‹ NéridahChapitre 9 sur 52 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Un traité d'alliance.

Huit jours environ s'étaient écoulés depuis l'arrivée de John Hartiey et du spirite Karl dans le Rutlandshire, et des changements de grande importance avaient eu lieu dans le vieux ctiAteau de la reine Edith; mais, avant de les faire connaître au lecteur, nous devons raconter ce qui se passait k l'auberge du Cygne, par une soirée sombre et pluvieuse, comme celle où John et son soi-disant ami y étaient venus.

Il se faisait tard ; la vieille servante allait barricader la porte de Taiiberge, quand un homme, enveloppé d'un ample manteau et tenant à la main une légère valise, entra d'un pas délibéré.

« Je peux sans doute loger chez vous, mesdames? » demanda-t-il aux dames Swift qui travaillaient à un ouvrage de couture près de la lampe.

Les deux sœurs examinèrent avec attention le nouveau venu. Sa voix était jeune, fraîche, sympathique; mais il y avait dans sa personne quelque chose de mystérieux qui pouvait exciter la défiance.

<c Monsieur, dit Thôtesse froidement, si vous avez affaire au château de la reine Edith, comme beaucoup de gens qui ont passé par ici ces jours derniers, il n'est qu'à deux pas, et vous pourrez vous y loger... avec beaucoup d'autres, car la place n'y manque pas.

— Je ne vais pas à ce château, répliqua l'inconnu ; je m'appelle Robesson, et je suis un sousingénieur chargé d'étudier le nouvel embranchement de chemin de fer qui conduira de votre station à Peterborough. Je compte demeurer & l'auberge du Cygne pendant tout le temps que dureront mes travaux dans le voisinage.

— Âhl s'il en est ainsi, dit Thdtesse dont le

visage se dérida, c'est bien différent... Soyez le bienvenu, quoique les chemins de fer ne soient guère en honneur chez nous. »

Et la bonne dame ne put retenir un soupir.

«Eh bien ! monsieur Robesson, puisque c'est ainsi qu'on vous nomme, asseyez-vous au coin du feu... Sarah, poursuivit-elle en s'adressant à la servante, vous allez mettre des draps au lit de la chambre Verte. »

Sarah prit une lumière et monta à l'étage supérieur.

Alors le voyageur se débarrassa de son manteau mouillé, et on put voir un homme leste et bien pris, vêtu convenablement, quoique avec simplicité. Il ôta de même un chapeau à larges bords, qui cachait une partie de son visage, et de grosses lunettes bleues qui couvraient ses yeux. Maintenant il ne paraissait pas avoir plus de vingt-cinq ans, quoiqu'il portât sa barbe entière et que son teint fût fortement basané.

Ce changement à vue frappa les deux dames ; d'ailleurs, le sous- ingénieur les regardait en souriant, d'un air de connaissance.

a Bonté divine! s'écria enfin la veuve Swift en oignant les mains, est-ce que vous seriez...

— Oui, oui, ma sœur, tu ne te trompes pas, s'écria Jenny à son tour en rougissant ; c'est

bien M. Alfred Hartley, que nous avons vu tout enfant, lorsqu'il venait passer ses vacances chez sa tante, Mme Suzanne Hartley, à la ferme des Oaks! »

Alfred, car c'était lui, lendit aux hôtesses chacune de ses mains.

<c Chut! chut! répliqua-t-il à voix basse; pour vous, en effet, je serai Alfred Hartley, votre ami, comme autrefois; mais pour tout le reste du pays, même pour vos gens, je ne veux être que le sous-ingénieur Robesson.

— Vous verrez du moins, dit la veuve Swift, votre oncle John, qui en ce moment réside au château ?

— Mon oncle me croit encore au fin fond de rinde, et il doit plus que personne ignorer ma présence ici... Vous le voyez, j'ai confiance en vous, ne me trahissez point ! Il y va de» plus graves intérêts. »

Les deux femmes continuaient de le regarder avec stupéfaction, ne sachant que penser. Mme Swift reprit enfin :

« Il ne peut y avoir là-dessous qu'une chose louable, monsieur Alfred, car vous avez toujours été un franc et brave garçon... Aussi, combien mon pauvre mari vous aimait! Te souviens- tu, Jenny, qu'un jour nous le trouvâmes jouant à

On put voir un boiuine lesle et bien pria.

la balle avec M. Alfred, comme deux vrais écoliers?... Le cher homme était d'humeur si gaie, si heureuse ! »

La veuve, à ce souvenir, versa quelques larmes, et Jenny ne put retenir les siennes.

« Je sais, mes chères dames, dit Alfred avec émotion, que vous avez été cruellement éprouvées depuis mon départ, et je connais tous les détails de la catastrophe... Si ce peut être une consolation pour vous, apprenez que la mort du pauvre Swift sera vengée sans aucun doute. Je suis précisément chargé par la Compagnie maritime, à laquelle appartenait le Kirbeck^ de rechercher en Angleterre, où il s'est retiré, un misérable Allemand, nommé Marc Fehrenbach, qui est soupçonné d'avoir mis à bord le « rat », cette machine infernale à laquelle est due la perte du navire. Un procès est pendant, depuis plusieurs années, relativement à l'assurance du bâtiment qui a péri, et on a le plus grand intérêt à retrouver ce scélérat de Fehrenbach. J'ai vu à Londres le chef de la police, qui a déjà recueilli des indications précieuses, et moi-même je dois faire certaines recherches dans le Rutlandshire. »

Les deux femmes frémirent.

« Dans notre pays ! s'écria la veuve; comment! il serait possible que ce monstre...

— Je n'ai encore que des soupçons... Mais si ces soupçons venaient à se réaliser, j'aurais un double motif pour le poursuivre de toute mon énergie. »

Les deux sœurs ^ ne comprenaient rien aux paroles d'Alfred et allaient demander des explications, quand Sarah revint annoncer que la chambre du voyageur était prête.

« Eh bien, ma chère, lui dit Mme Swift, vous pouvez vous retirer. Si M. Al..., monsieur l'ingénieur Robesson désire manger un morceau, Jenny et moi, nous le servirons nous-mêmes.

— Oh 1 madame, répliqua le faux ingénieur tranquillement, une tranche de comed beef^ et un verre d'ale me suffiront. »

La servante, ainsi congédiée, dit bonsoir et sortit. Les deux sœurs s'empressèrent de mettre sur la table la viande froide et l'aie demandées, a Cette Sarah est une honnête créature, dit la veuve, mais elle bavarde aisément et il faut se défier d'elle... comme du rest^^ en matière aussi grave, il faut se défier de tout le monde... Ah! si mon pauvre Swift pouvait être vengé, ce serait presque une consolation pour nous ! »

Alfred se mit à table et mangea avec appétit

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