SIMON LE MAGICIEN — MARTTHE DE PIERRE ET DE PAUL
Tous les hérésiarques se résument en Simon le Magicien. — Sa doctrine. — Hélène, sa compagne, et les Eons. — Simon s’unit avec les Juifs et avec 1rs païens. — Agrippa protège les Juifs et Simon. — Néron accueille Simon. — Ce dernier promet à Néron de s'élever dans les airs. — fl essaie de tenir sa promesse. — Pierre est enfermé dans la prison Mamerline avec I’aul. —, Ils sont conduits ensemble au supplice. — Pourquoi on les sépare. — Paul décapité sur le chemin d’Ostie, Pierre crucifié sur lo Janicule. — Philosophes exilés par Néron.
Pendant que Pierre et Paul répandaient au loin l’Évangile et ses divines clartés, Simon le Magicien poursuivait son œuvre de haine contre les ministres du nouveau dieu. Sous le règne de Claude, comme nous l'avons dit, cet imposteur ne fut pas étranger aux séditions qui troublèrent le quartier des Juifs; plus tard, il tourna contre les chrétiens les soupçons de Néron qui cherchait les auteurs du grand incendie; enfin sa haine l’égara jusqu’à le faire se vanter de s’élever dans les airs. Il prétendait prouver par là qu’il y avait en lui plus de vertu divine que dans Pierre et Paul.
Simon le Magicien mérite d’étre étudié dans sa doctrine et
VIH DE NÉRON
dans ses œuvres, parce que la vie et le caractère de tous les hérésiarques se résument en lui. Apostats égarés par l'orgueil, tous ont cherché dans les puissants de lai terre des protecteurs et des ennemis contre l’Église qu’ils avaient quittée. Leur politique fut toujours d’encourager les souverains pour substituer à la grande unité catholique le fractionnement payen de la race humaine en nationalités ennemies.
Avant de raconter la chute ridicule de l’imposteur, il convient de faire connaître sa doctrine, afin que l’énormité du crime explique et justifie le châtiment.
Simon le Magicien, contemporain de Jésus-Christ et des Apôtres, habitant de Samarie et presque témoin de la Passion, avait vu de trop près les merveilles du christianisme naissant peur pouvoir nier aussi aisément qu’on le fait aujourd’hui, la divinité de Jésus-Christ. Le côté vulnérable de la religion nouvelle n’aurait pas échappé à la haine intelligente de cet ennemi formidable. Il dut se résigner à la vérité et la subir; seulement il en prit ce qui lui plut pour l’accoûimoder à ses intérêts et à sa fantaisie, exemple suivi par tous les hérésiarques dont il est le père.
Il n’osa pas nier la divinité de Jésus-Christ fait homme pour racheter l’humanité; mais il prétendit être l'incarnation du Père et, voulant appuyer sa doctrine par des prodiges, il s’adonna secrètement à la magie. Il se faisait accompagner d’une femme nommée Hélène, qu’il avait achetée dans la ville de Tyr. Elle le secondait dans ses pratiques; et de même que son enseignement était un composé ridicule de rêveries et de principes empruntés à tous lersystèmes, sa vie était un assemblage d’actions incohérentes. Pour n’avoir pas à craindre des païens les persécutions auxquelles les chrétiens furent bientôt exposés, il disait que son Hélène n’était autre que Minerve, ca-
chée sous la forme d’une femme, tandis que lui-même était Jupiter.
Pour séduire les chrétiens et diminuer l'Église, il administrait le baptême et faisait briller une flamme errante au-dessus des eaux. C’était partout le mensonge, dans les actes et dans les paroles, qu’il accommodait aux circonstances et aux lieux. Son Hélène, qualifiée de Minerve pour les Romains, était présentée aux Syriens sous le nom de Barbelo, c’est-à-dire la fille de Baal ; pour les Grecs adonnés à la philosophie, elle était la personnification de son intelligence, un des Eoiis, esprits intermédiaires entre Dieu et l’homme, dont les Néoplatoniciens d'Alexandrie fixent le nombre et définissent la nature, chacun comme il l’entend *. Après avoir séduit les Samaritains, qui, au dire de saint Justin, l'adoraient cent cinquante ans encore après sa mort, il voulut'se faire connaître à Rome et s’y établir comme en Orient.
L’intelligence et la prudence humaine ne manquèrent pas à scs projets. Il n'avait garde de procéder comme les apôtres, qui recherchaient de préférence les petits et les faibles sans se préoccuper de leurs propres intérêts. Simon alla vers les puissants, au contraire, et tint compte des circonstances pour acquérir le plus grand crédit.
Il fit cause commune avec les Juifs contre les chrétiens. Eux et lui furent puissamment protégés à Rome par Agrippa, fils d'Hérode et de la célèbre Mariamne. Tibère, qui soupçonnait ce prince d’attendre sa mort avec impatience, le fit jeter dans une prison où il l’oublia ; maisCaïus, aussitôt qu'il fut le mattre, se hâta de rendre la liberté à son ami. On le déclara
i. Pour tout ce qui regarde Simon le Magicien, voir Eusébe, saint Grégoire de Naziance, saint Justin, saint Irénée, saint Epiphane, Tertullien et saint Jérôme.
roi des Juifs, on accrut ses États, et Caligula lui donna des chaînes d’or aussi lourdes que celles dont Tibère l’avait chargé
Après la mort de Caïus, Agrippa servit d’intermédiaire entre Claude et le sénat, également épouvantés, le sénat de son impuissance et le prince de sa fortune. Un dévouement prouvé par des services rendus avait donc mis le roi des Juifs en grand créditau Palatin. Ses sujets en profilèrent pour s’établir solidement à Rome. Au reste, ces mêmes Juifs qui venaient de crucifier Jésus, avaient témoigné la plus vive douleur à la mort de Jules César. Pendant plusieurs nuits consécutives ils veillèrent auprès de ses cendres *. On s’en souvenait à la cour, et la synagogue était puissante à Rome que l’Église n’était pas même connue.
Sous le règne de Claude, les discussions et les luttes violentes éclatèrent entre les Juifs et les premiers chrétiens, entre le chef des hérésiarques et le père des fidèles. Pierre eut assez d’autorité pour préserver l’Eglise de l’erreur; mais il n’arrêta pas la fortune de Simon, son ennemi. L’habileté, l’audace de cet homme, ses prodiges opérés par la magie, le firent regarder comme un génie rare et même comme un Dieu. Quelques auteurs ecclésiastiques, tels qu’Eusèbe et saint Justin, affirment que les Romains lui élevèrent une statue dans l’ile du Tibre, ce qu'on a contesté avec quelque apparence de raison s. Ce qui n’est pas douteux, c’est que Simon le Magicien fut longtemps l’objet d’une vive admiration ; que Félix, gouverneur de la Samarie, le recommanda à Pallas, son frère, et qu’on le reçut