EMPIRE DES CÉSAIIS, MŒURS DES PAÏENS
A son origine la race hümaine sc divise en deux familles : l'une s'étend vers I Orient, l'autre vers l’Occident; cette dernière sc subdivise en nationalités. — L’Empire romain les absorbe. — Frontières de cet empire. — Honte à son origine. — Ramassis de brigands. — Les deux grands côtés du caractère romain. — Rome ouverte aux individus et aux nations. — César, expression suprême de la domination romaine. — Résultats du césarismo dans le inonde social. — La cité romaine à la naissanco de Néron. — L’esclave et le patron funestes l’un à l’autre. — La famille des Césars et les familles patriciennes souillées par le crime. — Divers exemples de la •corruption des grands. — Journée d'un patricien, ses orgies, sa mort. — Haine des sénateurs contre César. — Énergie et grandeur des Romain» jusque dans leurs vices.
Avant de raconter la vie du dernier César, il est utile d'exposer en peu de mots ce qu’était le grand empire qu’il eut à gouverner; il est indispensable de faire connaître la cité romaine qui par ses mœurs et par scs idées exerça sur lui toute son influence avant qu'il fût appelé à la dominer & suit tour. N
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A quelque système qu’on s'arrête pour expliquer l’apparition de l'homme sur la terre et la formation des nationalités, on est forcé de reconnaître les deux grands instincts qui animèrent les sociétés à leur origine et qui les poussèrent sur des pentes opposées. La race humaine se divise en deux grandes familles. Tandis que les peuples d’Orient, pleins de sespect pour la tradition, restent immobiles et rêveurs sous l’autorité des patriarches et des rois, les hommes de l’Occident, confiants dans leurs forces, s’aventurent vers l'avenir, se proclament libres, et proposent toutes sortes d’entreprises à leur activité La race sémitique s'étend paisiblement dans les plaines de l'Asie, cultive ses champs, élève des troupeaux et ne veut pas se séparer d'une terre qui fut l’heureux berceau du monde; mais les fiers enfants de Japhet s’élancent avec audace sur les Ilots de la Méditerranée dont ils peuplent les rivages jusqu’aux portes de l’Océan. C'est là, sur cotte mer cl sur ces rivages, que commencent et se poursuivent pendant une longue série de siècles les grandes guerres d’ambilion et les débats de la liberté. Les discordes civiles et les luttes sanglantes sont entretenues par le fractionnement des races en une infinité de royaumes et de cités. Toutes les formes de religion, de gouvernement et d’indépendance s’établissent et se succèdent avec une extrême rapidité; survient enfin la vertu romaine, qui triomphe de tous ces peuples par les armes, les domine, les absorbe et les maintient dans la grande unité dont César fut le fondateur.
Cet empire, le plus glorieux et le plus puissant qui se soit jamais constitué, s’établit et se développa à l’insu des populations et des grands royaumes que possédait l’extrême Orient. Il se divisa lui-même en Orient et en Occident. Voici quelles étaient ses frontières : De l'extrémité orientale du Pont-Euxi
VIE DE NÉRON n
à la mer Rouge, il dominait la partie occidentale de l'Asie, c’est-à-dire l’Asie mineure, la Judée et la Syrie jusqu’à l’Euphrate. Il possédait l’Égypte des Pharaons et des Ptolémées. L'extrémité Nord de l’Afrique : La Lybic, l’ancien empire de Carthage, la Numidie de Jugurlha et la Mauritanie jusqu’à l'Atlas. Il dominait toutes les Espagnes, les Gaules jusqu’au Rhin, et le midi de la Grande-Bretagne. La Norique et l’Illyric jusqu’au Danube étaient des provinces soumises, sans compter la Grèce, la Macédoine et toutes les Iles de la Méditerranée, qui n'était plus qu’un lac romain.
Cet état, agglomération de forces où les peuples les plus puissants, les civilisations les plus parfaites et les plus riches cités se trouvaient réunis en un seul corps, n’était à son origine qu'un point imperceptible, une bourgade composée d'un ramassis de pâtres et de brigands. Toutcsfois ces aventuriers, étrangers l'un à l'autre, échappés à la justice et détestant les lois de leur pays, purent s’unir et former une cité. Les aïeux du peuple-roi, si mal famés qu'Hs furent réduits à voler des femmes pour se constituer en nation, durent au hasard qui les avait rassemblés, ainsi qu’à la diversité de leur origine, l’extrême facilité de leur agrandissement.
Avec le souvenir de ses commencements, le peuple romain conserva toujours une grande sympathie pour les vaincus, pour les esclaves et pour les étrangers; il les traitait avec douceur, il les admettait volontiers dans la famille et dans la cité, et, par cette absorption de tous les jours il s'augmentait comme il s’était constitué. On racontait, d’après une ancienne tradition, que Romulus, en posant les fondements de sa ville, avait fait creuser une fosse dans le lieu où les comices s’assemblèrent plus tard et que chacun de ses compagnons avait jeté dans cette fosse une poignée de terro natale prise au pays d'où
il était venu Ils réunissaient ainsi les éléments d'une patrie commune. En môme temps que les murailles de Rome s'élevaient, on bâtit un asile où purent se réfugier l’esclave fugitif, le débiteur insolvable et même le meurtrier, que venaient réclamer en vain les maîtres, les créanciers et les juges.
Au lieu de l'esprit exclusif et dédaigneux des Grecs, qui égarait les Athéniens jusqu’à persécuter leurs grands hommes, dont les plus favorisés allaient mourir dans l’exil; au lieu des haines de race qui poussaient les jeunes Spartiates à poursuivre à la chasse les ilotes comme des bêtes fauves; l’humanité du Romain né pour la domination universelle propose le droit de cité comme une récompense à tous ceux que les services et les vertus en rendront dignes, esclaves ou étrangers; en même temps il promet à ces grands citoyens des honneurs presque divins, il leur accorde des triomphes si splendides qu’ils doivent satisfaire les plus hautes ambitions.
La force de Rome et le secret de sa grandeur, est d’avoir
concilié dans sa constitution deux éléments de prospérité qui semblent s’exclure. Les agitations du Forum qui laissent une large part à la liberté inviduelle, et les rivalités des divers ordres fortifiées par desanlipathies de races s’exagèrent jusqu’à la guerre civile et mettent chaque jour la république en péril ; mais chaquejour aussi le rcpect des traditions, la foi inébranlable dans les destinées de Rome, la soumission absolue aux lois de la famille rétablissent l’ordre et la paix. La vie privée, la position sociale, les habitudes religieuses des Romains sont stables et immobiles à côté de sa condition politique pleine d'incertitude et de périls. Les factions se heurtent dans le