraser le grain du papier; autrement, en portant la carte au niveau de Fœil, on pouvait discerner avec assez de facilité un trait mat permettant de lire l'écriture.

Ce crayon devait être exploité industriellement ; l'affaire n'ayant point réussi, nous ne croyons pas qu'il se trouve actuellement dans le commerce. Il contenait dans sa pâte un sel de cobalt qui se colorait par la chaleur . Mais il n'y a pas que le feu qui agisse sur les sels de ce métal, dont les propriétés sont si curieuses.

Dans ces derniers temps, on a ravivé une ancienne expérience du siècle dernier, qui consiste à employer un autre sel du même métal pour manifefater par des changements de couleur, le passage du bleu au rose, l'augmentation de la quantité d'humidité contenue dans l'air.

D'autres sels sont tout à fait blancs quand ils sont secs et se colorent en noir lorsqu'ils s'humidifient. C'est une transformation de cette nature qui excitait à un si haut degré la surprise de John.

Malgré sa crédulité, le nabab aurait pu concevoir quelques doutes si la mise en scène eût été moins savante.

Six mille livres sterling. — La livre sterling vant en réalité 25 francs 22 centimes, et contient 7 grammes 988 d'or fin. Son cours réel varie suivant le taux du change. On la reçoit presque partout sur le continent pour 25 francs, mais en Angleterre la pièce de 20 francs est presque refusée partout et il faut la vendre chez les changeurs. Les Anglais sont excessivement attachés à leur système monétaire, qui est un des plus mauvais du monde, et qui, sous ce point de vue, ne le cède pas à leur système des poids et mesures. On ne peut citer un meilleur exemple de la force que possèdent certains préjugés tout à fait ridicules sur des nations cependant fort intelligentes et marchant sous d'autres rapports à la tête du progrès moderne.

Une tranche de corned beef^ mot à mot de bœuf POIVRÉ. — C'est une sorte de saucisson de bœuf, préparé dans les colonies où la viande est à bon marché, et dont l'usage est très répandu en Angleterre. Il commence à être connu en France, C'est pendant le siège de Paris que cet aliment sain, peu coûteux et commode a été pour la première fois en usage de ce côté du détroit. Il était alors fabriqué d'une façon tout à fait imparfaite. Il a cependant rendu de grands services à la défense, si honorable pour la population.

// est d^une habileté sans pareille pour se grimer. — Certains escamoteurs savent changer l'expression

de leurs traits, aussi bien que la couleur de leurs cheveux et, jusqu'à un certain point, leur taille. Ds déYcloppent, dans beaucoup de circonstances, autant de talent que les acteurs habiles lorsqu'ils sont en scène. Les signalements les plus précis ne peuYent servir à reiconnaltre cas dangereux individus, qui échappent d'ordinaire lorsqu'ils ont commis quelque crime, et dépistent, comme les Jud, les plus habiles limiers de la police, s'ils ne sont point livrés par quelque circonstance providentielle.

. Il lui semble erUreomr la silhotiette de sa tante qui y tençmt dans ses bra^ If^ridah encore toutepetitey le regardait en souriante, -7- Les objets qui nous préoccupent vivement pendant l'état de veille prennent souvent une forme visible .pendant le sommeil ; plus d'une fois les jongep, qui impressionnent assez yiv^n^ent l'intelligeppe.ppur y laisser une trace permanente, offrent un rapport incontestable non seulement avec les événements antérieurs, mais encore avec ceux qui se produisent ultérieuren^ent. Gomme nous l'avons expliquée^ s. notre li^eSttr les miracles en dehors de FÈglise^ il en est des congés comme des pressentiments.. On ne prête aucune attention à ceuxqui ne sont pas suivis d'effets, mais on i^te soigneusement les moindres colncideuces, sans se demander si elles ne sont pas le résultat du hasard. L'histoire a même enregistré sérieusement certaines circonstances dont quelques-unes ne sont sans doute qu'exagérées, dont

quelques autres sont tout à fait fausses, et dont les avocats du spiritisme s'emparent pour ôtayer les théories qu'ils exploitent.

