‹ Néron, sa vie et son époqueChapitre 114 sur 215 · DÉBUT DE NÉBON A HAPLES — ORGIE DD LAC D'AGRIPPA · texte numérisé non relu

DÉBUT DE NÉBON A HAPLES — ORGIE DD LAC D'AGRIPPA

Néron débnte A Naples. — Tremblement de terre. — Réorganisation des Augostaoi; leurs diverses manières d'applandir. — Le théâtre s'écroule après que Néron a chanté. — Néron forme le projet de visiter l'Orient. — Mort de Silanus. — Fortune étrange d'un garçon cordonnier. — Néron revient à Rome. — Sa résolution de joner devant un vrai public. — Émotion du peuple à cette nouvelle. — Il chante et joue la tragédie. — Néron plus populaire que jamais. — Il revient à son projet Je voyage en Orient. — Il s'évanouit devant l'autel de Vcsta. — Nouveaux succès de Néron. — Il vent être artiste de profession. — Néron use do Rome comme de sa maison. — Orgie du lac d'Agrippa, la plus immorale et la plus célèbre qui fût jamais.

Depuis que les hommes les plus pervers et les plus vils avaient remplacé les honnêtes gens auprès de Néron, son unique préoccupation était de se maintenir dans la faveur du peuple par quelque moyen que ce pût être. Ce désiret les flatteries de ses familiers lui donnèrent enfin l’aiTreux courage de prostituer devant un public la majesté impériale. Toutefois, n’osant pas se produire à Rome, il choisit pour théâtre de ses débuts Naples qui lui offrait plus de chances de succès.

Les Grecs venaient dans cette ville de tous les points de l'Orient, surtout d'Alexandrie. Par eux se faisait tout le commerce entre Rome et les peuples du Levant. Néron accepta

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les Grecs pour juges parce qu’il les avait reconnus doués d’un goût pur qu’il ne trouvait pas chez ses Romains; il le disait du moins; mais en réalité, s’il voulait débuter devant eux, c'est qu’une longue servitude sous les successeurs d'Alexandre leur avait donné un sentiment plus précis des égards dus à un prince qui daignait se faire artiste. Ces Grecs d’Alexandrie, qui avaient tout intérêt à lui plaire pour s’assurer de gros bénéfices en lui vendant leurs blés, les habitants de Naples et des campagnes voisines, les Augustaux, les soldats du prétoire et les gens de sa maison formèrent un public devant lequel Néron osa se risquer. 11 chanta donc, mais avec tant de passion et .d'entrainement, que malgré le tremblement de terre qui se fit sentir pendant la représentation, il poursuivit son rôle et acheva son grand air sans s’arrêter. Néron eut un vrai succès; les habitants d’Alexandrie l’applaudirent avec un à-propos et un entrainement dont sa vanité eut tout lieu d’ôtre satisfaite, et comme ce roi de théâtre retrouvait en quittant la scène une réalité plus grande que la fiction, il put leur en témoigner sa reconnaissance. A cette occasion, s’il faut en croire Suétone, il compléta l'organisation des compagnies d’élite chargées de l’applaudir, et qui formaient la légion de ces bons Augustaux dont nous avons parlé. Ils tiennent une grande place dansla vie de Néron, et leur importance réclame encore une fois notre attention. Cinq cents chevaliers et mille plébéiens disciplinés et divisés par cohortes furent exercés à toutes les manœuvres de leur profe.ssion. Il faut croire que cette industrie, qui s’est perpétuée jusqu’à nous, n’est pas seulement un secours accordé à la vanité des poètes, mais encore un moyen d'échauller le public et de rassurer le comédien.

Les chefs des diverses compagnies de ces applaudisscurs impériaux avaient quarante mille sesterces de traitement, huit

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mille francs à peu près; les simples légionnaires éloienl payés en proportion. On les distinguait aisément à l’élégance do leur costume, à leurs cheveux (lottants et à l’anneau qu’ils portaient à la main gauche. Quant à leurs exercices, ils consistaient dans les diverses façons d’exprimer la gaieté, la satisfaction, l’enthousiasme. Ces modes particuliers d'applaudir avaient chacun leur nom et leur application spéciale ; c’étaient les bourdonnements, les trilles, les castagnettes C '

Néron ayant organisé scs admirateurs, poursuivit ses débuts avec assurance ; on le vit un jour, au sortir du bain, paraître au théâtre et se faire servira manger dans l’orchestre devant un public nombreux. — Quand j’aurai bu, dit-il en grec à la foule qui l’entendait parfaitement, je filerai des sons exquis. Un fait remarquable qu’a négligé Suétone et que Tacite nous a transmis, c’est qu'à la fin des jeux, le théâtre sur lequel Néron avait paru s'écroula sans qu’il en coûtât la vie à personne. L’effet du tremblement de terre, qui pouvait occasionner la mort de quelques mille spectateurs, se produisit après la représentation avec un à-propos que Néron accepta comme une faveur signalée des dieux. Il fit des vers et composa des chants pour leur rendre des actions de grâce, faible retour aux bons sentiments des premières années.

Quoique Néron fût satisfait de ses débuts à Naples, il jugea nécessaire de consacrcr.son talent par le suffrage des grandes villes de la Grèce. Demander à ce peuple dispensateur de la gloire, de le reconnaître pour le premier des artistes, c’était dans l’esprit de Néron, comme nous l’avons dit, augmenter à Rome son influence, ajouter la vogue du comédien à la popularité du prince; c’était réaliser sa grande pensée de substituer à la force des armes, la paix et l’empire des arts.

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