‹ Néron, sa vie et son époqueChapitre 143 sur 215 · I. Diox Cassius. Néron, LXlll. parag · texte numérisé non relu

I. Diox Cassius. Néron, LXlll. parag

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Néron se rapprochèrent de Home, lis étaient attendus avec impatience, surtout par les imaginations qu’excitait depuis longtemps le récit des costumes, des mœurs, et de la gloire des Parthes. ^Le peuple et le sénat sortirent des murs pour aller recevoir l'empereur et son hôte. Les Romains étaient vêtus de blanc, et les maisons, ornées de guirlandes, offraient, comme la foule, un joyeux aspect. L’encens fumait devant les Temples, et les statues des dieux, revêtues d’habits magnifiques, semblaient s’associer aux, sentiments du peuple pour accueillir le prince étranger. Cependant, au milieu de cette allégresse générale, un grand crime se préparait. On défendit à Thraséas de se montrer et d’aller avec le sénat au-devant de Néron. .V cette nouvelle, les amis de l’illustre sénateur comprirent que c’en était fait de loi.

Néron voulait prouvera Tiridate qu'il était aussi puissant à Rome que les rnis d’Ûrient au fond de leur palais, et qu’il pouvait comme eux, faire tomber les têtes les plus hautes. Les amis et la famille de Thraséas étaient consternés. Thraséas, toujours calme dans les circonstances difiieiles, écrivit à l'empereur pour lui demander quel était son crime, promettant de prouver son innocence s’il lui était permis de se justifier. Néron ouvrit la lettre avec empressement, espérant y trouver quelques expressions de respect ou de crainte, qui relèveraient .sa (îignilp en abais.sant le caractère de Thraséas; mais il reconnut bientôt que ce grand citoyen restait semblable à lui -même et il convoqua le sénat.

Les amis de Thraséas et les membres de sa famille, réunis autour de lui, agitèrent la question de savoir s’il devait comparaître devant ses délateurs. Il s’était abstenu depuis quelques années d’assister aux réunions du sénat. Quelques-uns

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soutinrent que la force de son nom et l’éclat de sa renommée l'autorisaient à croire qu’il dominerait l’assemblée par son courage, et que sa voix surnaturelle serait écoutée encore une fois comme la parole d’un dieu. D'autres, au contraire, jugeant mieux les circonstances, la violence des accusateurs et la domination de César, ne voulaient pas qu’il allât sans profit commettre sa dignité. Rusticus .\rulônus était là, prenant part à la discussion avec l’ardeur généreuse de son âge. Ce jeune homme proposa, par amour de la gloire et de la justice, de s’opposer au sénatus-consulte. Il le pouvait, étant tribun du peuple, car on voyait encore une ombre de république sous ce despotisme, comme Tacite le reconnaît. Tbraséas réprima généreusement le courage de Rusticus qui voulait se sacrifier pour lui. Il dit, avec une énergie modeste, pleine d'intelligence et de gravité, qu’il .se devait .à lui-méme, après tant d’années d’une vie honorable, de la poursuivre jusqu’au bout; mais que le jeune tribun ferait sagement de se consulter et de réfléchir sous un prince comme Néron, à la voie qu’il comptait suivre en entrant dans les fonctions jmbliques. Laquc.stion de savoir s’il irait au sénat ne lui paraissait pas importante, et il dit qu'il avi.serait plus tard.

' Le lendemain, de grand matin, deux cohortes prétoriennes occupèrent le temple de Vénus Genitrix, superbe édifice en marbre blanc, élevé par le divin Jules au milieu de son Forum. C’était là que Néron convoquait le sénat pour lui faire comprendre, par le seul aspect du monument et par le souvenir de son fondateur, tout ce qu’il devait à l’empereur. Des groupes de soldats étaient disposés autour du temple, surles places et devant les basiliques ; une multitude de citoyens, qui laissaient voir des épées sous leurs robes, occupaient les abords du monument. Les sénateurs durent passer à travers cette foule

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lumullneuse et menaçante, aussi dévouée à César que les prétoriens et peu sensible aux mérites de l’accusé.