Je prétends arriver à la matérialisation de Suzanne^ c'est-à-dire que je veuœvoits la faire apparaître vivante^ agissante^ tangible, — Dans ces dernières années, des charlatans américains ont eu la prétention d'obtenir des matérialisations imparfaites, mais cependant palpables. Tantôt c'étaient des mains de cire que les Esprits jetaient au milieu des ténèbres épaisses où les croyants attendaient, en tremblant, des manifestations de leur puissance; tantôt les Esprits lançaient d'autres objets dont ces croyants se contentaient faute de mieux, et qui excitaient leur enthousiasme. La suite de cette histoire montrera ce qu'il faut penser de pareils contes.

On ne doit pas oublier que des milliers d'hommes et de femmes, qui se disent intelligents, se repaissent de ces chimères, plus ridicules encore que d'autres dont ils sont les premiers à se moquer.

Nous avons raconté, dans nos miracles en dehors de V Église^ comment ces charlatans ont pu être pris en flagrant délit.

• La planète Jupiter et lapkmète Saturne se trouveront ensemble dans la constellation du Lion pendant que Sirius sera au milieu du ciel. — Il y a autant de systèmes astrologiques qu'il y a d'astro-

logues. Par conséquent, l'explication de cet horoscope suivant les prétendus principes de Cardan ne ressemblerait pas du tout à ce qu'elle serait suivant la méthode d'Aboulmançour^ Albatatenius ou de Ptolémée, dont les astrologues ont fait un de leurs maîtres. Dans le doute, nous en donnerons la signification suivant Morinus, que Ton peut appeler le dernier des astrologues, car il occupa une chaire au Collège de France, du temps du cardinal de Richelieu. Il n'était pas dépourvu de mérite; on lu| doit quelques inventions et plusieurs observations intéressantes, de sorte que, malgré son esprit remuant et querelleur, son orgueil intraitable, son charlatanisme et sa crédulité, son nom est resté dans la science, où il est cité non sans quelque honneur.

Jupiter est considéré comme amenant des vents modérés, une température agréable et saine, et comme procurant aux navigateurs un voyage heureux; il règne sur le tact, l'odorat, et gouverne le système circulatoire. Suivant qu'il agit en bonne ou en mauvaise part, il produit la justice ou l'injustice, la véracité ou la dissimulation, la libéralité ou la prodigalité, la prospérité ou la ruine.

Saturne est froid et austère, ami des convulsions atmosphériques, des nuages épais et noirs; il produit les naufrages. Il règne sur le squelette osseux et sur les cartilages, augmente ou diminue la mémoire. Suivant qu'il agit en bonne ou en mauvaise part, il développe la pénétration ou la mélancolie, il

permet d'acquérir do grandes richesses ou il mène à la potence.

Les horoscopes dans lesquels Saturne intervient sont donc les plus importants à étudier avec soin.

Dans le cas où ces deux planètes sont en conjonction, les effets de chacune d'elles se trouvent ordinairement modifiés et multipliés par ceux de l'autre, quand ils ne se trouvent point atténués cependant, €ar il y a des cas nombreux où ils se neutralisent. Il y en a d'autres où l'une des deux planètes agit «eule. Ces détails sont gravement exposés, en termes imagés et amphigouriques, par les auteurs qui s'occupent de ces sornettes. On voit combien la latitude que l'astrologie laisse à ses adeptes est considérable, de sorte que rien ne les gêne pour exploiter la crédulité publique.

Si Karl eût songé à tirer l'horoscope de John, il avait d'autant plus de facilité pour lire dans cette onfiguration tout ce qu'il aurait voulu y voir, que ni Saturne ni Jupiter ne se trouvaient dans la maison qui leur convient, c'est-à-dire dans le signe du Zodiaque où ces planètes possèdent toute leur puissance. En effet, le Lion, où se trouvaient à la fois les deux astres, est la maison du soleil, tandis que les deux maisons de Jupiter sont le Sagittaire et les Poissons, et que les deux maisons de Saturne sont le Capricorne et le Verseau.

Sirius, ou le Grand Chien, était considéré par les astrologues comme particulièrement favorable aux incantations magiques.

