‹ Néron, sa vie et son époqueChapitre 12 sur 215 · Pline, Uùt. nat., liv. XIII, ch. ixix · texte numérisé non relu

Pline, Uùt. nat., liv. XIII, ch. ixix

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Üe nombreux esclaves immobiles et attentifs entourent Pallas en silence. On les dirait pétrifiées dans un respect glacé. Sur un geste, sur un regard du maître ils s’empressent de le servir. Nul ne lui parle ni ne l’aborde sans en avoir reçu, l’ordre exprès. Quelques-uns de ces malheureux n’ont jamais entendu sa voix; il ne la prodigue pas à leurs oreilles serviles. Un signe de lui suffit pour ordonner, et quand il ne peut se faire comprendre il écrit sur l’ardoise ou sur la cire quelle est sa volonté. *

Pline le Jeune a beau s’indigner des honneurs décernés à Pallas : il n’y a qu’un mérite et qu’une vertu dans les gouvernements despotiques, c’ost de plaire au prince et de le servir ; hors de là les talents et les succès sont dangereux, et les candidats de l’empereur l’entendaient bien ainsi, comme Quintilien nous l’apprend*. Il faut reconnaître pour être Juste que Narcisse et Pallas étaient des hommes distingués, dévoués nu mattrc, Narcisse surtout, rompus aux affaires, élégants et lettrés, façonnés à tous les raffinements de cette extrême civilisation.

Quand le sénat intervient en faveur de l’affranchi Pallas pour obtenir de Claude qu’il l’oblige à porter l’anneau d’or des chevaliers; quand les deux consuls affectent de se promener avec Polybe, autre ministre de Claude, et de le placer au milieu d’eux pour témoigner de leur déférence, l’orgueil dc.s . affranchis se comprend et se pardonne olus aisément que la bassesse des sénateurs.

Au-dessus de cet orgueil et de c^tte bassesse domine la dépravation de Messaline. L’épouse de Claude fut le grand scandale et l’étonnement du 'siècle. Ses excursions nocturnes

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loin du Palatin, dans les lieux infâmes uii elle profane sa di> gnité d’épouse et de mère; les orgies secrètes où elle se fait un spectacle des prostitutions les plus criminelles; la férocité de ses amours qui condamne à mourir ceux qu’elle ne souille pas, les honteuses victoires qu’elle remporte sur les courtisanes célèbres de son temps; ses monstrueuses débauches, mêlées de rapines et de cruautés, ont laissé dans la conscience du genre humain une longue impression de dégoût et d'horreur.

Quand Agrippine et Julie, rappelées de l'exil, reparurent i Rome et reprirent leur rang, Messaline y régnait dans tout l’éclat de son infamie, et les affranchis, constitués en triumvirat, étalaient leur haute fortune insolemment. Les deux princesses filles de Germanicus, étaient dans une position égale : les avantages et les dangers étaient les mêmes pour toutes deux; mais elles suivirent une ligne de conduite bien différente, et ce contrastent voir clairement laquelle des deux avait le plus d’intelligence et de sens. Agrippine comprit tout d'abord qu’il n’y avait pour elle aucun espoir de faveur ni aucune, sécurité dans la bonté de Claude, son oncle, livré à l’influénce toute-puissante d’une femme sans pudeur et sans foi, telle que Messaline, et gouverné par ses affranchis. Elle se tint éloignée de la cour. Julie, moins bien avisée, fière de ses droits et des adorations qui suivaient sa beauté, vi.sitait l’empereur son oncle, le voyait à tontes les heures, et venait souvent au Palatin sans songer que Messaline pût s’en inquiéter. Tandis qu’elle essayait auprès du vieillard le rôle qu’.Vgrippine joua plus tard avec succès, celle-ci s’abstenait, avertie par scs haines et par le traitement qu’elle réservait à ses rivales, du danger qu’il y avait à jeter sur Messaline un peu de son ombre. .

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Pendant que Julie $e perdait au palais, Agrippine sollieitail l’alliance de Galba. Tibère l'avait fait venir à Caprëe; à la suite. d'un long entretien sur les grandes affaires de l’État, le vieil empereur lui avait dit, en le regardant avec ses grands yeux qui voyaient dans les ténèbres* ; « Et toi aussi. Galba, tu goûteras de l'empire! > Agrippine le savait, et son âme, tout ambition, se tourna vers ce prétendant. Elle le rechercha même jusqu’à l’obséder; et la mère de Galba en témoigna son indignation à Agrippine, dans une maison de Rome où elles se rencontrèrent. Cette dame s’oublia jusqu’à donner un soufflet à la nièce de l’empereur. On ne voit pas que l'implacable Agrippine ait essayé plus tard de l’en punir quand elle eut la toute-puissance : elle dut.se contraindre par excès d’orgueil, oubliant la vengeance pour faire oublier l’affront. Sur le refus de Galba, elle se tourna vers Crispus Passiénus, orateur célèbre, deux fois consul; ses immenses richesses tentèrent .Agrippine qui accumulait les trésors et recherchait l’argent avec âpreté comme moyen d’influence.

Julie, moins scélérate et moins circonspecte que sa sœur, tomba bientôt dans le piège que Messaline lui avait tendu. La fille de Germaniens, accusée de plusieurs adultères, reprit le chemin de l’exil sans qu’on se donnât la peine de la juger. Quelque temps après, Me^line la fil mourir. Sénèque le philosophe, déjà célèbre par ses succès au barreau, fut compromis dans cette affaire et relégué dans l’ile de Corse. On l’accusait d’être l'amant d^ Julie. '

Ce fut vers l'année 42 de Jésus-Christ, la deuxième du règne de Claude, que vint à Rome, pour la première fois, un homme obscur, inconnu, perdu dans la foule. On apprit plus lard qu’il

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