‹ Néron, sa vie et son époqueChapitre 153 sur 215 · I. JVpren on /« Percemf*t de fltthme. LrriEV, ch. ixiviii · texte numérisé non relu

I. JVpren on /« Percemf*t de fltthme. LrriEV, ch. ixiviii

ï. Acro» ou U Per(em*Hl de. l'itihme. I.dcien, ch. t.xxviii.

VIE DE NÉUON

Uémctrius le Cynique, alors exilé de Rome, rencontra parmi les travailleurs le philosophe Musonius, ce chevalier romain exilé, comme nous l'avons dit, dans l’ile de Gyare. Démétrius le reconnut au milieu des malfaiteurs, et comme il déplorait de le retrouver dans une position si peu digne de lui :

• Tu l’affliges lui dit Musonius, de me voir piocher la terre » pour le percement de l’isthme ; aimerais-tu mieux m’en- > tendre chanter sur un théâtre en jouant de la cithare,

» comme Néron?... i

On était au travail depuis quelques jours à peine, quand l’ordre de ne pas aller plus loin arriva de Corinthe où séjournait l’empereur. Il avait déjà reçu d’Hélius, son affranchi, qui le remplaçait à Rome, des lettres qui lui donnaient avis d’une grande conspiration tramée contre son pouvoir. Ilélius le . suppliait de hâter son retour. Néron avait d’ahord répondu que les intérêts de sa gloire étaient les plus pressants, et qu’ils le retenaient dans la Grèce. Mais cette fois l’affranchi arrivait en personne pour révéler à César les dangers qui le menaçaient. Voici par quels nouveaux crimes Néron avait rois le comble aux haines généreuses dont il était l’objet et à l’audace des ambitieux qui convoitaient ^l’empire. Hélius et Polyclète, qui gouvernaient Rome en l’absence du prince, n’exerçaient ce grand pouvoir, Ilélius, que pour proscrire les citoyens les plus recommandables, et Polyclète que pour les dépouiller.

On disait à ce propos que le peuple romain avait deux Nérons à subir. En môme temps, la gouvernante de Sporus, Galvia Crispinilla, exploitait le pouvoir impérial pour s’enrichir des dépouilles de la Grèce.

Quand cette odieuse mégère et ses amis, honorés de la confiance du prince, convoitaient les terres et les trésors de l’homme le plus important de la province, voici comment ils

procédaient: un délateur, secrètement dévoué à leurs intérêts, accusait celui qu'ils voulaient dépouiller; consultés alors par César, ils trouvaient l’homme coupable. César ordonnait sa mort,- et les familiers du prince partageaient entre eux les dépouilles de la victime. Ainsi l’odieux de tous les crimes s’accumulait sur la tête de Néron, et de sourdes rumeurs annonçaient l’orage qui devait l'engloutir.

C’est ici que Dion Cassius place les monstrueuses débauches de Néron. Son infâme union avec Sporus se serait accomplie pendant son voyage en Grèce. Rien ne s’y oppose en vérité; il y a môme une sorte de vraisemblance et de justice dans ce fait. Le pays où ces abominations avaient eu droit de cité méritait d’être souillé par ce scandale.

Pendant son séjour en Grèce, Néron attira Corbulon auprès de lui par une lettre presque filiale. Aussitôt qu’il eut appris l’arrivée du grand homme à Genchrées, port de Corinthe dans le golfe de Salamine, il lui envoya l’ordre de mourir. A cette noire ingratitude, après une fidélité inébranlable et des services si glorieux, Corbulon se repentit de sa vertu. Il regretta peut-être d’être resté sourd ù la voix de Rome et de l’Occident qui l’appelaient comme un libérateur. Austère et simple devant la mort, l'homme de la discipline se traita rudement, sans déclamation et sans faiblesse. 11 se perça de son épée, et fidèle même à sa dernière heure à la concision militaire du commandement, il ne dit qu'un mot : d'u/nm, je l’ai mériié •

Dion, qui ne va pas au fond des choses, pense que Néron fit tuer ce 'grand homme pour n’avoir pasù rougir devant lui de SC montrer sur la scène en costume de chanteur^. Il vaut

1. Corbulu utmandalum Narooij inlellextl, gladium aecepil, fortilcr perculiens, ail : dignus. Dion Cassius. Uv. LXIII, cIi. xvii. î. Dion Cissius. l.iv. L.N'III, ch. xvii.

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mieux s’arrêlcr au passage de Tacite qui accuse Arrius Varus, lieutenant de Corbulon, d’avoir perdu son général dans l’esprit du prince par de secrètes délations Il est vrai que, fidèle à ses habitudes, Tacite nous donne ce renseignement trop lard : longtemps après la mort de Néron.

Néron profita de son séjour en Grèce pour assurer la perle des deux Scribonius. L’amitié fraternelle la plus vraie les tenait étroitement unis depuis l’enfance. Ils avaient fait la guerre ensemble, ensemble ils avaient sollicité les magistratures et les honneurs; ils possédaient riiéritage indivis de leur père; il n’en fallut pas davantage. Dion nous l’assure, pour attirer sur eux la haine de .Néron. Il les mande auprès de lui comme s’il avait besoin de leurs services. A peine arrivés, ils sont l’objet d’une délation; ils ne peuvent ni se défendre, ni obtenir audience du prince : on s’éloigne d’eux avec mépris. L’incertitude de leur sort, le poids de leur proscription leur est intolérable, et ils se fout ouvrir les veines. Ils meurent et trouvent sans .doute une con-> solation suprême à n’avoir jamais été séparés ni par la vie, ni dans la mort.

Après Corbulon et les Scribonius, Crassus fut sacrifié sans que nous sachions rien des accusations portées contre lui. Régulus, son délateur, fut largement récompensé : il reçut une somme évaluée huit cent soixante-quinze mille francs de notre monnaie. Il y a dans ces derniers crimes je ne sais quoi d’atsoce et de mystérieusement cruel, qu’on s’efforce en vain de pénétrer. Les lettres d’IIélius, qui dévoilaient une conspiration formidable près d’éclater, le surcroît de haine qui animait .Néron contre le sénat, prouvent que le prince, irrité

I, Arrius Varu.s secrelis apuJ Xeronum scrmombus forebalur Corbuloiiis virlulciii criniinntus. Taciik. /liai-, liv. lit, cti. vi.

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par de sccréles délalioiis, frappa scs ciir.emis sans oser faire voir à quel point il était mQiiacé. Dans celte lutte occulte et permanente entre Néron et les conspirateurs, les dangers de César sont certains, mais le pouvoir qu'il a de se défendre est excessif et monstrueux. Tous'ceux qu’on frappe sans les juger sont innocents. S’il fallait renoncer à cette explication des dernières cruautés do Néron, que dire en voyant mourir Corbulon et les deux Scribonius? Il serait donc vrai que les despotes ne sont pas seulement les ennemis de la liberté; mais que le génie, la gloire et la vertu leur apparaissent comme une conspiration permanente contre leur pouvoir.

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