Les astrologues (lisaient qu*un astre était au milieu du ciel quand il passait au méridien. C'était le moment où il exerçait le plus d'influence sur l'horoscope.

Gomme Karl n'avait pas manqué de farcir la tête de sa dupe de toute espèce de rêveries, les paroles qu'il prononçait du ton que les adeptes du grand art savent prendre, devaient exercer une grande influence sur la crédule intelligence du nabab.

Cétait une très belle étoile filante^ de couleur claire et d'un écUU supérieur à celui de la Lyre. — On était à l'époque où l'essaim des étoiles filantes de novembre se montre ordinairement, mais le trapèze du Lion, dans le voisinage duquel ces rapides météores viennent briller d'un éclat si fugitif et si poétique, était encore au-dessous de l'horizon.

L'étoile filante, qui frappa l'attention de Karl, n'avait donc aucun rapport avec ce groupe si singulier.

Les deux astres voisins l'un de Vautre qui échangeaient des feux d'une couleu/r si différente. — C'est dans les conjonctions des astres que l'on s'aperçoit facilement de l'étonnante différence de leurs teintes. Les astronomes qui ont vu Jupiter et Saturne renfermés dans le champ de la même lunette, peuvent seuls se faire une idée exacte de la beauté de ce contraste, qui ne peut tenir qu'à une différence notable dans la nature de la surface réfléchissante, puisque

ces deux corps célestes sont illuminés l'un et Tautre par les rayons du même soleil.

Les conjonctions de ces deux planètes se reproduisent tous les vingt ans, mais le point du ciel où a lieu la rencontre, rétrograde chaque fois d'un tiers du Zodiaque ou de quatre signes. Il en résulte que si une conjonction se produit dans le signe du Bélier, la suivante aura lieu dans le Sagittaire, la suivante dans le Lion, et la quatrième, soixante ans plus tard, reviendra dans le Bélier. Trois fois de suite les conjonctions se succéderont dans le même ordre, mais, au lieu d'avoir lieu dans le Bélier, la dixième conjonction aura lieu dans le Taureau, et les deux conjonctions suivantes se passeront dans les signes du Taureau, du Capricorne et de la Vierge, dont chacun sera successivement visité trois fois.

L'espace de temps nécessaire à ces dix rencontres est de deux cents ans. Les astrologues considéraient cette période comme une saison de la grande année de la nature, à laquelle ils donnaient 800 ans, et au bout de laquelle tous les empires étaient renouvelés. Karl n'ignorait pas cette circonstance, et il s'en servait, non sans habileté, pour abuser la simplicité du nabab.

La face des Pyramnides a été placée de manière à réfléchir leur lumière perpendiculairement. —

Il n'est pas inopportun de rappeler que la construction des Pyramides porte les traces ineffaçables de combinaisons très profondes, et d'une science

astronomique très développée. U est probable que les prêtres égyptiens ont essayé de perpétuer de la sorte le souvenir de leurs idées sur la construction de l'univers. Leurs monuments ont persisté jusqu'à nous, et verront peut-être tomber en ruines ceux dont nous sommes le plus fiers. Mais, la mémoire du sens de leurs symboles ayant péri, leur précaution est devenue superflue. Cet exemple mémorable prouve combien l'orgueil humain a tort de se raidir contre les grandes lois providentielles, qui, édictées dans un sens évidemment bienfaisant, dirigent la merveilleuse machine du monde.

Cette espèce de fantôme répandait une lueur phosphorescente qui permettait de distinguer son visage et ses contours. — Cette lueur provenait des vêtements du fantôme ; ils avaient été soigneusement recouverts d'un vernis imprégné de quelques-uns des sels phosphorescents dont nous avons donné la nomenclature dans l'appendice du premier volume. Gomme la nuit était tout à fait noire, cette lueur produisait un effet extraordinaire. En outre, John était si peu familiarisé avec ces phénomènes, qu'il suffisait de la plus faible trace de lumière pour le frapper.

