Jcvénal. Satire vi, vers
fêtes et dans ses jeux ; la politique, les affaires, les constitutions sont entachées de fictions légales et de mensonges, tandis qu’un peuple est toujours sincère dans ses plaisirs. Voulez-vous savoir où il en est de son intelligence et de sa moralité, voyezle dans les théâtres. Une nation est au spectacle comme une femme devant son miroir, elle se regarde et s’étudie avec plaisir, parfois elle se reconnaît et s’approuve dans sa beauté, souvent par dépravation elle se complaît dans ses vices et elle applaudit sa laideur, Il n’y a pas de fonctions plus délicates et plus sérieuses pour un gouvernement que de donner au peuple des spectacles où ce qu’il doit admirer et ce qu’il doit haïr lui soit fidèlement exposé. Rien ne précipite en effet la décadence des mœurs comme l’expression impudente et publique des erreurs et des mauvais sentiments. En produisant sur la scène des caractères abjects et des passions viles dans le langage qui leur est propre, on illustre ce qui devrait rester dans l’ombre, on donne en quelque sorte le droit de cité à des immondices intellectuelles qu’il faudrait balayer avec soin. Que de fois la puissance du théâtre met en vogue une sottise ou une obscénité qui s’emparent de la ville et passent à travers toutes les intelligences. Ainsi, le sens commun se fausse insensiblement, la langue s’altère et l’esprit public se pervertit au point de préférer d’immondes inepties à tout ce qui est honnête et sain.
Il est vrai que le propre de la perversité humaine est de ir* goûter une âcre satisfaction au mépris de ce qui est respectable, à la révolte contre tous les devoirs, à la négation de tout ce qui est juste et vrai. Les intelligences perverses se plaisent à ce brigandage intellectuel qui les entoure d’un certain prestige; elles entraînent et charment les multitudes en leur faisant goûter les mauvaises joies de l’esprit qui faussent la raison et des-èehent le cœur; mais plus lard, après qu’on a
VtE DE NÉRON
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dégradé les peuples de fleurs croyances et de leur générosité par un travail de tous les instants, le jour fatal arrive, et pour subir les grandes épreuves on ne trouve plusau lieu d'héroïsme, que l'expression ridicule des utopies sur toutes les bouches et les calculs grossiers de l'égoïsme dans les coeurs.