‹ NéronChapitre 6 sur 205 · I. Pu’Tahque, Vir de Romulrs ,eh. xm · texte numérisé non relu

I. Pu’Tahque, Vir de Romulrs ,eh. xm

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forum, le peuple a pris les armes, il va se retirer sur le mont sacré, la république est en lambeaux;, demain l’unité nationale sera- maintenue par les croyances religieuses, par la foi de chaque citoyen dans la destinée de Rome, par son amour de la patrie qui le fait se dévouer avee joie, les yeux tournés vers le Capitole immobile et dominateur au-dessus de la ville et du uorade, immobile saxum A l’ardeur républicaine des Grecs amoureux de la liberté, le Romain unissait l’esprit religieux des Orientaux soumis à la tradition; et c’est pour avoir pratiqué ces grandes vertus, c’-esl pour avoir glorifié et appliqué ces deux grands principes, qu’il a été le premier peuple du monde.

A Rome, le citoyen jouit de l’autorité la plus auguste dans la famille, de la liberté la plus grande dans la cité. Cette patrie a des honneurs pour le simple soldat, s’il est héroïque; des triomphes pour le consul, s’il est victorieux; dés magis- *

tratures et des saccrduces pour les honnêtes gens qui se consacrent à la chose publique. Aussi de quelle ardeur les hommes de toute nation ambitionnent la faveur d’être incorporés à la cité modèle! Sur tous les points de l’univers, l’admiration qu’inspiraient les lois et la gloire de Rome lui donnait loin de ses frontières de nombreux citoyens. C’est alors que de l’idée grossière d une patrie attachée au sol et renfermée dans des murailles, les Romains s’élevèrent à la conception plus haute d’une association par la communauté des croyances, des mœurs et des lois. Ils accordèrent le droit de cité à des hommes choisis au milieu des nations lointaines, étendant ainsi leur influence là où leur empire n’était pas encore arrivé. Ce que Rome avait accordé aux individus fut aussi accordé aux nations ; elle les admit à son alliance, les associa même à sa fortune et les rapprocha d’elle graduellement dans la mesure de leur

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(idélilô et selon leur position géographique. Ainsi elle donnait à ses voisins du Latium le droit de cité, aux peuples Italiens le droit du Latium, aux nations situées hors de la péninsule le droit italique. Elle favorisait le mouvement ascensionnel qui se faisait vers le Capitole, et de cette façon elle se constituait la protectrice et la régente de ceux qu’elle n'avait pas encore dominés.

En même temps qu'elle absorbait les individus et les peuples, Rome envoyait chaque année sur tous les points du monde des hommes que ses mœurs et ses lois avaient déjà transformés. Ces citoyens nouveaux allaient établir des colonies au milfeu des nalionsles plus éloignées. Ils formaient des cités sur le modèle de Rome avec un peuple libre, un sénat et des magistrats. C’était comme autant de citadelles où se fortifiait l'esprit de la ville éternelle, c’étaij comme autant d’images d'elle-même qu elle proposait à la vénération des vaincus.

A ce double mouvement d'absorption et d’expansion qui devait inévitablement transformer le monde et le faire romain, il y avait ungrand danger;'c'était d’affaiblir l’unité romaine en la dilatant outre mesure, et d’altérer le caractère national par ce mélange de toutes ces races admises trop libéralement dans la cité. L'aristocratie investie des sacerdoces et gardienne des traditions vit le péril et voulut le conjurer. Elle s’obstina dans une lutte séculaire contre les tribuns, contre les Gracques et contre Marius. Elle crut triompher définitivement avec Sv lia ; mais la victoire de Cornélius sur lesSamnitcs qui combattaient pour obtenir le droit de cité, ses proscriptions et sa dictature implacable, n’arrôtèrent pas le mouvement sympathique de la démocratie romaine qui voulait ouvrir scs portes à toutes, les nations. César fut l’expression victorieuse de ce sentiment généreux. Il l'exagéra même après son triomphe

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jusqu'à blesser l’orgueil national de ceux qu'il paraissait avoir servis. Ils s’aperçurent trop tard que le divin Jules avait poussé sa fortune plus loin que leurs intérêts ne le demandaient. Et la populace impériale fut aussi jalouse de sa sportulequc le peuple de la république avait été prodigue de sa liberté.

