I. Si’ÉTUME, fie de Xeron. ch. .txxviii
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liaulemcnt qu’ils avaient reçu des ordres. C’est ici que la caluiiinie se dévoile en s’exagérant.
Si le crime de Néron était si notoire que le prétendent les écrivains, llatteurs et créatures des l'Iaviens, pourquoi Néron, à la première nouvelle d’un désastre extraordinaire, se seraitil hâté de venir à Rome où il était sùr d’être mis en lambeaux par une populace furieuse et désespérée? Il aurait dù se tenir enfermé dans son palais, après avoir réuni autour de sa personne, ses amis et ses prétoriens. Cependant que fait Néron à ce moment suprême où, d’après Suétone, il a conscience du crime qu’il a ordonné, et quand ce peuple sait à n'en pas douter qu’il ast l’auteur du désastre?... 11 erre toute la nuit sans garde au milieu d’une multitude où chacun voit, reconnaît et coudoie l'empereur*. C’est Tacite qui nous l'apprend; malheureusement pour le grand historien, il ne mentionne pas le fait quand il devait nous être raconté. Ce n’est ni à propos do Néron, ni à l’occasion du grand incendie, qu’il nous donne ce renseignement important, c’est plus tard, quand il expose le complot de Pison et qu’il s’ellorce de mettre eu relief le courage d'un conspirateur. « Subrius, dit-il, avait été déjà tenté » d'attaquer Néron pendant qu’il chantait sur le théâtre, et » pendant l’incendie du palais, quand le prince errait çà et là * • sans gardes au milieu de la nuit. > Le désir de l’impunité l’arrêta.
Ainsi, pendant que Néron, homme d’impression et do premier mouvcmen't, comme l’atteste sa vie entière, est tout à son devoir d’empereur et perd tout sentiment de sa sûreté personnelle dans la douleur d'un si grand désastre, l’aspect do
1. Et cepissc impetum Subrius PlriTius ferebalur in Mena canoniem Nero» uem aggrcilirndi, nut «{uum ardente domo per iioctcm hue illuc cursaret in* custoditus. Tacite, ylrm., liv. XV» cli. l.
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Home en cendres n’a pas disirait Sul)rius de son odieux projet d'assassinat. Ni l'iiisloricn, ni son héros, ne furent saisis par le grand côlé des calamités publiques, qui invitent chaque homme à négliger ses intérêts particuliers pour s’associer à l’effort commun qu’exige une grande éi)reuve à subir. Il sem- , ble que Subrius ne devait pas hésiter à frapper, au milieu d'une foule si bien préparée par les accusations portées contre le tyran. Il lui fallait un autre prix de son crime que la gloire et la liberté de sonpays. Tacite appelle cet homme une très-belle âme, pulchcrrimian animum, par celte manie ridicule qu’ont toutes les factions de sc faire un héros du premier venu.
Les poêles et les peintres ne continueront pas moins à nous représenter Néron en costume de théâtre, chantant la ruine de Troie du haut de la tour de Mécènes, pendant qu’un océan de feu s'étend à ses pieds sur la ville éternelle qui s’écroule. Ce qui frappe l'imagination des hommes se conserve dans leur esprit, mais ce qui est confié à leur raison se perd. Celiii-là serait plus prés de la vérité qui verrait, après une nuit épouvantable, Néron les cheveux en désordre, les vêlement souillés, la voix bri-sée, cl qui le peindrait, vaincu par l’incendie, au * moment où, des hautes terrasses du Palatin, il jette ses derniers regards sur Rome dévorée par les llammcs.
