Fmutn est quoi amant
J i' vénal, satire vi, vers. 111.
Pallas, d'ailleurs, n'était pasnouveaudans la maison desGésars. Antonia, la grand’mére d'Agrippine, avait envoyé I affranchi vers Tibère pour lui révéler la perfidie de Séjan. S adresser à Narcisse, le plus influent des trois et qui venait de renverser Messaline, c’eût été le grandir outre mesure et se donner un maître pour l’avenir. Toutes ces raisons déterminèrent Agrippine à se ménager le concours et le dévouement de Pallas.
Elle se l'attacha donc en se livrant à lui, estimant que cet adultère était moins une faiblesse et une honte pour elle qu un honneur et une chaîne pour l’affranchi.
On ne dit pas quels ressorts firent jouer ses rivales ni quels sacrifices furent imposés à leur ambition; mais on ne peut augurer rien de légitime et d’honnète, ni de l’impudence des affranchis, ni de l'empressement de leurs clientes, ni des facilités que la licence publique laissait aux plus honteuses transactions. Les influences diverses des trois ministres s'agitaient autour de Claude et parlant elles se neutralisaient. Chacun d'eux contre-balançait le crédit des deux autres, et César, vieillard débonnaire, restait inerte et irrésolu. Au milieu de ces fluctuations, Agrippine qui n’hésitait pas, prit son parti bravement et fit elle-même sa destinée. Pendant que le sénat et le peuple s’ingéniaient pour savoir si elle serait l’épouse de Claude, elleétait déjà sa maîtresse, elle s’emparait de ce vieillard débile avec une force de volonté que rien ne pouvait fléchir '. La facilité qu'elle avait de le voir tous les jours, d’embrasser l'image vivante de Germanicus, son père, livrèrent Claude à l’audace césarienne de cette femme. Les sens, la volonté, le cœurdu pauvre homme, étaientpriset souillés par l'inceste, que son esprit paraissait encore indécis. Les familiers de Claude
t- Per jus osculi et blamliluruiu occasiones. Suétone, Fie de Claude, ehap. xxvi.
VIE DK NÉRON 75
comprirent sou embarras : Vitellius fut des premiers. Depuis longtemps il ne portait plus la pantoufle de Messaline sur son cœur. Il passa rapidement du côté d’Agrippine qui tenait Claude et l’empire, pendant que le vulgaire attendait l’issue du débat.
Vitellius se chargea de jouer celte honteuse et vieille comédie de la sédition officielle, qui réussit toujours sous les gouvernements absolus. Elle consiste à préparer une population et une assemblée, à les travailler de façon qu’elles demandent à grands cris ce que le prince n’ose pas demander luimême. On lui impose ses projets, on lui fait violence avec sa propre volonté. Mais, de même que l’obéissance muette aux lois est, sous une apparence de servitude, le dernier mot de la liberté, cette révolte bruyante et servile est sous un aspectd’indêpendance la dernière expression de l’esclavage. Le sénat vota un décret, la multitude fut préparée, et la démocratie romaine, cette fière servante des Césars, se souleva pour obliger Claude à épouser sa nièce, comme il le souhaitait avec ardeur.