Néron ignorait si Thraséas se présenterait au sénat pour se défendre loi-méme. Dans l’incertitude, il n’osa pas venir siéger, craignant de se troubler à l'aspect de cet illustre accusé. Il redoutait l’épaotion dont il ne pourrait se défendre aux preuves que l’austère sénateur donnerait de son innocence, et surtout aux reproches terribles qu’il aurait le droit et le courage de lui adresser. Néron envoya son discours au sénat; le discours fut lu par le questeuren l’absencedu prince et de l’accusé qui s’abstinrent tous deux de paraître ; le prince, par respect pour l'accusé, l’accusé, par respect pour lui-méme. L’empereur ne nommait personne dans son discours, mais il se plaignait amèrement des sénateurs qui négligeaient les affaires publiques pour s’occuper d’embellir des jardins. C’était désigner clairement Thraséas qui, depuis deux ans, s’abstenait de paraître au sénat. L’orateur Màrcellus était prêt à se lever pour se porter accusateur. Tigellin lui avait adjoint Gapito, son gendre, ennemi déclaré de Thraséas.

Ce Capito avait vu les Ciliciens, qui poursuivaient .scs malversations devant le sénat, énorgiiiuemerit appuyés par Thraséas, et il brûlait de se venger. II rappelait chaque jour à Néron , que Thraséas, après avoir chanté un rôle tragique à Padouc, sa patrie, pendant les jeux du ceste, institués par Anténor, s’était refusé presque à figurer dans les Juvénales. Il était sorti du sénat pendant qu’on délibérait sur. le meurtre d’Agrippine. Sosianus, le diffamateur du prince, avait été défendu par lui. Thraséas n’avait point paru aux funéraillesde Poppée, comme s’il eût bI3mé son apothéose; et dernièrement encore, quand Néron, atteint d’un rhume, avait craint de perdre sa voix, Thraséas s’était abstenu de sacrifier pour la conser-

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vallon de celte voiv céleste. Enfin, il le dépeignait comme un ennemi du prince et de la patrie, se tenant à l’écart pour attendre l'occasion favorable et réchauffant l’amour de la liberté dans tous les cœurs. Obsédé, irrité chaque jour par des accusations qui se reproduisaient sous mille formes, Néron avait résolu la perte de Thrasôas, et les ennemis de cet homme intègre allaient recueillir enfin le fruit de leurs machinations.

En môme temps que Thraséas était accusé devant le sénat, un délateur poursuivait aussi Soranus, ancien proconsul d’Asie; Soranus, un homme des plus considérables et des ])lu5 estimés. Ses talents, son intégrité, son zèle dans l’exercice de ses fonctions, le rendaient odieux à César. Ce qu’on loi reprochait le plus amèrement au Palatin, c’était de n’avoir pas châtié les habitants de Pergame révoltés contre Acralus qui allait, sur l’ordre de Néron, s’emparer de leurs statues et de leurs tableaux. On avait impliqué dans l’accusation portée contre Soranus, sa fille Servilie, à peine âgée de vingt ans, désolée et presque veuve par l’exil de Pollion, son mari.

Les accusateurs de Thrasôas commencèrent. Capito d’abord, puis Marcellus qui était orateur. Voici quelle était l’accusation de ce dernier, dépouillée des ornements de l’éloquence et des artifices du langage. Il reprochait à Thraséas d’avoir horreur des crimes de Néron et de dérober au prince l’estime et les respects de ses concitoyens. Ce Marcellus, naturellement violent, comptait bien être enrichi par Néron dont il servait la haine; il accusa Thraséas avec la brutalité d’un délateur avide ■ qu’excitaient le salaire et l’impunité.Pendant que les emportements de cette éloquence vénale avaient leurs cours, l’assemblée immobile et muette restait comme accablée sous le poids de sa douleur. Ce n’était pas cette tristesse résignée que donne l’habitude de l'oppression, mais un silence profond et cons-

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lerné. Devant les armes des soldais, devant les violences du délateur, hideux aspects de la tyrannie, l’image de la victime absente, la vénérable ligurç de Thraséas, apparaissait aux sénateurs, et ils restaient anéantis dans le sentiment de leur honte et de leur lâcheté.