Quant â la version généralement admise, elle ne supporte pas un examen attentif. Néron qui, dans les temps ordinaires, se met au régime, mange des poireaux d’Aricia, lient un mouchoir sur scs lèvres pour tempérer l’action de l’air, et fait prononcer par un consulaire ses discours aux soldats et au sénat, dans le seul but de ménager sa voix; Néroïi, après avoir re.spirô pendant toute une nuit la fumée noire et l’air brûlant de rinceiidie, serait monté sur la tour de Mécènes
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pour filer des sons avec une voix d^jà brisùe? Il aurail paru sur son théâtre pour chanter rcmhrasemcnt de Troie, quand Rome entière n’était plus qu’un immense bilcher? Comment aurait-il pu se composer un public, cet homme qui errait seul, çâ et là, sans gardes, comme le dernier des prolétaires, dans l’écrasante égalité de ce malheur public?
Qui pourrait croire qu’un admirateur passionné des merveilles de l’art, ait pu livrer aux flammes les chefsd’œuvre de la Grèce et sacrifier ainsi la plus énergique de ses passions? Démétrius, preneur de villes, s’abstint de mettre le feu aux murailles de Rhodes, dans la crainte de détériorer un tableau de Protogène ‘ placé du côté des remparts qu’il voulait attaquer; et Néron, l’amoureux enthousiaste des belles productions, au point d’emportèr dans tous ses voyages l’Amazone de Slrongylion, parce qu’il ne pouvait pas vivre un seul jour sans la contempler, ^ Néron, artiste luiméme et sculpteur appliqué, aurait ordonné l'incendie qui détruisit tant de chefs-d’œuvre, sans prendre des mesures pour les sauver? Ca supposition n’est pas acceptable; et l'on est en droit de prétendre, après mûr examen, que loin d’élre coupable du crime, Néron est le seul qui ne puisse pas en être soupçonné.
Après un malheur si grand, que les secours humains ne pouvaient le réparer, on essaya de (léchir par des expiations la colère des dieux. Les livre sybillins consultés, on adressa des prières à Vulcain, à Gérés et à Proserpine. Les dames romaine allèrent invoquer Junon, d’abord au Capitole, puis
r PLiNfi Hint. fia/., liv. XXXV, ch. txxvi, parag. i8.
2. Slrongylion amaionem, quam ab excdlenlia crurum cucneiiion appelam, obid-in comifatu Neronis principis circumlalam. Pi.ine. HUI. nat., liv. XXXIV, ch. XIX, parag, 32.
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au bord de la mer. On y puisa de l’eau pour arroser le temple et pour laver la statue de la déesse. On ignore si la colère de Junon fut apaisée; mais la haine des ennemis du prince ne le fut pas. I^s secours nécessaires, libéralement donnés aux victimes de l’incendie, dont le nombre était aussi grand que leur misère était profonde, touchèrent peu les fiers patriciens élevés dans le mépris de la vile multitude; mais Néron avait fait son devoir et franchement obéi à son instinct.
Il s’occupa de reconstruire Rome sur un nouveau plan. Les rues furent élargies et alignées, on fixa l’élévation des maisons, on obligea les propriétaires à les bâtir en pierres, à les isoler, à construire des réservoirs dans la prévision d’un nouveau désastre. Néron voulut aussi que le devant des maisons fût orné d’un péristyle ou l’on pût se mettre à l’abri do soleil et du mauvais lem|)s. Il se chargea des frais énormes qu’exigeraient ces embellissements. Pour hâter la reconstruction il stimula les propriétaires en promettant des gratifications à ceux qui auraient rebâti leur maison dans un temps donné. Les vaisseaux qui portaient à Rome les grains de l’Egypte et de l’Afrique, R'rvirent au déblaiement des décombres qui furent entassés dans les marais d’Ostie. De nouveaux inspecteurs des eaux furent nommés, pour empêcher les propriétaires de les détourner furtivement â leur usage. On fit une répartition plus juste et mieux entendue des sources abondantesqui aflluaient â Rome de tous les points de l’horizon : tous les citoyens participèrent à ce grand bienfait. On blâma néanmoins ces mesures, on désapprouva ces améliorations qui prouvaient la sollicitude du prince pour le bien-être du peuple;el Tacite nous dit qu’après l’incendie de Rome, Néron s’établit sur les ruines de sa patrie ' .
Tacite. Ann., Iiv. XV, rh. xm.
