Voyez la noie à la fin du volume
les mets modestes qu'on lui présentait, ce qui parut faire plaisir à ses hôtesses. Toutefois il fut bientôt rassasié, et tirant une cigarette d'un bel étui d'ivoire, finement sculpté par un ouvrier chinois, il reprit d'un ton confidentiel ;
« Vous êtes, mesdames Switf, des amies de ma famille, et je vous parlerai sans réserve. Je viens ici, avec Tassentiment de mon père, le docteur Hartley, et de ma chère petite cousine Néridah, protéger mon pauvre oncle John contre certains intrigants de la plus dangereuse espèce. Il les a rencontrés pour son malheur dans des circonstances encore inexpliquées et ils le dominent avec une habileté diabolique. Si je n'y réussis pas, John, qui a déjà repoussé son frère, renié et chassé sa fille, ne tardera pas à succomber lui-môme sous les machinations de ces misérables. »
Cette communication, faite avec cordialilé, impressionna vivement les deux sœurs.
« Ahî monsieur Alfred, s'écria la veuve, j'avais soupçonné, en vous voyant, quelque chose de pareil. Oui, votre oncle, malgré son énorme fortune, a grand besoin qu'on le protège. Il s'est arrêté une nuit ici, avec un gentleman qui le suit comme son ombre et qui est sans doute de ceux dont vous parlez. »
Alfred ayant fait un signe d'assentiment, la bonne dame reprit :
a En vérité, la flgure de ce gentleman, qu^on appelle M. Karl, ne plaisait pas plus à Jenny qu'à moi ! C'est ce Karl qui a décidé M. Hartley à acheter ce chàleau de la reine Edith, un nid de hiboux, où il dépense en ce moment les yeux de la tête... Depuis plusieurs jours, il y arrive des fourgons chargés de meubles magnifiques, mais baroques ; ce ne sont que tapissiers et ouvriers qui travaillent sans cesse, et notre petit Samuel, qu'on vient chercher de la part de votre oncle, ne sait parfois où se réfugier. Nous avions bien deviné quelque chose de vilain derrière tout ce mouvement extraordinaire ; mais nous n'aurions jamais pu supposer... Et vous dites que M. John est brouillé avec son frère, qu'il ne veut plus voir sa belle petite Néridah?
— Il a l'esprit momentanément égaré, madame Swift; et c'est parce que le danger est pressant que vous me voyez ici. Je vais me mettre à l'œuvre, aPm de confondre et de châtier les intrigants qui exploitent mon malheureux oncle. Ils ont déjà failli le tuer par une attaque d'apoplexie qu'ils avaient provoquée, et leur unique occupation est de lui troubler la cervelle. Pour accomplir ma tâche, j'aurai besoin que mes
amis et ceux de ma famille me prêtent assistance; la vôtre m'est-elle assurée, mesdames Swift?
— De tout notre cœur, monsieur Alfred, répliqua la veuve; n'est-il pas vrai, Jenny?... et dès que nous saurons comment nous pouvons nous rendre utiles...
— D'abord en ne révélant à personne ici mon nom véritable ; le reste viendra suivant les circonstances. Je dois d'autant plus compter sur votre concours à l'une et à l'autre que, selon toute apparence, Karl, le plus mortel ennemi de mon oncle, est précisément ce Marc Fehrenbah, le scélérat qui a causé la mort de l'ingénieur Swift.
— En êtes- vous sûr? demanda la veuve, dont les traits prirent tout à coup une expression farouche.
— Si j'en étais sûr, un warrant serait déjà lancé contre le brigand; mais on découvrira des preuves, j'en ai la certitude, et justice sera faite promptement, pourvu que cet infâme assassin ne prenne pas l'alarme et ne détale pas avant le moment où Ton pourra l'appréhender au corps. Il est, dit-on, d'une habileté sans pareille pour se grimer*, se déguiser et dépister toutes les re-