Marius et Sylla, l’un plébéien et l'autre patricien, étaient Romains tous deux; César était homme. Son père était mort jeune, il ne subit pas l’austère discipline de la famille; il grandit en dehors de l’autorité paternelle qui suivait le Romain jusque dans la vie publique. Pendant sa jeunesse il voyagea pour échapper à la haine de Sylla qui pressentait son ambition. Ce séjour prolongé chez des nations de mœurs et de caractères divers, l’étude de leurs constitutions et de leurs lois particulières, lui firent perdre dans ce long

exil les préjugés et les vertus de son pays. Il ne conserva du

caractère national que les passions faciles à garder, l’orgueil sauvage et l’ambition effrénée. On eût dit quece jeune homme, chef d’une grande famille, entrevoyait sa fortune et se préparait au rôle suprême que lui réservait l’avenir : il parcourait les provinces en protecteur des opprimés, recherchait l’alliance des rois, entreprenait à ses frais des expéditions militaires, comprenait les besoins des peuples, défendait leurs intérêts et noyait son patriotisme dans un sentiment d’humanité.

A Pharsalc, il vainquit avec des étrangers, avec des soldats qui n’avaient d'autre patrie que son camp ; la légion de l’Alouette n’était composée que de Gaulois. Tous furent admis au droit de cité, ils inondèrent les comices. César fit entrer en si grand nombre dans le sénat les étrangers dont il voulait payer les services, que l'esprit et la constitution de cette auguste compagnie en furent altérés. Ces nouveaux peres conscrits ne

savaient même pas le chemin de la carie *, et la population romaine disparut au milieu de l’immense multitude d’hommes de toute nation que César traînait après lui.

Auguste resta fidèle à la politique de son père si favorable aux provinces. Ce que César avait fait pour les nations étrangères, Octave le fit pour leurs divinités. Il leur donna droit de cité dans l’Olympe du peuple romain et le Panthéon d'Agrippa réunit les statues des dieux déjà honorés par un culte national. Le Panthéon est encore debout, mais le seul Dieu qui n'y fut point admis autrefois est le seul qui l’occupe aujourd'hui. 11 est vrai que, loin d’être consacré par un culte national, il avait été méconnu et crucifié par son peuple; mais la misère humaine et la puissance divine réunies et exagérées en sa personne lui donnaient un caractère d'universalité que n’avaient pas les immortels prisonniers d’Auguste.

Aussitôt que les Césars eurent concentré dans leurs mains impériales toute puissance divine et toute liberté humaine, on vit s'établir dans le monde cette paix romaine que Sénèque et Pline l’Ancien admirent et célèbrent à l’envi ; mais à côté de l’œuvre politique qui était immense il se fit une décomposition rapide de toutes les sociétés; et, dans l'ordre moral, une corruption universelle se. produisit qui menaçait le genre humain d’une ruine prochaine. Les vertus et le caractère de chaque peuple disparurent avec sa nationalité. Il ne resta plus aux diverses races que leurs vices qu’elles mirent en commun sous la domination des Césars. Elles furent conviées par Rome à toutes les prostitutions de la licence, à toutes les hontes de la servitude. Les religions et les mœurs de tous

1. Peregrinis in «enatum allectis, l.bellus propojilus est: Mon uni factum ne (fuis, senalori noro eariam moas'.rare velit. Suétone, Vie de César, ch. ixix. ,

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les pays vinrent se concentrer là, se corrompre par le mélange, et la ville éternelle, réceptacle des superstitions et des excès, fut une sorte d’égout collecteur de toutes les infamies païennes.

Nous allons essayer de donner une idée de la cité romaine telle que l’empire des Césars l’avait faite. Avant de raconter la vie de Néron, il est juste de dire dans quel milieu social il naquit et fut élevé, pour qu’on puisse faire la part de son époque et la sienne en distinguant les vices et les crimes qui lui sont propres de la corruption qui lui fut comme inoculée dès le berceau.