L'accusateur de Soranus, parut à son tour devant h; sénat. Il fit un crime au proconsul de ses relations avec Plautus, dont le prince avait ordonné la mort. Il lui reprocha d’avoir toléré des séditions dans les villes pour paraître populaire; enfin il se tourna vers la fille et prétendit la trouver coupable de complicité dans les projets de son père. Servilic avait consulté les astrologues et donné de l’argent à ces imposteurs; c’était vrai. Son père incriminé, son époux absent, ne sachant à qui recourir dans sa détresse, elle avait demandé à quelques devins si Néron sc laisserait fléchir.

Il |)araîl que Néron assistait à ce débat et que l’alTaire de Thraséas étant jugée, il était venu prendre place entre lesdeux consuls. Le ]rére et la fille étaient debout devant le tribunal, chacun à une extrémité; le père accablé par la douleur et par l’âge; la fille, les yeux baissés, craignant de regarderie vieillard dont elle croyait avoir aggravé les malheurs. Quand l’accusateur demanda à Servilie si elle n'avait point vendu ses bijoux, son collier, ses présenLs de noce pour suffire aux frais des opérations magiques, elle se laissa tomber et pleura longtemps sans pouvoir répondre; ])uis eniin, retrouvant un peu de courage dans la piété liliale qui l’avait toujours soutenue: « Néron, s’écria-l-elle, en embrassant les autels, ces • malheureuses prières n’invoquaient aucun Dieu funeste: je » n’ai voulu qu’obtenir de toi. César, et de vous, sénateurs, le » salut du meilleur des pères. «

Aux paroles de sa fille, Soranus se trouble et s’altendriu Sa

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voix se môle aux pleurs de Servilie: elle n'a pas connu Plautus, elle n’a pas suivi son père en Asie, et son crime c’est l’iiôroïsme de la piétô filiale. Qu’on sépare de sa cause la cause de sa fille et il acceptera comme juste l’arrêt du sénat quel qu’il soit. En mêqje temps ils se hâtaient l’un vers l’autre pour s’embrasser; mais les licteurs se jetèrent entre eux et les tinrent éloignés. Quand on vint â l'audition des témoins, l’atlendrissement et la pitié provoqués par cette scène furent suivis d'un mouvement d’indignation et d’horreur. Un familier, un client de Soranus, un stoïcien, vendit son témoignage pour accabler sou ami. Ce traître se nommait Eguadius, et sa philosophie était aussi vaine qu’était fausse son amitié. Hâtons-nous de signaler, à côté de cet objet de mépris, le Bithynien Cassius Asclépiodote, qui, ayant connu Soranus dans la prospérité, lui resta fidèle dans l’infortune. Il était le premier parmi ses compatriotes par son opulence comme par sa générosité. La constance de son amitié pour Soranus le fit condamner à l’exil et à la perle de ses biens. Thraséas, Soranus et Servilie purent choisir le genre de mort qu’ils voudraient; ou se contenta d’exiler Agrippinus ainsi qu’Helvidius, gendre de Thraséas. Les délateurs furent gratifiés de sommes d’argent considérables, et Sabinus, l’accusateur de Servilie et do son père, obtint de plus les ornements de la questure.

Pendant que cett^^ iniquité s’accomplissait an sénat, à la grande satisfaction de César et de ses ministres, Thraséas, entouré de ses amis et de ses proches, attendait dans ses jardins qu’on lui fît connaître l'issue du procès. Le questeur du consul vint lui notifier l’arrêt du sénat. Néron ne voulait pas assumer sur lui la responsabilité de celte grande injustice.