Edith^ fille de'Godwin, réponds-moi, aunomd'A' houUMansour et d^Aboul'Wefa. — Nous avons déjà indiqué ce qu'était Aboul-Mansour ; il nous reste à

dire deux mots d'Aboul-Wefa, originaire de Bouzdjan, petite ville située dans le voisinage de Bokhara, en Tartarie. On doit à Aboul-Wefa un Almageste semblable à celui de Ptolémée, mais qui ne paraît pas en avoir été la simple traduction. C'est dans cet ouvrage, remontant à la fin du dixième siècle de notre ère, que Ton emploie pour la première fois les tangentes dans le calcul géométrique.

On peut dire que tous les astronomes arabes de cette époque étaient des astrologues zélés. L'islamisme faisant bon marché de la liberté humaine, il était assez naturel de rapporter aux astres les influences extérieures qui l'enchaînaient. Les adeptes do l'astronomie judiciaire n'auraient admis aucun des arguments que les philosophes du dix-septième siècle invoquèrent pour triompher des derniers disciples de la science arabe.

Nous saisirons cette occasion pour rappeler qu'il ne faut pas confondre la reine que Earl fait apparaître avec Edith au cou de Cygne, princesse également malheureuse, qui perdit son mari à la bataille d'Hastings , et qui vint chercher son cadavre sur le champ de bataille où avait péri à jamais l'indépendance des Saxons. .

Nous ajouterons que le crime du beau -père d'Edouard le Confesseur était de la nature de ceux qu'une âme droite et intègre ne saurait jamais oublier. Il avait attiré en Angleterre le frère aîné d'Edouard, sous prétexte d'appuyer ses revendications au trône. Mais ce fut pour le livrer à son rival,

qui lui fit arracher les yeux, traitement barbare auquel le jeune prince succomba.

Il n'y a pctë de lune au ciély c^est une circonstance qui rend les mauvais génies singulièrement auda^ deux. — L'influence de la lune sur la fréquence des apparitions était attribuée par les astrologues à une action spécifique, exercée par notre satellite sur les habitants du monde d'outre-tombo. Sans croire aux spectres ni aux apparitions, un grand.nombre de médecins ont soutenu que la lune agit directement sur le système nerveux, et qu'en général les nuits de la lune nouvelle sont moins calmes pour les aliénés que celles de la pleine lune.

Nous nous donnerons bien garde de nous engager dans une pareille discussion. Mais il nous sera permis de faire remarquer que deux raisons concourent à rendre ces prétendues apparitions plus fréquentes pendant la lune nouvelle que pendant la pleine lune. La première, c'est que l'absence complète de lumière agit défavorablement sur l'organisme et le rend plus apte à recevoir des impressions de terreur instinctive. La seconde, c'est que des fraudes grossières, qui ne pourraient être tentées quand la moindre clarté descend de la lune sur la terre, ont alors beaucoup plus de chance pour réussir.

Un de ces lutins maudits pourrait vous jouer -quelque mauvais tour qui mettrait en péril votre

propre vie. — Une croyance très répandue parmi les personnes qui ajoutent foi à toutes ces apparitions chimériques, c'est que les Esprits peuvent nuire aux vivants.

Cette opinion singulière fut exploitée à différentes reprises par les gens qui, pour une raison quelconque, cherchaient à produire certains effets. C'est ainsi que, peu de temps avant le coup d'État du 2 décembre, on prétendit que des Esprits jetaient des pierres aux personnes qui habitaient une maison de la rue des Grès.

On citerait bien d'autres exemples de cette crédulité bizarre, s'il était besoin de montrer davantage que Karl ne faisait que suivre une tactique usitée en pareil cas.

Lampe^ tu brilles tropj diminue ton éclat. — Les changements de lumière produits à distance» par le seul intermédiaire de la voix agissant sur l'intensité d'une lumière, excitent toujours la surprise des ignorants.

Il y a un grand nombre de manières de produire ces effets. Un des plus simples est d'alimenter la lampe par un jet de gaz carburé et de tourner un robinet qui arrête à volonté l'alimentation. Il faut s'arranger pour qu'il reste toujours un petit filet ser^ vant à rallumer la lampe, quand on veut rendre à la flamme tout son éclat.

Si John avait regardé de près la lampe, il se serait aperçu de la fraude. Mais, en matière de spi*

ritisme, un malade qui commence à regarder de prè& les choses est plus d'à moitié guéri, et John n'ent était point là.

