‹ NéronChapitre 137 sur 205 · Joskphk. Histoire îles Juifs, liv. VIII, ch. vin · texte numérisé non relu

Joskphk. Histoire îles Juifs, liv. VIII, ch. vin

2. In summo pnhlico luctn, citerarura gentium multitudo circnlatim, juo qnæqne luctu lumenlata est; præcipneque Judei, qni etiam noctibus eonlinuis bustam frcquenUirunt. Sitétoxe. Vie de César, ch. lxxxiv.

3. Saint Justin. Apologie. Eusébk. H ut. de t Église, liv. Il, ch. xm.

5JÎ

avec honneur au Palatin jusqu'au dénouement ridicule qui termina sa carrière et sa Yie.

Dion Chrysostôme affirme que Néron nourrit longtemps à sa cour un homme qui avait promis de voler *. Suétone mentionne également la tentative et la mort du même imposteur1, et les Pères de l’Église ont reconnu dans cet homme Simon le Magicien. Néron, extrêmement curieux de tout ce qui était extraordinaire, mit l'hérésiarque en demeure de tenir sa promesse et de confondre les chrétiens. L’audace de Paul, qui venait de lui résister en face, méritait ce châtiment.

L’épreuve se fit dans un des théâtres de Rome, peut-être dans les jardins de Néron, peut-être au cirque. Suétone rapporte qu’un Icare s’efforça de s’élever dans les airs; maisqu’aprôs le premier élan, il tomba devant l’empereur et qu'il le couvrit de sang. D’après les plus illustres Pères de l’Église grecque et latine, Pierre était là, priant contre l’imposteur qui prétendait humilier et confondre l’Église de Jésus-Christ. Simon le Magicien fut emporté hors du théâtre les jambes cassées. Souillé du sang de Simon et tout honteux de sa crédulité, Néron ne voulut plus entendre parler du magicien.

Il parait que Simon ne mourut pas de cette chute; mais le dédain de l'empereur et la honte qu’il éprouvait le jetèrent, dans une rage furieuse. Quelque temps après sa mésaventure, il se précipita du haut de son logis et se tua. Ce lugubre dénouement de sa fortune fit une impression profonde sur les

1. Dion Chrysostôme. Discourt II. On sait que Trajan estimait fort ce moraliste, L'a-l-il fait monter sur son char U jour de son trioniphef... Pbilostrata l'affirme.

S. Icarus primo statim conato juita cubiculum ejue decidil, ipsumque cruore respeiit. Slêtone. Km de Néron, ch. ut.

chrétiens*. Au sixième siècle, on montrait encore dans nn quartier de Rome, des pierres teintes de sang contre lesquelles Simon s’ôtait brisé 2.

Il semble que la chute et la mort de l’hérésiarque, en le couvrant de honte sous les yeux de Néron, devaient étonner ce prince et lui faire admirer la doctrine ainsi que la vertu de ceux qu’il voyait confondre l'imposteur. Il n’en fut pas ainsi : Néron n’avait rien trouvé dans la science des mages, dans les prétentions de Simon, ni dans les doctrines des philosophes ; il fut animé d’une haine intraitable contre tous ceux qui se mêlaient d’enseigner dans les écoles ou dans les temples. Les philosophes et les prêtres de toute religion qui n’était pas celle de l’État, furent bannis et persécutés; mais s’il se contenta de l’exil pour le grand nombre, les chrétiens et leurs chefs furent l’objet d’une haine particulière. Il est aisé de comprendre pourquoi : les mages et les astrologues n’apprenaient rien à Néron de ce qu’il voulait savoir, et les apôtres lui proposaient d’apprendre tout ce qu’il voulait ignorer. C’est alors que l’ordre fut donné de chercher Pierre et de le jeter dans une prison.

Déjà Paul l'héroïque était dans les fers; et, le corps ployé sous le poids des chaînes, sa pensée militante soutenait au dehors le combat. Les fidèles craignirent que Pierre tombât aux mains de César et ils obtinrent de lui qu’il fuirait la persécution.

t. Vidcraut enim cursura Simonis magi pondéré principilatum suo,

ernribus jacuisse prefractis. Posl deinde perlatim Brundam, cruciatibus et padore defessum, ex altissimi culminis se rursuin précipitasse faujgio. Ahnobk. Liv. Il, p. 18.