Thraséas avait pris à part le philosophe Démélrius : il le

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questionnait sur la nature do l’âmc et sur sa séparation d’arec le corps, quand le questeur arriva. DomitiusCécilianus, un de ses plus intimes, vint lui annoncer sa condamnation : ce furent alors des plaintes amères, des pleurs et des malédictions qui éclatèrent autour de lui.^Thrasëas; toujours préoccupé de ceux qu’il aimait plus que de lui-méme, leur ordonna de se retirer dans la crainte de les voir se compromettre par une trop vive douleur. Arria, sa femme, digne fille de Pu'tus et de la première Arria, voulait partager son sort et suivre l’exemple de sa mère : il s'y opposa doucement, lui faisant comprendre qu'elle se devait à Fannia, leur fille, que l’exil d’ilelvidius laissait sans soutien.

Des jardins il passa dans le portiqueoù se trouvait le questeur, lià, satisfait d’apprendre qu’Uelvidius, son gendre, n’était condamné qu’à l’exil, il prit le sénatus-consulte, fit entrer dans • sa chambre Démétrius avec son gendre, et présenta sans hésiter les veines de ses deux bras. Au.ssitôt que le sang coula, il en arrosa la terre, et priant le questeur de s’approcher : t Faisons, dit-il, une libation à Jupiter libérateur. Regarde, jeune homme, et que les dieux éloignent ce présage! Tu es né dans un temps où il convient d’aiïermir son âme par des exemples de constance. > Puis d’atroces douleurs prolongeant son agonie, il se tourna vers Démétrius... •

fei la nuit se fait et le phare qui brillait dans les ténèbres du passé ne nous éclaire plus. Le seizièny^ livre des annales de Tacite ne va pas plus loin; toutefois il est permis d’augurer d'après ce dernier mouvement de Thraséas, resté seul avec Démétrius et son gendre, qu’il se tourna vers le philosophe pour ajouter un mot à leur entretien sur la nature de notre c.«prit et que les perspectivesde l'immortalité do l'âme fixèrent seules ses regards mourants.

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Quand Thréséas eut rendu le dernier soupir, sa femme et sa fille vinrent pleurer sur son corps inanimé, fermer ses yeux et chercher un reste de souffle, quelque chose de son âme flollant sur ses lèvres. Il ne fallait pas songer à de pompeuses funérailles ; les images des aïeux portés devant lui ne le précéderaient pas au Forum; ils ne seraient pas rangés autour de la tribune aux harangues, ni placés sur des chaises curules pendant qu’on prononcerait son éloge funèbre. On brûla peu de parfums, on ne jeta point de fleurs sur son corps, on ne lui prodigua que les regrets et les larmes. Thraséas mourut le soir. La même nuit vit les préparatifs de départ d’Ilelvidius, qui devait se hâter, les derniers devoirs rendus à son père, de se diriger vers l’exil. On dut élever à la hâte un bûcher comme pour Agrippine. Les clients, les affranchis, les esclaves, les amis, tous ceux qu’éloignent l’infortune, et c’est le grand nombre, épouvantés de sa disgrâce, avaient disparu, abandonnant cette famille proscrite à son deuil et à scs larmes. Quelques employés des pompes funèbres, ministres de Vénus Libitine, vinrent sans pompe, la nuit, dans ce foyer désert, diriger la triste cérémonie. On n’entendit pas le son lugubre des trompettes. Il n’y eut autour de ses cendres ni jeux scéniques, ni combats de gladiateurs, et le bûcher de Thraséas brûla silencieusement comme une maison abandonnée. Arria, sa femme, sa fille et son gendre recueillirent scs restes; on lava dans le vin et dans le lait les ossements à demi calcinés, et le peu qui restait de Thraséas fut renfermé dans une urne. La nuit même on porta cette urne dans le tombeau de la famille. Un descaveaux avait été préparé à la hâte pour les recevoir, et â côté de l’urne était une lampe; on alluma cette lampe et puis on mura le caveau. Dans leur piété pour les morts, les Romains aimaient à croire que ces lampes brûlaient éternellement dans les tombes. En