On voyait de légers serpents de feu voltiger en Vair. — John croyait voir ces flammes voltiger dans Tair, mais en réalité elles rampaient le long des boiseries dorées. Elles étaient produites par des décharges analogues à celles des carreaux étincelants, et qu'il est très facile de produire avec la bobine Ruhmkorffy instrument tellement populaire que, quoiqu'il fût loin d'être un électricien consommé^ John aurait dû en connaître les effets.

A lors Karl traça un cercle de craie sur le tapis. — Cette représentation somnambulesque a été imaginée par le trop célèbre baron du Potet, qui la décrit longuement dans son ouvrage sur les lois fondamentales du spiritisme. Il traçait quelquefois sur le tapis deux ou trois cercles, voisins les uns des autres, et dans chacun desquels il plaçait une som* nambule.

Ce père du spiritisme contemporain prétendait que chacune des somnambules, ainsi renfermées au centre de sa ligne magique, se croyait emprisonnée dans une tour aux murailles infranchissables. Il donnait pour preuve de la réalité de ses assertions, et il ne pouvait apporter d'autre argument plus sérieux, les contorsions auxquelles ces femmes se livraient. Il prétendait que ces simagrées étaient

involontaires, et hien entendu ses comparses ne W contredisaient pas ; elles déclaraient tout d'une voix qu'elles ignoraient ce qui s'était passé.

Je ne suis point un de ces spirites vulgaires qui s'aplatissent devant la cour. — Presque tous les spirites, dès qu'ils tombent entre les mains de la justice, aJEfectent le repentir et cherchent à plaider les circonstances atténuantes. Mais, une fois libérés de la peine à laquelle ils ont été condamnés, ils prennent l'attitude de véritables martyrs, et ils accusent ouvertement leurs juges d'avoir prévariqué. Un des plus effrontés fut lo photographe spirite dont nous avons raconté l'histoire dans le premier volume de Néridah, Une fois réfugié à Bruxelles, ce charlatan rédigea une brochure dans laquelle il traînait aux gémonies les juges devant lesquels il avait fait si piteuse figure. Il s'accusait d'avoir éprouvé lui* même un moment de défaillance et revenait avec audace sur ses premiers aveux.

Un autre exemple des plus curieux est celui du spirite à l'ardoise qui, comme nous l'avons également raconté, fut saisi par le docteur Lankester au moment où il s'apprêtait à glisser sournoisement sous la table le feuillet de pierre noire sur lequel il avait inscrit d'avance les prétendues révélations des Esprits. Ayant échappé à la prison, grâce à un de ces innombrables vices de forme dont les filous habiles^ profitent si souvent de l'autre côté du détroit, il se rendit à Berlin^ où, pour ses débuts, il se mit

à duper les académiciens qui avaient assez peu de philosophie pour prêter attention aux sottises qii'il débitait.

Vous avez sans doute oublié de fu/mer votre opium^ ce que je vous ai dit de faire chaque soir. — Nous avons vu, dans le premier volume, qu'Alfred avait expressément recommandé à Néridah de détourner à tout prix son père de la détestable habitude de fumer de Topium. Un des premiers soins de Early au contraire, avait été d'imposer à sa victime l'obligation quotidienne de cette pratique détestable.

C'était un moyen dont le succès n'était que trop sûr, car l'effet inévitable de cette drogue désorganisatrice est d'éteindre toute initiative, toute volonté, toute résistance chez celui qui la consomme. John était devenu tellement docile, qu'il s'accusait luimême, comme d'un manquement grave, de ne point «voir fumé la ration qui lui était assignée.

Du reste, on arrive facilement à prendre la redou* table habitude de l'opium, et Ton éprouve une souffrance réelle quand on s'est abstenu par hasard.

On peut dire la même chose de toutes les substances dont le génie inventif des hommes a découvert les propriétés excitantes. A des degrés moindres on doit l'appliquer à l'usage de l'alcool, du tabac, du <îafé, et à bien d^autres habitudes encore plus singulières, telle que celle d'avaler de l'arsenic, si com mune chez les Tyroliens.

