Suétone. Vie de Lucain
]n latrinis publicis, clariore .strepitii vonlris emisso, hcmislichiuro Nuronis magna roncp&sorum fuga pronunciarit. c Suh terris iotonuisae putes. • SvÊTONK. Vie de Lucain.
by Coogic
vin DE NÉRON
choisi l'homme de sa confiance el de ses terribles secrets. Tous ces chevaliers croyaient avoir quelque chose à gagner dans un changement de règne.
Le côté le plus alarmant du complot el le plus blessant pour Néron, c’est que la haine el le mépris de sa personne étaient arrivés jusqu’aux prétoriens, si dévoués au nom et à la famille des Césars. Sans compter Subrius et Sulpicius, que nous avons déjà nommés, deux tribuns militaires, Silvanius et Stalius, deux centurions, Scaurus et Vendus, s’étaient associés aux ennemis du prince. Ils avaient à leur lûte pour les justilier de leur crime el les guider dans l’entreprise, Fœnius, un des deux préfets du prétoire. Les récriminations et la délation persévérante de Tigellin avaient rendu Frenius hostile à Néron (|ui lui manifestait sa défiance.
Aussitôt que les conjurés virent, à n’en pas douter, qu'ils pouvaient compter sur Fmnius, ils furent animés d’une telle ronliance qu’on agita la ijiieslion de savoir quand cl comment on [irocéderail à l'exécution. Les uns parlaient de mettre le feu au palais et de profiler du désordre pour frapper le tyran ; les autres voulaient attaquer Néron pendant qu’il chantait en plein théâtre. bubriusTavail suivi avec l'intention de l’attaquer durant le grand incendie, quand .Néron courait çà et la, sans gardes, pendant toute la nuit*.
Cet héroïque Subrius n’avait pas cédé à sa noble envie, parce qu’en tuant Néron il prétendait surtout avoir le prix de son courage. Il y a dans le dévouement .seul une volupté si supérieure et si divine qn’il se sert de récompense à lui-méme;
!. El cepisse impetum Suhriiis Flavius ferebaïur, in scfna canenifm N<*ront’m aj^redicmii, aiil quum ardente domo hue illiic por noclem rursarei iiicuslutlitus. TAUTt. .4 mm., liv. XV, ch. l.
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mais la trahison, la cupidité, l'orgueil, tout ce qui est bas et pervers cherche exclusivement son salaire.
Toutes les fois qu’on agita la question de savoir quand et comment on agirait, les conspirateurs restèrent indécis et flottants dans une irrésolution sans fin. Elle prouvait leur pusillanimité et leur respect involontaire pour Néron; elle prouvait surtout que les ministres du prince, tenaient la conspiration dans leurs mains. Le complot, qui pouvait aboutir dès le premier jour, traîna longtemps et resta pendant plus d’une année comme un piège tendu aux aventureux et aux mécontents. Néron s’était abandonné souvent aux conjurés sur la scène et dans la foule. Son- imprudence prouve donc qu’il n’était pour rien dans cette machination ; mais, en y réfléchissant, on la jugera tout à fait digne de Tigellin qui avait à justifier ses accusations incessantes contre Sénèque et contre Eœnius. Après les avoir éloignés du prince, il devait craindre de les voir rentrer en faveur et reparaître dans le conseil privé.
' Pendant que les mois se perdaient à discuter quelle occasion on choisirait parmi toutes celles que prodiguait la fortune, une courtisane, qui ôtait du complot, fut à ce point dégoûtée par les hésitations des conjurés, que, no pouvant plus en souffrir le spectacle, elle partit pour les eaux de Baïa. Elle se nommait Épicharis. Les désordres de sa vie passée ne faisaient pressentir rien d’héroïque dans celte femme. Aprèsavoir provoqué, avec une ardeur toute virile, les conjurés à faire leur devoir, elle poursuivit à Baïa ce qu’elle avait commencé si bravement à Rome. Elle vit les officiers qui servaient sur la flotte de Misène avec l’intention de les gagner au projet de punir le tyran. Sur les côtes de la Campanie et dans le golfe de Baïa, l’exécution du projet lui semblait facile. Néron se plaisait à
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voyager à pclites journées, à s’arrêter rà et là dans des sites rliarmants, avec un abandon qui le livrerait à ses ennemis.
