‹ Néron, sa vie et son époqueChapitre 118 sur 215 · UU · texte numérisé non relu

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râleurs du Sénat, que les jmis de Sénèque et les partisans de Pison, se soient mis en frais et en mouvement pour lui. Néron seul ouvrit à la foule ses jardins, le Champ-de-Mars et les monuments d’Agrippa. Il (il construire à la hâte des hangars pour les plus indigents. Sur son ordre, les villes voisines envoyèrent des vivresït des vêtements qui leur furent distribués, et le blé fut réduit au plus bas prix. Tous les elTorts, tous les soins et tous les sacrifices, Néron se les imposa pour adoucir le sort des incendiés. Sa grande préoccupation dans les jours prospères étant de noBW'ir le peuple ét de veiller sur lui, n’est-il pas absurde de prétendre que, dans une telle calamité, il a pu négliger un si grand intérêt pour admirer Tmcendie de Rome du haut do la tour de Mécènes, ou pour chanter sur son théâtre l’embrasement de 'froie en habit de tragédien?.,.

Toutefois le bruit s’en répandit, et deux jours après, quand un second incendie se déclara dans les édifices Émiliens, que Tigelliti occupait, on accusa hautement Néron d’avoir brûlé Home. Les historiens qui ont reproduit ces calomnies et qui ne s’accordent guères dans leur récit, auraient dû nous apprendre que la conspiration de Pison était en permanence et que Néron devait fatalement être accusé par ses ennemis. D’après les maximes de droit le* plus vulgaires, il ne fallait pas détourner les soupçons de ceux qui avaient tons les bénéfices du crime, pour les reporter uniquement sur celui qui devait en subir les fâcheux résultats. Les ennemis de César étaient sûrs de le perdre en disant qu’il avait ordonné de mettre le feu à la ville. Ils n’hésitèrent pas à l’accuser; et comme toute responsabilité remonte naturellement vers celui qui a tout pouvoir, le peuple, égaré par sa douleur, n’hésita pas à les croire.

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Néron a brûlé Rome, disent ses délracleurs, pour avoir l'occasion de la rebâtir plus belle et se donner un grand espace où il étendrait les jardins de son palais. Si telle avait été l'intention du prince, il n’eût pas commencé par mettre le feu au grand cirque ; ce monument lui devenait indispensable pour distraire le peuple après l’accomplissement du crime qu’il méditait. Cet édifice immense était déjà si remarquable par sa magnificence, qu'il fut impossible de le rétablir sur de plus grandes proportions, ni avec plus de luxe. La Maison du Passage, que Néron avait déjà construite et somptueusement ornéej couronnait le Palatin, et par des terrasses jetées sur des arcades, allait rejoindre le N'ymphœum de Claude et de là s’étendait vers les Esquilles jusqu’aux jardins de Mécènes. Il sulfil de jeter les yeux sur un plan de Home antique pour voir que l’espace ne manquait pas à Néron. Son empressement à partir pour Home dés qu’il apprit que ce palais magnifique, à peine achevé, allait être la proie des llammes, et ses elTorts inouïs pour sauver les chefs-d’œuvre entassés dans ce vaste édifice, prouvent qu'il n’avait pas l'idée préconçue de construire, sur ces ruines, la trop célèbre Maison d'or.

■Vprès avoir brûlé la .Maison du Passage, les conspirateurs mirent le feu à la demeure de Tigellin et l’incendie se déclara chez le préfet du pfétoire. Il est naturel de penser, il est vraisemblable, qu’après s’être vengé du maître, les malfaiteurs voulurent se venger du ministre. Tacite nous dit au contraire qu’en voyant le feu se rallumer chez Tigellin, le peuple do Home fixa tous ses soupçons sur l’empereur; mais les motifs qu’on prête à Néron pour motiver ce crime sont inadmissibles et tout à fait contraires à la vérité. Les édifices Émiliens, où le feu prit le septième jour, étaient situés entre la

VIE DE NÈItON

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colline des jardins el le Champ-do-Mars, couvert de bois sacrés, de temples et de poniqiies : c'ùlait le seul quartier de Home (pii n’eût pas besoin d ûlre reconstruit, et le grand vide fait par le second incendie était si éloigné du Palatin, que bis jardins de la Maison d’or n'ont jamais dû ni pu s’étendre jusques-là.

Suétone raconte que des. magasins, situés jirès du palais, • furent alors attaqués cl détruits avec des machines de guerre parce que Néron avait besoin do ce terrain. C'est [iréter à Néron une intention que l’anxiété d’un pareil moment rend invraisemblable. Le fait s’explique bien plus naturellement par la précipitation avec laquelle on démolissait tout au-devant du feu pour l’enfermer dans le vide. Tacite aflirme, nous l’avons déjà dit, qu'on vil des gens lancer des torches contre les maisons et dire à haute voix qu’ils en avaient reçu l’ordre. Il est bien diflicile de croire à des serviteurs de César qui le dénoncent publiquement à la haine du peuple. On doit se souvenir que pour commettre scs plus grands crimes, le prince a trouvé des complices dévoués cl discrets. Comment snpi.o.ser qu'il se soit laissé deviner dans celte occasion, où il s’exposait à perdre, sans retour, une popularité si nécessaire el si chèrement achetée?

Suétone va plus loin que Tacite. Il assure que des personnages consulaires ont surpris les esclaves familiers du prince, jetant dans leurs maisons des éloupes eodammées*. 11 serait donc certain, d’après ce- témoignage, que Néron, bien que renseigné sur les haines dont il était l’objet, se serait entièrement déccuvcrl en faisant agir des esclaves de sa maison, ainsi que les agents dont parle Tacite, lesquels étaient autorisés à dire

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