Aux premiers temps de la République romaine, le peuple romain tout entier fut agriculteur; mais par l'effet des guerres successives, Rome devint assez considérable pour compter une population d'artisans et voir prospérer leur industrie. Les tribus urbaines se formèrent alors, composées d’affranchis, d'étrangers et de citoyens enrichis par le négoce ; mais les tribus rustiques furent toujours les plus honorables et en quelque sorte les plus romaines. Le premier des Fabius qui fut honoré du titre de très-grand, Mcurimus, obtint cette distinction, non pas comme récompense de ses victoires sur les Samnites, mais pour avoir épuré les tribus rustiques en faisant passer dans la ville les affranchis et les étrangers. Bientôt les établissements fréquents de colonies nouvelles, appauvrirent cette première race de laboureurs et de soldats, et plus tard les empiétements de l’aristocratie qui étendait outre mesure ses grands domaines, la firent disparaître du champ romain. Dès ce moment le peuple ne fut composé que dns tribus urbaines dans lesquelles on avait coutume d’incorporer depuis longtemps les affranchis, les étrangers, et les Italiens admis au droit de cité.

Fier du monde conquis et des splendeurs de la ville éternelle. le citoyen romain dédaigne le travail qui le rapprocherait de l’esclave. Il a sa place dans les jeux publics et sa part dans les congiaires *. Aux agitations du Forum, à l’enivrement des triomphes ont succédé, pour lui, les rivalités des pantomimes, les intrigues des factions du cirque, les combats des gladiateurs. Il partage avec César l’empire du monde et il dédaigne le sénat. Grecs ou Barbares, les autres peuples ne sont pour lui que des tributaires. Il ne voit dans les maisons royales que les débris de ses triomphes; ni la gloire passée, ni les richesses, ni le génie merveilleux des peuples étrangers n'arrêtaient son admiration. Il est citoyen romain... et tout ce que le monde offre de plus grand en dehors de la ville éternelle lui paraît beaucoup au-dessous de lui.

Les hommes les plus considérables de chaque province aspirent à posséder à Rome le droit de cité; la foule des étrangers s'estime heureuse d’être admise dans ses murs. C’est là seulement que la fortune distribue ses faveurs; aussi les intrigants et les industriels de toute espèce y viennent-ils pour exploiter les vices des grands et la corruption du peuple-roi. Ce sont les sorcières de Thessalie qui vendent des philtres, ce sont des mages de Chaldée qui annoncent l’avenir : pas de sénateur à qui son astrologue n’ait prédit l’empire. Ce sont les saltimbanques,les psylles charmeurs de serpents, les danseuses d’Antioche ou de Cadix, les belles courtisanes de l’Asie; ce sont les Grecs surtout, odieux à Juvénal, les Grecs qui pénètrent les secrets des familles pour se faire craindre; dans les grandes maisons où ils s’insinuent ils gouvernent la femme, les enfants, les esclaves et les amis; tout est circonvenu, tout est dominé, ils

t. De congiui, mesure dont se servaient les Romains pour les distributions d huile, de vin, etc , faitos au peuple.

séduisent jusqu’à l’aïeule du patron. On les rencontre partout imposant leurs goûts, leurs opinions, leurs moeurs abominables avec leur philosophie. L ecostume national est abandonné, les morts seuls prennent la toge pour aller au bûcher. Voulez-vous entendre parler latin? allez aux champs. Les enfants de Homulus imitent les Athéniens avec fureur; ils aiment leurs plaisirs, ils acceptent leurs vices, et jusques au concubinage tout se fait à la grecque ‘.

Au-dessous des étrangers et des hommes libres dont le nombre diminue chaque jour, parce que personne ne veut se donner la peine d’élever des enfants *, l'immense multitude des esclaves s'agite. Avilis ou torturés par le maître, ils profèrent contre lui sous les voûtes basses de l’Ergaslule les imprécations éternelles de la dignité humaine outragée. Sontils malades?... on les fait transporter dans l'Ile du Tibre près du temple d’Esculape; abandonnés là par leur patron, ils sont rarament sauvés parle dieu. Mais s’ils ont en eux une force, un talent ou une beauté , le marchand d’esclaves les travaille et les prépare pour les yeux de l’acheteur. Les pieds nus et frottés de craie, un écriteau pendu au cou pour indiquer leurs vices, ils sont exposés sur un échafaud près du temple de Castor. Quand le négociant a des non-valeurs dans son fondsde chair humaine, il tue les vieillards, il mutile les enfants, soit pour faire des eunuques dont les patriciens opulents recherchent surtout la beauté, soit pour confectionner de petits mendiants qu’il expose à la pitié publique avec un bras cassé.