Volusius Proculus, qui avait un commandement sur la flotte, visita souvent Kpiebaris. Cet homme se plaignait de Néron, il le taxait d’ingratitude : Il se disait mal récompensé des services rendus à César à l’oc-casion du meurtre de sa mère; s’il pouvait jamais se venger, il n’hésiterait pas à le faire. Malgré le peu d’estime et de confiance qu’un tel homme devait inspirer, Épicharis lui dévoila le complot sans toutefois lui faire connaître aucun de ses amis. Volusius, complice de Néron dans l’assassinat d’Agrippine, ne demandait qu'à servir pour gagner sa faveur. Il se hâta d’aller dévoiler à l’empereur tout ce qu’Kpicharis lui avait appris. On la fit comparaître: elle fut confrontée avec le délateur; heureusement pour elle scs entretiens avec Volusius n’avaient pas eu de témoins, elle put tout nier avec succès. Mais Néron crut devoir la retenir en prison, jugeant avec beaucoup de sens que bien des choses ne sont pas prouvées qui néanmoins peuvent être véritables.
Cette aventure troubla les conjurés: cédant à la crainte, le seul sentiment qui pût leur donner de l’audace, ils résolurent d’agir. On proposa de surprendre César dans la villa dePison, prés de IJaïa; l’empereur y venait souvent dîner en bon voisin sans se faire accompagner de ses gardes, il y prenait le bain et goûtait familièrement tous les plaisirs de ce séjour. Pison s’y refusa, disant qu'il ne pouvait surmonter l’horreur de riio-spilalité violée et de ses lares souillés par le meurtre du prince. Ces délicatesses et ces scrupules d’un homme qui en conspirant se mettait en dehors de toutes les lois, n’avaient rien de sincère. Pison, en se rendant odieux, craignait d’augmenter les chauces qu’avaient d’obtenir l’empire à son détri-
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ment, Silanus, pelil-fils d’Auguste, et le consul Vestinus qu’il regardait comme deux rivaux.
On convint enfin, après bien des hésitations, de tenter l’entreprise pendant les jeux du cirque aux fêtes de Gérés, le 12 avril. Néron, qui se tenait ordinairement enfermé dans ■son palais ou dans ses jardins, viendrait au grand cirque : grâce à la joie de cette grande fête, il serait facile de l’aborder, soit pendant la procession magnifique des dames romaines qui portaient en grande pompe un œuf, symbole de la génération, soit pendant qu’on ferait la chasse des renards lancés par couple dans le cirque avec des torcties enflammées attachées sur le dos. Montanus, qui était fort et courageux, devait se jqter aux pieds de Néron sous prétexte de demander un secours d’argent pour rétablir scs affaires, le .saisir par les jambes, le renverser et le tenir à terre pCndantque les tribuns et les centurions se précipiteraient sur lui pour le frapper. Scévinus sollicitait l’honneur du premier coup. Il devait être armé d'un poignard pris dans un tem[)le et consacré à la vengeance. Il montrait parfois aux conjurés, ce poignard mystérieux qu’il portait sur lui. Pendant que les plus braves feraient le coup, Pison attendrait le résultat dans le temple de Gérés, prés du Tibre. G’était là que les conjurés, guidés par Fœnius, viendraient le prendre pour Je conduire au camp et le présenter aux prétoriens. On dit plus tard qu’Antonia, fille de Glaude, avait promis d’épouser Pison pour fortifier sa cause des droits qu’elle croyait avoir à l'empire; mais il n’y a rien de «Ttaindansce bruit, ni rien d'important s’il y avaitquelque chose de certain.
On était donc à la veille de frapper, et le secret connu dé tant de personnes si différentes de caractère et de condition, avait été gardé fidèlement pendant plus d’une année. Dans ce temps
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de lâcheté et de corruption, parmi ces nombreux conjurés réunis pour l’accomplissement d'une œuvre ténébreuse, pas un traître pour recueillir sûrement* par la délation tout ce qu’ils allaient demander aux hasards d’un complot. Pison et ses amis étaient émerveillés et ils se séparèrent pleins d’ardeur, d’espérance et de résolution.