PREMIÈRE PERSÉCUTION DES CHRÉTIENS
Première persécution des chrétiens. — Le monde païen est unanime contre eux. — l.es pires scélérats et les plus grands génies accusent les chrétiens. — Une immense multitude est jetée dans les fers. — Christianisme violemment introduit dans l'Histoire romaine. — Divinité de Jésus-Christ. — Le genre humain attendait un Dieu. — Autorité de l'Eglise. — Premiers martyrs livrés aux bêtes et brûlés. — Les chrétiens des Catacombes recueillent leurs restes. — Néron se complaît dans sa toute-puissance.
Après avoir raconté l’incendie de Rome, il a fallu décrire la Maison d’Or. La nouvelle merveille avait ému les imaginations et fixé tous les regards. Les successeurs immédiats de Néron, Otlion et Vitellius, crurent devoir ajouter quelque chose aux splendeurs de ce palais; mais pendant que les architectes Sèvérus et Géler aiguillonnaient l’ardeur d’une armée d’artistes et de travailleurs, bien des événements s’étaient accomplis que nous n’avons pas encore mentionnés. Le plus considérable de ces événements, c’est sans contredit la première persécution des chrétiens. On la regarde généralement comme la plus terrible qui fut jamais. Elle éclata en l'année 64 de J.-C. et 817 de la fondation de Rome. Tout ce que le monde païen avait
de plus noble et de plus abject dans la ville éternelle sc leva contre les chrétiens, et cette unanimité prouve eq faveur de la loi nouvelle, La vérité absolue et la vertu suprême pouvaient seules blesser tous les cœurs dans une société, monstrueüx assemblage de toutes les erreurs et de tous les vices. On peut assurer que Néron et ses complices persécutèrent les chrétiens beaucoup plus en haine du dieu nouveau que par dévotion envers les divinités du paganisme, auxquelles personne ne croyait plus.
Pline l'ancien, le plus honnête homme de son temps, était un pur matérialiste; Tacite, le plus grand des historiens, à peine un déiste incertain. Dans ce délabrement de la religion nationale, à laquelle les enfants eux-mêmes necrovaient pas', et dans la cohue des systèmes philosophiques, quelle doctrine et quelle morale pouvaient s'imposer à l'esprit de Néron? Après bien des incertitudes il s’adonna au culte d'Astarté de Syrie; mais n’ayant pas obtenu delà déesse tout ce qu’il espérait, il la prit en souverain mépris et .s'oublia jusqu’à souiller sa statue 2. Il fut ensuite très-dévot à une sorte de poupée. C’était une image de jeune fille qu’un homme du peuple lui avait donnée en l’assurant qu’elle le sauverait de tous dangers. Il ne faut pas rire de ces défaillances et de ces ridicules inhérents à l’incertitude de notre condition et aux faiblesses de notre nature. On n’arrive, en ces sortes de matières, à la sécurité que par la supériorité de l’intelligence ou