Néron
Page 348, ligne 44, lisez : aui héritiers légitimes que Poppée... Page 394, ligne 29. lisez : et dans les sites les plus agréables.
Page 440, ligne 3, lisez : et aux satellites de César.
Page 4G2, ligne 47, lisez : à chaque instant surgir...
Page 470, ligne 40, lisez : au soleil qui avait...
Tage 500, ligne 3, lisez : qui ne devait jamais s’éteindre.
Page 502, ligne 41, lisez : l’édifice fut entièrement...
Page 547, lignes 4G, 47, 48, lisez : le Cœlius et le Palatin — à la hauteur de la Vélia — dont il fit abattre une arcade...
Page 570, ligne 48, lisez : sans Tigellin, ni Tigeilin sans Néron. Page 589, ligne 29, lisez : intelligences d’élite qui protestent.
Page 590, ligne 8, lisez : sur le compte des Césars.
Page 590, ligne 4 4 , lisez : que la justice divine n’a pas châtié Néron. Page 595, ligne 5, lisez : question de vie ou de mor'.
INTRODUCTION
Opinion de Pausanias cl de Platon sur le* grands criminels. — Curiosité qui s'attache aux grands coupables; quelle en est la cause ? — Le mobile des actions humaines et les secrets de la conscience sont le rûté le plus intéressant de la vie. — A ce titre Néron mérite d'OIre étudié. — Il a exagéré le bien et le inul. — Néron calomnié : il ne nous est connu que par les témoignages de ses ennemis et de ses victimes. — Il fut cependant le plus populaire des empereurs. — L’époque est aussi tourmentée que le héros, tout fut extrême, le paganisme, le stoïcisme et le christianisme. — Profils et enseignements que peuvent tirer de cette époque sérieusement étudiée les hommes de notre temps.
Pausanias raconte que Néron rendit aux Grecs la liberté en permettant aux villes de nommer leurs magistrats, et voici cc qu’il ajoute dans sa reconnaissance du bienfait et dans sa justice pour le bienfaiteur. < Quand je considère cette action » de Néron, je trouve que Platon a dit avec beaucoup de vérité • que les crimes remarquables par la hardiesse et l’atrocité ne » sont pas commis par des hommes médiocres; mais qu'ils > partent d'une âme forte et généreuse corrompue par l’édu- » cation *. »
Ni Pausanias, ni Platon lui-môme, ne sauraient nous ranger à cette opinion, si favorable qu elle soit au terrible héros de
t. Paosaxias, del'Athau, ch. xvii.
INTRODUCTION
celle histoire. Le bruil, l'éclat et le succès récompensent au delà de leur mérite les héros du scandale; on doit leur refuser son admiration. Ces fiers serviteurs de leurs mauvais instincts commencent l’épopée de leur fortune par ce qu'il y a de plus facile dans la vie humaine, l'intempérance, la révolte et l’emportement. Quand il a fallu gravir péniblement le chemin montant du devoir, la constance et le courage leur ayant manqué, ils se sont précipités dans toutes les pentes avec des airs do triomphe et sont descendus vers les bas-fonds. Par cette première abdication de la pudeur cl de la justice, tout homme, si grand qu’il puisse être parle rang, parle talent et par la destinée, se déclare inférieur, et l'on doit s’en tenir à cet aveu.
Toutefois, si l'on refuse aux crimes exceptionnels et aux grands coupables l’admiration et la sympathie, souvent, par un mouvement de curiosité .irrésistible, on les honore d'une attention particulière qu'obtiennent rarement l'honneur et la vertu. Le propre de l'esprit humain est de se porter vers ce qui l’étonne; les monstruosités morales l’attirent comme un abîme ; et quand il s’arrête à considérer les grands coupables, il cherche, jusque dans l’horreur qu’ils inspirent, quelque chose des secrets de sa destinée. Tout ce qui étend la sphère d’action où se meut notre liberté, dans le bien comme dans le mal, nous intéresse à l’égal d’une question personnelle, et nous étudions curieusement les écarts de vice et de vertu pour savoir jusqu’où nous pourrions aller; de tous les spectacles, en un mot, il n’en est pas, comme dit Juvenal, qui nous émeuve autant que les choses de la vie humaine. 4.
