I. SifÉTOSE, Tibère, ch. ixviil
se nommait Pierre. C’était un misérable Juif qui n’altirait l’allention de personne. Il passait inaperçu, annonçant dans les quartiers popùlcux on ne sait quelle superstition nouvelle, aux derniers des esclaves et aux artisans, abusés déjà par les astrologues et les sorciers. Les puissants ne soupçonnaient même pas son existence; les historiens n’ont rien dit de ses travaux, et leur dédain nous autorise à le négliger en ce moment. Plus tard néanmoins il faudra que Jupiter et César lui-mémo. comptent avec lui. Néron était alors dans sa sixième année; quoique sa mère fût revenue de l’exil, ses nourrices et ses esclaves donnaient seuls quelques soins au fils de Uomilius. Agrippine, uniquement occupée de refaire sa fortune, détournait son attention de l’enfant, et nous ne voyons pas qu’elle se soit empressée de l'appeler auprès d’elle. Lépida, do son cété, négligeait entièrement l'éducation de son neveu, et ce fut à des gens de condition servile que Néron dut la première joie de se sentir aimé. On voyait cha(|ue jour cet héritier d’une grande famille traîné sur les bancs des tavernes et sur les gradins du cirque par les esclaves et les femmes chargés de l’élever. Il n’est pas impossible que le juif Pierre ait rencontré dans les rues de Rome l’enfant doux et riant qui devait plus tard ordonner sa mort. Comme ils fréquentaient aux mêmes lieux, ils ont pu se trouver en présence, se regarder et s’ignorer; l’un représentant avec son innocence et sa grâce la décrépitude du passé, l’autre avec sa vieillesse et ses vêtements grossiers portant la vie nouvelle et les vertus de l’avenir.
Deux lignes de Suétone dans la vie de Claude sont le premier mot de riiistoire qui nous annonce la présence des disciples de Pierre dans l’enceinte de Rome. « Claude chassa » de Rome, ditril, les Juifs qui excitaient des troubles, à Tins-