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CHAPITRE VIII

COrnONNEMENT DE TIRIDATE — MORT DE THRASÊAS

La tnorl Ho Thraséas est r«^solue. — Arrivée do Tiridale. — Sa sailc nonjbrouso. Il va «lirectomcnl à Naples joindre Néron. — Ft'tes qu’on donne à Tiridalc.

— ïM>n entrée dans Home avec Néron. — On défend à Thraséas de venir aU'devant du priiKC. — Tlrraséas écrit à Néron.— Néron convoque In s^mat.

— Thraséas délibéré avec scs amis, — Néron n’ose paraîtn» au >éoat, — L’orateur Mareellus délateur de Thraséas. — Avec Thraséas sont accusés Soranus et Servilie sa fille. — Invectives do Marcellus. — Consternation du sénat. — Piéîé filiale de Servilie. — Thraséas, Soranus cl sa fille sont condamnés. — Mort héroïque de Thraséas. — Ses funérailles pendant qim Néron paraissait an Forum. — Tiridato est couronné roi d’Arménie. — llelvidios part pour fexil.

Nous arrivons enfin à la grande victime, à l’homme dont la vio i'tait la règle des âmes généreuses et l’étonnement des cœurs énervés, à Thraséas. Notons d’abord en pas.«ant la scélératesse de Tigcilin et l’aisance avec laquelle il se vengeait

de ses ennemis. Minucius, ancien prêteur, ayant osé porter contre lui une accusation qni devait être fondée, Tigellin le fit tuer. C’est au malheur de ce Minucius peut-être que Juvônal fait allusion quand il s’écrie ; • Nomme Tigellin et tu vas brûler dans la torche où fument ceux qu’on a fixés au poteau

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avec la gorge percée » Il se souvenait du supplice des chrétiens.

La modération et le courage de Tliraséas l’avaient élevé si haut, que dans le monde politique, où le prince avait le plus grand pouvoir, toute l'inlluence était au sénateur. Le spectacle de celte vie irréprochable inspirait à Néron des inquiétudes et une admiration qu’il ne dissimulait pas. Les intrigants qui exploitaient le pouvoir impérial en furent épouvantés. Il fallait à tout prix rendre Tliraséas odieux à Néron. Pour atteindre ce but il se forma parmi les plus pervers une conspiration :Tigellin en fut l’éme. Un double danger menaçait Tliraséas : l’orgueil stoïque de ses amis, qui, loin d’imiter sa modération, s’autorisaient de sa vertu pour se déclarer contre César; la dépravation^ des ministres qui s’indignaient d’ôlre forcés de l’admirer et do le craindre. .\insi placé entre ces écueils, Tliraséas devait tôt ou lard mourir de sa vertu, et l’arrivée de Tiridate, qui exaltait les imaginations, parut être à ses ennemis une occasion favorable pour le frapper.

Le fils des Arsacides, roi des Parlhes, l’admiration et la terreur de Rome, venait humilier aux pieds de César la majesté de ses aïeux et la gloire de l’antique Orient. Il foulait les provinces sur son passage; toutes les villes lui devaient une entrée solennelle; on défrayait partout ce prince et les gens de sa .suite. Il voyageait par terre, refusant de monter sur un vaisseau parce qu’il était mage et que .sa religion lui interdisait de cracher dans la mer ou de la souiller par toute

t. Pone Tigellinum... Tæd.i liicobit in ilia Quo .stanles arilimt (|iii lixo gullure fumant El latum mcilia .sulcum dcdu.'^ot nrona.

JuvÉ.SAL, Siilire i, v. loü.

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autre déjection. L’IIellespont ne l’arrêta pas, le trajet en est court, il put le faire sans commettre d’impiété. Vivianus, gendre de Corbulon, l’accompagnait avec une nombreuse cavalerie; Tiridate emmenait avec lui les princes de sa famille, toute sa maison et trois mille cavaliers parlhes. .V ses côtés s’avançait à cheval la reine, sa femme, couverte d’un casque d’or et le visage caché sous la visière. Malgré des dépen.ses excessives, que s’imposaient les provinces pour lui faire honneur, son entretien coûtait à Néron une somme en sesterces, évaluée à cent mille francs par jour. Des bords de. l'Euphrate à Rome, son passage fut une marche triomphale. Il mit neuf mois à venir du fond de la Perse, allant toujours à cheval et par petites journées. Dès qu’il eut touché le sol de l’Italie, Néron lui envoya des chariots, et Tiridate, au lieu d’entrer dans Rome, dut prolonger son voyage et passer par la marche d'Ancone pour aller à Naples se présenter à l’empereur.

Ce fut une première satisfaction que Néron se donna de prouver ainsi au sénat et au peuple romain, que toute la gloire et toute la puissance étaient en lui. 11 proposait à Rome elle-même les respects de l’univers comme un exemple à suivre.

En abordant Néron, Tiridate le salua selon la coutume orientale. Il fléchit le genou devant lui, le reconnut pour son seigneur et l’adora. Toutefois, par un reste de fierté digne d’un soldat et d’un prince, il ne voulut pas quitter son épée, et pour n’ètre pas victime d’une surprise il la fit clouer au fourreau. Néron, qui avait de la grandeur et qui fut pour le monde romain un meilleur prince que pour Rome, ne le trouva pas mauvais et l’en estima davantage. En conduisant Tiridate à Rome, il s’arrêta pour lui donner

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des ftStcs. A. Püuzzoles ils assistèrent à un combat de gladiateurs. Ce fut Patrobius, un des alïrancliis de César, qui en fit les frais. Les plaisirs d’une journée furent exclusivement consacrés au prince étranger ; on n'admit au théâtre que des hommes de sa suite avec leurs femmes et leuR enfants.

Ces dépenses devaient s’élever à des sommes énormes, et l’on peut à peine s’en faire une idée quand on suppute le salaire des employés du théâtre, l’achat des armes et des grands voiles à étendre sur les spectateurs; le prix des animaux venus de si loin et dés gladiateurs fameux si chèrement achetés; les récompenses promises aux vainqueurs, les rafraîchissements gratuitement offerts aux spectateurs d'ans tous les éntr’actes, surtout le prix des^objets, souvent très-précieux, qu’on mettait en loterie pour terminer la fête. Le luxe était poussé si loin, qu’on avait coutume, quelques jours avant les jeux, d’exposer dans le foyer du théâtre, le portrait" en pied des gladiateurs qui devaient combattre et des animaux qu’on lancerait sur les bestiaires. Quelle haute opinion Tiridate ne devait-il pas avoir de Rome et de César, en se voyant traiter par un esclave plus magnifiquement que par un roi.

Tiridate crut devoir payer de sa personne pour honorer la fête que Patrobius lui donnait. 11 demanda son arc et ses flèches, avec la secrète pensée de rendre Néron témoin de l’habileté des Parthes à se servir de ces armes, pour lui rappeler le passé et lui faire craindre l’avenir. Sans sortir de sa place, il perça de ses flèches les liôtcs fauves qui erraient dans l’arène, et Dion rapporte que, d’un seul trait, il blessa deux taureaux Les fêtes achevées, Tiridate et

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