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parlageanl cette superstition, la familledeThraséas pressentait une v6rité. Il y avait là un flambeau qui ne devait jamais s’étendre, c'était la gloire de celui qu’elle pleurait et le souvenir de sa vertu. Helvidius n’avait plus qu a prendre le chemin de l’exil. Arria, sa belle-mère, retrouvait dans la fataille de son mari les malheurs de la maison paternelle. Fannia, sa femme, l’embrassait avec la ferme résolution de le retenir ou de le suivre, et quand il voulut, selon l’usage, dire trois fois le dernier adieu à Thraséas, les sanglots étouffèrent sa voix.

Après une nuit passée dans l’accomplissement douloureux de ces devoirs, ils furent surpris par la lumière du jour odieuse aux malheureux. Tout à coup ils entendirent une clameur immense; c’était la grande voix de la multitude qui remplissait la ville et qui s’étendait au loin par-dessus les murailles. D’où s’élevaient ces acclamations? Ktait-ce un cri de haine qjoussé contre Néron? La mort de Thraséas et le souvenir de

sa vertu lui avaient-ils suscité des vengeurs? Les peuples

avilis par la servitude n’ont pas de ces mouvements généreux. Tiridate et Néron venaient de paraître au Forum où le fils des Arsacides allait recevoir des mains de l’empereur la couronne d’Arménie*. Les prétoriens et le peuple ôtaient là, en armes et en habits de fête. Néron était venu dés le matin s’asseoir sur sa chaise curnle: le sénat l’accompagnait. Bientôt après Tiridate parut avec sa suite : il alla se jeter aux genoux de l’empereur; ce fut alors que les acclamations de la (ouïe retentirent jusque dans le tombeau de Thraséas. Tiridate, adressa $a demande à César. Celui-ci répondit en termes magnifiques, qu’il donnait à Tiridate la couronne d'Arménie. Le prince s’assit aux pieds de Néron, sur un siège assez bas pour que l’cmpe-

t. SrKTOSK. Vie de Néron, ch. xm.

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rcnr pùt retirer sa tiare et lui ceindre le diadème. Ce diadème n’ôtait autre que le bonnet royal que portaient les rois de Perse; il était haut de forme, raide et droit, entouré d'un bandeau brodé d’or sur un fond bleu orné de points blancs. Aussitôt que Tiridate eut reçu l’investiture du royaume d’Arménie, les cris du peuple recommencèrent avec plus de force.

Helvidius les entendit, sans doute. Tandis que, presque seul, il pleurait Thraséas dans un faubourg désert, la multitude applaudissait au Forum la gloire do César. Il s’étonna du peu de place que tiennent la justice et l’honneur dans le grand mouvement des choses humaines ; un sourire amer erra sur ses lèvres et il eut alors le courage de dire à Thraséas le suprême adieu. Les embrassements des femmes ne le retinrent pas; Thraséas mort, la douleur de sa perte diminuait toutes les autres. Ils se séparèrent silencieusement et chacun s’en alla de son côté, elles dans la solitude, lui dans l’exil. Les femmes inconsolables au milieu de la joie publique qui insultait à leur douleur ; l’homme ferme et résolu, dédaignant la vile multitude que la mort d’un honnête homme ne dégoûtait pas de la tyrannie, fier de Thraséas, dont la vie pure était couronnée d’une si belle mort, et satisfait de penser que l’âme et la mémoire de son père s'élevaient dans les hantes régions de l'hTstoiit et de la vio future inaccessibles aux crimes de César.

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