‹ NéronChapitre 113 sur 205 · VI K I) K N K K ON · texte numérisé non relu

VI K I) K N K K ON

disputaient au peuple, fut cachée par ses adorateurs, morts avec leur secret. Deux raille ans après, le hasard se plut à lui rendre, dans une Grèce nouvelle, le culte et les honneurs qu'elle avait perdus?...

Quelques marbres antiques dus aux grands sculpteurs de la Grèce et de Rome sont arrivés jusqu'à gous. Mais parmi toutes les statues de femme qu’on admire dans les musées de l’Europe, la Vénus de Milo est la seule déesse que le paganisme nous ait léguée. Non-seulement elle l’explique, mais elle le justifie presque par l'éclat olympien de sa beauté.

Qu’on se représente donc quelques milliers de statues disposées avec art pour peupler les galeries, les péristyles et les jardins. Une multitude d'hôtes silencieux et immobiles entourait le prince artiste qui voulait être l'amphitryon de tous les héros et de tous les dieux. On demandait un jour à Praxitèle quelle était la plus belle de ses statues. Celle qu'a peinte Nicias, dit-il. On voit par celte réponse que les anciens coloraient les marbres travaillés par les sculpteurs, soit avec le pinceau, soit avec des procédés particuliers. Ils poussaient l'art jusqu’à imprimer une rougeur pudique sur les joues de la statue qui représentait une jeune fille. Nous savons aussi que les Romains avaient la coutume de vêtir magnifiquement, à certains jours, les héros et les dieux de marbre et d'airain qu'ils honoraient d'un culte particulier. On peut donc se faire une idée de l’éclat et de la variété que ces milliers de statues, peintes ou habillées, donnaient à la décoration du palais.

Néron avait déployé encore plus de luxe dans les thermes. L’eau de la mer et les eaux sulfureuses d'Albula venaient par des conduits particuliers remplir divers bassins; toutes sortes de bains étaient préparés par des esclaves iulelii-

gents. En hiver on chauffait les réservoirs; en été on rafraîchissait l'eau des bains en y jetant de la neige. Les murs et le pavé des salles étaient ornés de mosaïques et couverts de marbres précieux. La nacre, les pierreries et ce que la nature produit de plus rare, avaient ôté prodigués'dans la chambre et dans les appartements du prince. Sur les lits de repos en bois de senteur, incrustés d’or, brillaient les tapis d'Orient relevés de franges et de perles de la mer Rouge dessinant des arabesques. Des lambris faits de tablettes mobiles en ivoire, tournaient sur des pivots et présentaient à chaque mouvement des peintures nouvelles. Ces lambris étaient disposés de manière à jeter des fleurs. Des machines invisibles versaient, quand on les faisait mouvoir, des parfums sur les mosaïques, et, par des conduits habilement distribués, lançaient au-dessus des convives une pluie fine cl odorante '.

Dans ce palais, la chambre à coucher de Néron était un assemblage de merveilles, une collection des objets les plus précieux. A côté des tableaux, chefs-d'œuvre des grands maîtres, un voyait la statue d’or de la Victoire, compagne fidèle et complice des Césars, et l'Amazone aux belles jambes que l'artiste impérial emportait dans tous ses voyages. Le lit était orné de perles et de pierreries, couvert de riches broderies d'or, de pourpre et de soie. Néron, qui avait l'esprit tourné aux superstitions, croyait, comme les Orientaux, à la vertu magique des pierres précieuses ; il est probable que son lit et les paiois de l'alcôve impériale étaient incrustés de ces sortes de talismans. C'était la corne d’Hammon, une pierre couleur d’or, qui procurait des rêves prophétiques; le jaspe, favorable à ceux qui doivent prononcer une harangue; l’améthyste, qui empêche

t. Scétone. Vie de Néron, cl», xxxi.

livresse en écartant les maléfices, et l’agathe sacrée de l’fle de Crète, (jui prévient la morsure des araignées et des serpents. Malheureusement on peut croire qu'une main ennemie glissa furtivement dans l’écrin de Néron la pierre noire avec des teintes de sang, je baroptène, qui inspire les monstruosités.

A côté de ces talismans, la dactvliothèque de Néron devait être le plus rare et le plus riche trésor qui fut jamais, surtout après qu’il eut dépouillé les temples de Rome et ceux de la Grèce pour orner ses appartements. Il n’hésita pas à puiser dans la collection de pierreries du roi Milhridate, consacrée dans le Capitole par le grand Pompée, et dans celle de Jules César. Sur des consoles en marbre et sur des tables en bois de cèdre, des perles, des diamants et des pierres précieuses étaient posés dans des coupes d'albâtre. Néron possédait sans doute la célèbre opale d’Antoine, son aïeul, qui avait proscrit le sénateur Nonius pour s’emparer de celle pierre; et la sardoine de Polvcarpe, tyran de Samos, enlevée du temple de la Concorde où Livie l'avait consacrée dans une corne d'or; et l’agalhe de Pyrrhus, l’ennemi des Romains, où la nature, dit Pline, avait gravé spontanément Apollon et les neuf sœurs avec leurs attributs *; la belle émeraude dont il se servait lui-même pour regarder comme dans un miroir les combats de gladiateurs ; enfin la pierre unique, la merveille découverte dans les mines d’or de Lamsaque : Alexandre le Grand avait ôté jugé seul digne de la posséder. Ajoutez à ces trésors ce qu'on avait pu se procurer de statuettes en airain de Corinthe, posées sur des tables de marbre, et les premières porcelaines de la Chine, que les caravanes du pays des Parthes allaient chercher au fond de l’Asie ; — on les

Page 1