S. An sixième siècle, d’après Grégoire de Tours, on montrait à Home la pierre où Pierre s’était mis à genoux pour prier. Ailleurs on montrait des pierres encore teintes du sang de Simon le Magicien. Peut-être est-il difficile de croire, mais il est imprudent de nier.

II s’éloignait donc et sortait de Rome par la voie Àppia, quand, à quelque distance des portes, dans la vallée de l’Almon, Jésus-Christ lui apparut.

Bien que ce miracle ne soit pas un article de foi, on serait imprudent d’en repousser la tradition vénérable par la vénération des siècles.

Pierre dit à Jésus : Seigneur, où allez-vous?- et Jésus répond : Je vais à Rome pour être crucifié une seconde fois. Parole sublime comme le ciel et profonde comme la miséricorde de Dieu prêt à subir les labeurs douloureux d’une nouvelle rédemption. Pierre comprit que Jésus-Christ allait, à son défaut, reprendre la direction de son Église, et il rentra dans Rome pour mourir. Par une coïncidence mystérieuse et bizarre à la fois, l’apparition de Jésus, qui ramena Pierre dans Rome, eut lieu prés d'un temple païen consacré au dieu du retour.

Ainsi Pierre rentra dans Rome où, bientôt saisi par ordre du prince, il fut enfermé dans la prison Mamerline, avec Paul son frère dans l’apostolat. C’était le plus horrible de tous les cachots. Là étaient morts les complices de Catilina, là Jugurtha fut étranglé. Les plus grands coupables, livrés au bourreau dans le tullianum, noir caveau sans porte et sans fenêtre, creusé au-dessous de la prison, avaient mouillé ces dalles des sueurs mortelles de leur agonie et rendu dans cet air infect leurs âmes souillées. On retirait de là les corps des criminels avec des crocs par un trou percé dans la voûte; puis on les exposait sur las degrés des gémonies : c’étaient deux escaliers en pierre qui descendaient vers la porte. Pierre et Paul entrèrent dans ce cachot; mais leur présence purifia ces lieux infâmes, aujourd’hui vénérés et visités chaque jour en mémoire de leur supplice.

Le 29 juin de l’an 66 de Notre Seigneur, d’après les témoignages les plus respectables, les deux apôtres marchèrent ensemble à la mort. Il est constant aussi qu’ils furent exécutés séparément, Pierre sur le Janicule, et Paul hors des murs, sur lo chemin d’Oslie. On les sépara devant les jardins de Servilius, à la place même où l’on a depuis bâti une chapelle pour perpétuer le souvenir de leurs adieux. Paul fut conduit un peu plus loin sur h même voie, jusqu'aux eaux salvîennes, à droite du chemin, et c'est là qu’il fut décapité. Dans le même lieu s’élève, après tant de siècles, la suDerbc basilique qui couvre son tombeau. On ramena Pie.re vers Rome; conduit sur le Janicule, dans un lieu presque désert, il fut crucifié la tète en bas comme il l’avait demandé. Près de ces lieux, le temple le plus grand de l’univers garde ses restes, et dans le , palais du Vatican règne et prie le deux cent cinquante-neuvième héritier de son pouvoir divin.

Quelques esprits difficiles ont demandé pourquoi les deux apôtres, enfermés dans la même prison, destinés à .périr le même jour, sortis ensemble du même cachot et marchant à la mort dans le même chemin, avaient été séparés au moment de l’exécution, et cette invraisemblance parait assez grave pour rendre suspects les actes de leur martyre.

ils ne songent pas, en voyant les pas de PieYre et de Paul, leurs tombeaux et la place de leur supplice marqués par des monuments, que rien n’eût été difficile comme d'établir du soir au matin une croyance, et de faire vrai ce qui n’existait même pas à l’étal d’opinion.

Il n'y a que les histoires faites à plaisir où tout soit disposé dans une merveilleuse symétrie; en celle-ci, d’ailleurs, les explications acceptables ne manquent pas.