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La vue des grands espaces vides et ce vaste amas de ruines lui donnèrent, il est vrai, l’idée de reprendre la construction de la Maison du Passage. Ce palais détruit par l'incendie allait du Palatin au Cœlius par-dessus la voie triomphale, et, comme nous l’avons déjà dit, Néron l'avait construit pour joindre les jardins de Mécènes à sa maison du Palatin : il revint à son premier projet.
Les constructions et les jardins du palais dé Néron occupèrent une surface égale à l’emplacement des Tuileries et du Louvre réunis. A côté de la petite maison d’Auguste c était beaucoup, sans doute; mais la grandeur de l’empire romain et la puissance de César semblaient justifier cette magnificence.
L’incendie avait dévoré plus des deux tiers de la ville. Impossible de retrouver sous ces immenses décombres la délimitation certaine des rues étroites et des petites maisons qui composaient ces quartiers populeux. Un grand nombre de propriétaires, dont l’héritage revenait à l'État ou au prince, avaient péri victime du désastre.
Dans une société vouée au célibat, composée d’affranchis qui ne tenaient à rien, et d'individus isolés venus de tons les coins du monde. César recevait la plus grosse part dans la succession de ces sortes Je gens. L’impossibilité de diviser justement ce chaos de ruines entre les intéressés, et la difficulié de reconnaître les ayants-droit, obligèrent Néron à s’en emparer pour faire la part de chacun.
Il avait à reconstruire la Maison du Passage qui s’étendait, comme nous l’avons dit, jusqu’aux jardins de Mécènes, et le grand vide fait par l’incendie lui permit d’ajouter quelque chose à son premier plan. Du Palatin aux Esquilles ce n’était qu’un amas de cendres et de ruines. C’est alors seulement, à la vue de l’espace immense où ce qu’il occupait déjà était
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confondu avec lantd'aulres débris, que Néron conçut le projet d'étendre les proportions de son palais et de bâtir 1a Maison d'or. Les frais énormes qu’il s'imposa pour la reconstruction de Rome sur un nouveau plan, pour les embellissements des nouveaux quartiers; les gratifications et les secours, si libéralement accordés aux propriétaires qui se hâtaient de relever leurs maisons, nous autorisent à penser que ceux dont il usurpa les terrains pour agrandir sa demeure, furent largement indemnisés par lui.
Toutefois, rien ne put dissiper les préventions, rien n’adoucit les haines. Les deux conspirations unies de Pison et de Sénèque fonctionnaient secrètement comme une admini.stration occulte des malheurs publics. César fut accusé, partout et chaque jour, d'avoiror donné l’incendie de Rome. Les premiers travaux de déblaiement et de clôture ayant dessiné remplacement que devait occuper la Maison d’or, on dit au peuple étonné de la nouvelle configuration des quartiers ; « Voilà pourquoi Néron a brûlé la ville, c’était pour agrandir ses jardins. » Et l’irritation de tant de malheureux ayant accueilli ce mensonge, la calomnie se répandit au loin pour se perpétuer jusqu’à nous.
Néron désespéra de lléchir l’opinion publique, qui s’acharnait à le poursuivre; et comme il était certain de son innocence, il s’indignait et cherchait obstinément quels pouvaient être les coupables. S’il parvenait à les découvrir, il les jetterait en pâture à la haine du peuple et leur supplice serait sa justification. Néron ne demandait que des criminels; ses conseillers lui donnèrent des victimes, ils désignèrent les chrétiens. Les lettrés, les historiens et les philosophes du paganisme, unis en communauté de haine avec les agents de Néron, furent les délateurs de ce peuple innocent; mais avant
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de raconler celte première persécution, la plus inique et la plus horrible qui fut jamais, nous avons à décrire la Maison d’or et ses merveilles. Ce fut une telle accumulation de richesses, de magnificence cl de prodiges, que les ministres de César, au milieu de tant de eruautés et d'infamies, se crurent autorisés à regarder son règne comme le point culminant de l'humanité.