1 Tanin majores liumana negotia Itirii.
Juvéxai., Si/. x»v, y 90i.
INTRODUCTION
Encore faut-il choisir dans cet ensemble de faits, d’idées et de sentiments, les plus dignes de captiver notre attention : certes ce ne sont pas les jeux de la fortune, ni les chances diverses du hasard, ni les vicissitudes d'une ambition qui aspire au pouvoir et aux richesses, mais bien les luttes intimes et les secrelp combats que chacun de nous soutient en lui-même avant d'ècouter le devoir ou la passion. La grande affaire de l'homme, en effet, est de chercher, avec tout ce qu'il a de probité dans l'esprit, quelle est la loi morale qui le gouverne, et, cette loi reconnue, de la pratiquer avec tout ce qu’il a découragé dans le cœur. Dans les grands mouvements des peuples, bataillesou révolutions, tout ce qui est apparence et qui attire les regards est bientôt vu; mais le mobile des actions, la vigueur des sentiments, l’âme des faits, voilà ce que nous voulons pénétrer et sentir parce que c’est là qu’est toute l’importance des événements. Est-ce le luxe et l'appareil étalés autour de ceux dont l'influence et l'autorité nous gouvernent que nous regardons avec le plus de curiosité? Non : ce sont les singularités du caractère, les modes particuliers de leur humeur, l’arrangement de leur vie intime, tout ce qui peut nous révéler leur pensée secrète ; et nous voudrions lire jusque dans les derniers replis de leur âme parce que c'est là que réside leur mérite réel et leur véritable grandeur. Ce qu’il y a de plus remarquable dans leurs prospérités et dans leurs revers, c'est façon dont ils les portent; et le plus admirable est celui qui en face de la fortune, maîtresse des événements, souffre qu’elle trouble ses projets, mais lui interdit son âme. Voilà le grand intérêt, voilà le beau spectacle! c’est le travail intérieur de l’homme sur lui-même quand il se provoque aux dévouements ou qu’il s’abandonne aux lâchetés.
Cela posé, on doit reconnaître qu’il n’y a pas d’homme ni
INTRODUCTION
de souverain qui mérite comme Néron d'attirer l'attention du moraliste. Il a voulu énergiquement et pratiqué avec ardeur tout ce que le vice et la vertu ont de plus extrême, et sa vie, qui se compose des actions les plus contraires, a dû exciter au plus haut degré la sympathie et l'horreur. Les cinq premières années de son règne pénétraient d’admiration l’empereur-modèle, Trajan, qui ne voyait, dans la vie des plus grands princes, rien de comparable aux commencements de Néron '. Bientôt après, les cri mes atroces et multipliés, les excès monstrueux, les prodigieuses démences, éclatent à la fois et frappent le monde d'une terreur qui dure encore. Ce qu'il y a de plus inouï dans cette existence étrange, dans.ee règne d'où le peuple romain sortit comme d'un rêve, c’est que ce Néron, qui est resté dans la conscience du genre humain comme le type de la débauche et de la cruauté, fut en même temps le plus populaire, le plus aimé, le plus regretté des empereurs.
Nous ne pouvons pas oublier que l'amour de l’art pour l’art et la glorification du travail, abstraction faite des moyens et du but, furent la politique de Néron. Notre génération, qui a reproduit cette doctrine et placé le peintre, le sculpteur et le comédien au rang qui leur sont dus, ne saurait refuser son attention impartiale au César qui fut un artiste passionné.
Nous nous devons à nous-mêmes de chercher s'il n'y a pas, à côté de tant de crimes, comme un prétexte à l’indulgence pour l'homme qui estimait son talent plus que sa dignité, pour l'acteur qui aimait mieux charmer son public que de
i. Quinquennium lumen tanlus fuit, aupemli nrbe maxi.ne, ut mcriloTrajaiius strpius testaretur, procul iliflcrre cunctos principes Neronis quinquontiio. Aihelius Victor, Vit de Néron.