Néron habitait ordinairement les jardins de Servilius, sur la .

route d'Ostie. Il préférait celle retraite aux splendeurs de la Maison d'or qui resta longtemps inachevée. Ses plus belles statues ornaient cette solitude, et le fleuve qui coulait auprès lui donnait toute facilité pour sortirde Home et pour y rentrer quand il allait revoir Antium et Baïa. Néron vit passer les deux apôtres conduits i la mort par ses soldats; on pourrait croire même, d’après un passage de saint Clément, pape, qu’il assista au supplice de saint P,aul *. La multitude immense des curieux et des chrétiens qui accompagnaient les deux apôtres dut épouvanter Néron. Il ignorait la mansuétude du nouveau peuple et la loi qui lui ordonnait de subir l'injustice du prince sans se révolter. Ces odieux chrétiens, calomniés et torturés par lui, reparaissaient encore plus nombreux. Poussés par un juste désir de vengeance, pressés par le devoir de sauver leurs chefs, ces hommes qui savaient mourir pouvaient tout oser; Néron devait le croire.

De cette émotion populaire, habilement exploitée par les mécontents, pouvait sortir une révolte qui mettrait en péril son pouvoir et sa vie. Ce fut sous l’impression de cette crainte qu'il ordonna de séparer les condamnés. Chaque martyr fut alors suivi par ceux qu’il avait convertis à la foi, et de cette manière, en divisant la foule Néron divisa le danger.

En même temps qu’il persécutait les chrétiens, il proscrivait les philosophes. C’est comme stoïcien, si nous en jugeons par sa fermeté et par sa bonne humeur dans l’infortune, qu'Àgrippinus fut condamné après Thraséas. 11 ignorait le danger qui le menaçait, quand un ami vint l'en avertir : « C’est bien, répond Agrippinus, voici l’heure de mes exercices et du bain, ne changeons rien à nos habitudes. > Quelques instants après on

1. Dans U Première EpUre de saint Clément pape, aux Corinthiens,

ch. T.

lai annonça qu’il était condamné. — A quoi? répondit le philosophe, à l'exil ou à la mort? — A l’exil. — Et mes biens, sont-ils confisqués? — Non. — Allons-nous-en dinerà Aricia.

Démétrius le Cynique fut obligé de se sauver en Grèce, où

MusoniusRufTus, autre philosophe, était déjà relégué dans l'Ile

de Gyare, depuis la conspiration de Pison. Le maître vénéré

de Perse et de Lucain, Cornutus lui-même, errait exilé. Son

crime était de n’avoir pas approuvé le projet bizarre, conçu

par Néron, d'écrire en vers l’histoire romaine et de diviser la

matière en quatre cents livres. Cornutus, à qui l’empereur

demanda son avis, répondit que c’était beaucoup trop de

développements et que personne ne lirait cet ouvrage. On *

lui objecta que Chrysipe, dont il louait souvent le mérite, avait composé un plus grand nombre de livres. < La différence est grande, reprit Cornutus, les livres de Chrysipe sont utiles et propres à régler les mœurs. » Néron trouva la réponse déplaisante et le philosophe fut exilé. Il est glorieux pour les chrétiens et pour les sages du paganisme que la tyrannie de Néron les ait réunis dans une proscription commune. Agrippinus, Démétrius, Cornutus, Musonius surtout, furent des philosophes qui honorent l’humanité par leur courage et leur vertu encore plus que par leurs doctrines. Amis de Thraséas, ils avaient quelque chose delà résignation qui le faisait se plier aux devoirs de la vie civile. Musonius recommandait le mariage, servait aux armées, se mêlait aux discordes civiles pour en modérer la fureur; il n’avait rien de la grossièreté des Cyniques, ni de la vertu enragée de Caton. Thraséas lui disait un jour qu’il aimait mieux mourir aujourd’hui que d’être exilé demain . * Si vous choisissez la mort, lu i répondit le philosophe, comme un plus grand mal que le bannissement, c’est une folie. Si vous la préférez, au contraire, parce qu’elle vous paraît

une infortune moindre, c'est une faiblesse. Qui vous a donné le droit de choisir? Ne vaut-il pas mieux se tenir satisfait de ce qui arrive? »

De tels hommes, apôtres ou philosophes, méritaient bien d’être confondus par Néron dans un même sentiment de haine et dans une même proscription. On aimerait à penser qu’opprimés et bannis par le même tyran, ils ne sont étrangers les uns aux autres ni dans le passé, ni dans l’avenir, et que, pour les réunir dans des récompenses mesurées à leurs vertus, la justice de Dieu sera sans doute aussi ingénieuse que la cruauté de Néron le fut pour les opprimer.

Page 1