1 Omni» grece.

Quid ultra?

Cnncumbunt gréer.

Iovénal, Si (ire vi, v. 29J.

i. In bac urbe nemo liberoj loltit, quia quisquis suos hærcdcs liabct, nec a l corna*, ncc ad cpulas admitlilur. Pétrone, Satiricon, cli. cxvi.

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Malheur aux jeunes filles vendues à une matrone qui vent être belle, à la jeune Livie dont le médecin Eudème favorise la débauche, ou bien à Messaline que Valens, son médecin, sert dans ses plaisirs avec toutes les ressources de son art; quand le miroir d’acier ne leur offre pas une image d’ellesmêmes assez charmante, elles plongentde longues aiguilles dans le sein de leurs esclaves. Tantôt livrées à la cruauté de leur maîtresse, tantôt forcées de se prostituer au patron, elles envient le sort des malheureux jetés vivants dans les piscines pour être dévorés par les murènes. Le vulgaire croyait que ces anguilles de mer venaient la nuit à terre s’accoupler avec des serpents, et l’idée qu’on avait de leur férocité faisait trembler les esclaves *.

Un de ces maîtres cruels est-il victime d’une vengeance; tous les esclaves qui habitaient la maison au moment du meurtre, sont punis de mort; autant d’esclaves, autant d’ennemis, dit le Romain, quoi servi tôt hostes. On a saisi le coupable il avoue son crime et déclare n’avoir pas de complices, n’importe : tous ceux qui dormaient sous le même toit ont dù connaître le complot, il fallait pressentir les intentions de l’assassin et sauver le maître. La loi les frappe au nombre de quatre cents comme dans l'affaire de Pedanius, et ne tient pas compte de leur innocence. On poussa cette iniquité monstrueuse jusqu’à punir aussi l’esclave qui, sans habiter sous le toit du patron, était assez près pour entendre ses cris quand on le frappait.

Les moindres fautes attiraient sur eux les plus rudes châtiments. S’ils éternuaient en présence du maître, ils étaient battus de verges. On les suspendait avec un poids de cent livres aux

I. In sicco littore lapsas vulgua eoïtn aerpentium impleri potat. Pline. Mil. nal., Iir. IX, eh. xxxix.

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pieds pour les fouetter cruellement. Auguste, qui avait eu chez Pollion un beau mouvement d'humanité, fit, plus tard, crucifier un de ses esclaves pour avoir tué une caille. Ceux qui gardaient les portes étaient attachés et portaient un collier comme les chiens. Il y avait des matrones qui pour châtier ces malheureux louaient des bourreaux à l’année : pendant qu’on frappe, madame est à sa toilette, elle étend des pommades sur son visage, cause avec ses amis, et regarde attentivement l’or et le dessin d’uno broderie. On frappe encore; elle lit et relit un long article de journal, on frappe toujours ; mais enfin les correcteurs fatigués s’arrêtent : Va-t-en, misérable I s’écrie madame d'une voix de tonnerre, justice est faite *.

Dans les premiers temps de la République les esclaves, ordinairement prisonniers de guerre, travaillaient aux champs avec le maître, mangeaient à sa table et dormaient près de lui. Après quelques années d’honnête labeur et de fidélité, ils devenaient libres, ils étaient admis dans la cité, et ces affranchissements légitimes comblaient les vides de la guerre. Aujourd'hui, s’écrie Denys d'Halicarnasse, qui écrivait sous Auguste, c’est le vice et le crime qui conduisent les esclaves à la liberté. Ils se rachètent avec l’argent acquis par les brigandages, par les violences et les prostitutions, par leur complicité dans les scélératesses du mattre *. Ainsi dès qu’ils sont infâmes les voilà Romains.

