‹ NéronChapitre 112 sur 205 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Statue colossale de Néron. — Zénodorc le sculpteur. — La Maison d'or. — Mosaïque el peintures murales. — Tableaux et marbres coloriés. — Statues peintes et habillées. — Vénus de Milo. — Bains de la Maison d’or. — Chambre de Néron. — Objets précieux. — Vases murrhins, argenterie. — Salle merveilleuse représentant le ciel el l'empire romain. — Jardins de Néron. — Forêts et solitudes. — Asturcon. palais du singe, monstres. — Prodigalités de Néronr — Luxeile Poppée. — Troupeau d'ânosseS. — Onguent de Poppée. — Ses cheveux d'ambre, sa toilette, son costume. — Néron donne des jeux et fait des entreprises gigantesques. — Efforts inutiles. — Néron revient à son projet de persécuter les chrétiens.

Il était dans la nature de Néron de viser au prodigieux et d'aller toujours aux extrêmes. La gloire et le pouvoir, accumulés sur sa tôle par l’obéissance du monde et par le règne de ses prédécesseurs, lui créaient une situation en rapport avec son caractère. Il résolut donc d'avoir pour demeure un palais digne de l’empire, de Rome el de lui-môme. Dans son intention, le monument qu'il se proposait d’élever serait assez remarquable par les proportions gigantesques, par la magnificence, par l'originalité, par l’assemblage des merveilles de l'art, pour faire oublier le passé et pour décourager l'avenir.

Sévêras et Gélcr, deux architecte renommés, furent chargés

de dresser les plans de la demeure impériale et d’en diriger les travaux. Pour obtenir de la nature tout ce que l’art peut lui demander et pour réaliser des prodiges tels que les exigeaient les désirs effrénés du maître, ils avaient dans les mains, comme instruments, les trésors du monde et la force de l’empire.

Devant la Maison d’or, comme devant les maisons patriciennes, s’étendait une grande place, une cour extérieure que les Romains nommaient l’aire, area. Sur l’aire de la Maison d'or s’élevait la statue colossale de Néron, composée des plus riches métaux, haute de cent vingt pieds, ouvrage du célèbre Zénodore. Il venait d'exécuter avec succès, pour la cité gauloise des Arvernes, une statue de Mercure sur des proportions gigantesques, et Néron l’avait mandé. * Nous admirions dans son atelier, dit Pline le Naturaliste, la ressemblance parfaite, non-seulement du modèle d’argile, mais encore des essais de moindre dimension 1 • . Plus tard cette statue, qui ne fut pas détruite par les Flaviens, resta debout devant leur grand amphithéâtre, et les Romains qui se souvenaient toujours de Néron, disaient alors quand ils se rendaient aux jeux publics : « Allons au Colosse », — d’où l’on a fait Colysôe.

Après la statue se développaient dans les constructions nôroniennes, des péristyles de mille pas à trois rangs de colonnes. La Maison d’or se composait d’une suite de palais, d’un entassement d'édiGces qui avaient l’aspect d’une ville. Ils s’élevaient autour d’une pièce d’eau si vaste qu’em la nommait la mer et que des flottes pouvaient y manœuvrer aisément. Le pavé de ces longs péristyles était formé de mosaïques dont les marbres, de couleurs variées, entouraient la base des colonnes, tandis que leurs chapiteaux d’airain, ornés de filets d'or, s'harmonisaient

1 Pi.ixe. Ilul. n ni., lir. XXXIV, ch. iviti, parac fi.

llî

avec les peintures des voûtes. Parmi les artistes nombreux qui couvraient les murs de leurs imaginations graves ou riantes, on nomme le majestueux Fabulus. Il travaillait toujours vêtu de sa toge, exerçant avec une dignité sénatoriale sa profession, que les Romains ont particulièrement honorée. La Maison d'or fut la prison de ses œuvres et de son talent '. Parmi les peintures découvertes dans les ruines des thermes de Titus, celle qui représentait Phèdre prête à se pendre de désespoir après les dédains d'Hippoly te, et celle où l'on voyait Coriolan désarmé par sa mère, peuvent être attribuées au grave Fabulus. Ludius, qui avait composé sous Auguste des marines et des sujets 3grcstes, et Pyrœicus le rhyparographe, c'est-à-dire qui représente des objets bas, avaient sans doute laissé des élèves dont le prince utilisa le talent pour varier les décorations de son palais. Une armée d'artistes et d’ouvriers en tout genre préparaient la demeure de Néron, qui stimulait leur ardeur en honorant le mérite et en payant largement le travail de chacun.

L’art de peindre la pierre et de colorer le marbre venait d'être inventé : il fut d'un grand secours pour l’ornementation de ces parquets immenses et de ces longues murailles2. On dut l'employer utilement dans la composition des mosaïques, qui exigeait une grande variété de couleurs, ainsi que dans la décoration des chambres et des galeries où l'emploi d’une teinte uniforme devait ajouter à l'effet et varier selon la destination des lieux. Sous les portiques et dans les péristyles, de grandes peintures murales reproduisaient les faits importance l’histoire et de la mythologie ; on employait pour ces tableaux des couleurs fondues avec la cire de Carthage et séchées au

t. Puise. Hisl. n ni.. liv. XXXV, ch. ixivu, parai;. 7.

â. Pl.INE. Hisl. «al., liv. XXX, ch. I, parue. 3.

moyen d’un fer chaud immédiatement après qu'on les avait étendues. Cette composition était à l’épreuve de l'air extérieur, et ce qui nous en reste n'est pas encore altéré après tant de siècles 1 . Dans quelques galeries les colonnes étaient reiiêes à leur base par un mur à hauteur d’appui; ce mur était creusé en forme de canal, de manière à recevoir assez de terre végétale pour nourrir des arbustes et des fleurs rares. Pendant les jours d'été, quand les grandes tentures tombaient entre les colonnes, les fleurs parfumaient l'ombre, et leur vue réjouissait les promeneurs.

C’était beaucoup sans doute que d'avoir élevé la Maison d’or et dessiné ses jardins magnifiques, mais il fallait encore meubler dignement les salles, les portiques, les bains; il fallait peupler les appartements et les jardins, de bronzes et de marbres représentant les héros et les dieux, hôtes muets d’un prince qui donnait l'hospitalité à toutes les gloires. Mais comme César ne voulait être entouré que d'ouvrages remarquables dus au génie des grands artistes, pour ne pas faire attendre ce maître exigeant, on dut aller demandera la Grèce et à l'Asie tout ce qui était digne de lui être offert. Acratus, un affranchi de Néron, et le philosophe grec Carinas, lurent chargés d'exécuter les ordres du prince. Ils fouillèrent la Grèce jusques dans les derniers villages. Le seul temple de Delphes fournit cinq cents statues; mais les peuples se soulevèrent pour défendre leurs dieux et leurs héros, marbres sacrés dont le génie des sculpteurs avait fait des chefs-d'œuvre. On dut employer souvent la violence pour réduire à l’obéissance les populations indignées. Il est probable que notre Vénus de Milo, mutilée daus un de ces combats où les soldats de Néron la

I. C’est la peinture h IVncatisli-jue. Voir dans les Mémoires da r Académie des Inscriptions et Belles- Lettre*, le* ira vaux du comte «le Cuylus.

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