Un travail des plus curieux serait de réunir la col-

lection complète de toutes les préparations ou de toutes les matières susceptibles de devenir les ennemies du cerveau humain, et que des imitateurs de Earl pourraient trop facilement exploiter.

Combien ne serait-on pas étonne d'y voir figurer, entre autres choses, l'extrait d'aconit ou la fumée des champignons, dont se régalent les guerriers tartares dans les steppes de la Haute Asie?

Vovs pourrez demander à Smith de voir ses belles plantations de rosiers. — Maître Karl, qui combinait soigneusement ses moindres tours, s'était arrangé pour que John ne portât jamais ses pas vers la serre où ces roses délicates étaient cultivées.

Une odeur suave de roses fraîchement cueillies se répandit dans toute la salle. -— Un chimiste américain trouva un moyen fort ingénieux de prendre en flagrant délit d'imposture un spirite qui l'avait fait assister à une prétendue matérialisation. II avait arrosé avec un peu de dissolution de sulfate de fer les fleurs d'un rosier où il pensait avec raison que les Esprits viendraient s'approvisionner. Quand on lui présenta les bouquets que le spirite avait apportés en secret dans la salle, il les toucha avec un peu de dissolution de noix de galle qu'il portait dans sa poche, et montra que les fleurs spirites se coloraient en noir d'encre, comme il avait pris la précaution de Tannoncer à l'avance. [Si Alfred eût agi 4e même, le pauvre John eut été certainement trop

faible d'esprit pour en pouvoir comprendre toute la portée. Il faut que les démonstrations, pour ne pas être inutiles, soient proportionnées à l'intelligence des personnes à qui elles sont destinées.

Je désire vous donner à mon tour des preuves certaines de mon pouvoir. — Alfred emploie ici un raisonnement familier à tous lès spirites, mais qui ne prouve absolument rien. En voyant son neveu produire des effets extraordinaires, l'oncle John aurait dû se borner à reconnaître qu'Alfred avait des connaissances plus étendues que les siennes, et qu'il savait mettre en jeu des phénomènes qu'il lui était impossible d'apprécier. Mais la reconnaissance d'une supériorité quelconque ne peut jamais conduire à admettre la possibilité de commander aux esprits.

Toutefois, à une époqpie où l'invention du phonographe était encore inconnue en Europe, et où les savants les plus réellement compétents auraient nié la possibilité de réaliser un pareil progrès, Alfred ne pouvait choisir un moyen plus puissant pour donner un autre cours aux idées superstitieuses de son oncle.

Il est rare que les gens dévoués et intelligents cpii tentent d'arracher une victime aux intrigues des spirites, aient à leur disposition une arme aussi puissante. Cependant ce n'est point sans grande peine qu'Alfred réussit dans son entreprise.

Malgré l'interYention du phonographe, la suite de cette histoire nous montrera combien les ravages produits dans l'esprit de John par les intrigues de Earl étaient difficiles à effacer. Les annales du «ipiritisme offrent un grand nombre d'exemples de cette ténacité incroyable. Nous en ayons cité plusieurs dans l'ouvrage sur les miracles en dehors de, P Eglise , auquel nous nous bornons à renvoyer encore une fois le lecteur.

Bon, répliqua Karl avec mépris, M. Alfred Hartley est ventriloque. — Il n'est pas inopportun de faire remarquer que Earl emploie précisément contre Alfred le raisonnement des personnes qui niaient la possibilité de l'invention du phonographe. L'on n'a point en effet oublié que l'accusation de ventriloquisme fut formulée contre l'admirable invention d'Edison, non pas seulement par des ignorants, au moment où son instrument paraissait pour la première fois, mais après qu'il eut supporté d'une façon triomphante les épreuves d'une exhibition publique pendant une période prolongée. Cette accusation fut même lancée en pleine Académie.

Nous devons ajouter qu'Alfred connaissait des perfectionnements, qui n'ont point encore été rendus publics et qui donnaient à la reproduction de la voix une netteté qu'elle n'a pas d'ordinaire. En effet, il «st excessivement rare qu'un phonographe soit assez bien construit pour que l'on puisse comprendre ce qu'il dit, quand on n'a point entendu préalablement

JÊ^.

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