L'histoire de l’esclavage à Rome se trouve résumée en ce

1 Sunt qnæ tortoribus annua præstenl.

Verbcrat, atque obiter faciem liait ; audit arnicas,

Aut latum pictœ vestis considérât aurum,

Et cœdit : longi relegit transversa diurni;

El cœdit, dooec lassis cœdentibus, Exi —

Intonat horrendum, jam rognitione parada.

Juvénai., Sut. vi, v. 481 ctsuiv.

2. Uenys d’IIalie., Iliit. ancienne île Home, ch. vi, par. 6.

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peu de mots : d'abord salutaire à la famille qu'il augmente cl fortifie aussi bien qu’au prisonnier de guerre qu'il affranchit après l’avoir discipliné, l'esclavage imposé ou subi devient plus tard également funeste. Les rapports d'autorité et de servitude, d’abord adoucis par la religion et réglés par Jes mœurs, sont bientôt viciés par les intérêts et les passions : pendant cette seconde période, l’esclave est la victime du maître qui le torture, ou bien le patron est la dupe de l'esclave qui le joue. Ministres intelligents des patriciens abrutis par les plaisirs et par l’oisiveté, les affranchis exercent sur le maître la tyrannie des passions qu’ils savent développer et servir. C’est le propre des aristocraties sans fonctions d'être promptement dévorées par les vices. Que de sénateurs et de chevaliers, cachés au fond de leurs maisons, sont livrés à leurs esclaves comme Claude à ses affranchis ! Pendant que les hommes les plus éminents de la cité se précipitent lâchement et se laissent aller dans la servitude domestique, les plus vils et les plus infimes se dégagent de leurs chaînes et par toute sorte de moyens indignes usurpent la liberté, les richesses et le pouvoir. Ils entourent le maître de soins assidus et d’attentions incessantes qui le dispensent de toute préoccupation et du moindre effort. On le porte, on le nourrit, on le couche comme un enfant. Ses désirs sont prévenus, ses plaisirs sont préparés, il perd l’habitude de penser et de vouloir. On lui nomme les visiteurs qui se présentent, on reconnaît les clients, on répond pour le maître, il n’a qu’à respirer, et dans cette longue inertie où le maintient une vigilance implacable, sa personnalité s'évanouit en quelque sorte dans les bras de ses nombreux serviteurs.

L'influence salutaire ou funeste que le patron avait sur seu'sclavcs,lc prince l'exerçait dans la cilé, principalement sur cette

portion de l’aristocratie qui acceptait l’autorité des empereurs et qui attendait tout de leur protection. La gloire, les plaisirs et les abominations de l’Olympe s’étaient abattus sur le Palatin où les Césars croyaient pouvoir imiter les dieux dont ils avaient usurpé les honneurs. Les ambitions les plus ardentes! les exquises prostitutions, tous les appétits de la servitude dont le prix était dans leurs mains montaient vers eux avec l’encens, et de ce point élevé, comme du grand réservoir de la tyrannie, les vices se répandaient sur la ville avec la force de l’exemple qui tombe de haut. Lesgrandesgens du patricial avait disparu; colles qu'avaient épargnées les proscriptions et la guerre, la débauche les achevait. C’est en vain que les empereurs noient d'infamie le fils de famille qui se dispense du mariage, c'est en vain qu’ils honorent de privilèges les hommes mariés, pères de trois enfants. Le célibat et le divorce flétrissent et ruinent la cité. Le divorce surtout dégradait k ce point la famille que les enfants ne voyaient plus qu’un ennemi dans l’homme qui avait répudié leur mère; soit haine, soit cupidité, rien n’était plus fréquent que le parricide; les fils n’avaient plus que ce moyen de s’assurer l’héritage paternel. La loi romaine ordonnait que le parricide fût cousu dans un sac de cuir avec un chien, un coq, un serpent et un singe, pour être jeté dans le fleuve ou dans la mer : Sénèque dit à ce propos qu’on a vu sous le règne de Claude coudre en cinq ans plus de parricides dans le sac que dans tous les siècles précédents *.

Une rage désespérée précipitait dans tous les excès les hommes et les femmes de condition : la loi défendait à cellesci tout commerce avec leurs esclaves et punissait l’adultère très-sévèrement; elle interdisait à ceux-là de descendre dans

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