‹ Néron, sa vie et son époqueChapitre 158 sur 215 · SiÉruvR. Vie de (ialba, r,U. ir · texte numérisé non relu

SiÉruvR. Vie de (ialba, r,U. ir

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gré de sa réserve; mais Galba ne se tenait nullement assuré de vivre sous de tels monstres, livrés à de pires ministres. Toutes les fois qu’il voyageait, il portait dans scs bagages un million de sesterces en or, pour gagner ceux qui seraient chargés de le tuer ou pour favoriser sa fuite.

Pendant son gouvernement de la* province de Tarragone, il affecta, dans les dernières années, de négliger l’administration, et les peuples furent livrés aux déprédations des affranchis de Néron. Il se bornait à déplorer le sort des opprimés. De cette façon il maintenait sa populatilé daiis la province et sa position aupresde l’empereur, dont il ne contrariait pas les agents, leur laissant avilir et compromettre à leur gré l’autorité du prince. Il disait, pour justifier son inertie, qu’on ne forçait jamais personne à rendre compte de ce qu’il n’avait pas fait. Cependant on chantait dans toutes les Espagnes des vers satiriques contre Néron. César histrion. César cocher. César parricide était livfô à la risée des peuples, et Galba laissait faire, cultivant .ses haines et servant son ambition sous les apparences d’un homme qui néglige ses devoirs.

L’opinion était faite contre Néron en Occident et en Orient. Les provinces et les légions éloignées, qui ne connaissaient de lui que sa honte sans voir l’appareil de sa puissance et les splendeurs de sa cour, étaient moins engagées avec la famille des Césars que les prétoriens et le peuple de Rome. Elles n'avaient aucune part aux largesses et aux bienfaits qui s’é[ionchaient incessamment des mains impériales; rien ne tempérait leur indignation, et elles se demandaient avec étonnement quand finirait ce règne dont les crimes et les prodigieuses folies étaient une obsession pour l’univers. H fallait qu’un homme résolu osât proclamer ce que chacun disait tout bas, et produire au grand jour la révolte cachée dans la con.sricncc du genre

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humain. Vindex fut cet homme. Il fit part de scs vues à Galba. Il lui déclara par lettres sa résolution bien arrêtée de se révolter contre Néron, et, l'assurant qu’il allait soulever les Gaules, il lui offrit l’empire. Galba ne fit pas de réponse aux propositions de Vindex; maiè celui-ci comprit que le silence d’un homme qui aurait dù se déclarer contre lui ôtait une secrète approbation. .Aussitôt il convoque une assemblée ^ des hommes de .sa province; se déclare contreN’éron ; racontede cet empereur avili ce que tout le monde savait déjà, et il provoque unfcsoulèvement. Après les Aquitains il entraîna les Édnens et lesSéquanais, les Arvernes et les Viennois. Tous se déclarèrent pour lui avec une spontanéité d’exaltation qu’on retrouve souvent dans notre histoire. Les Lyonnais seuls restèrent fidèles à Néron par reconnaissance des secours qu’ils en avaient reçus.

Vindex était à la tête de cent mille hommes. Il fit alors de nouvelles instances auprès de Galba, le pressant de venir au secours de l’empire romain prêt à se dissoudre et met- . tant à sa disposition les forces imposantes qu’il commandait.

Galba était à Carthagène, où se tenaient les grands jours de la province qu’il présidait. Les envoyés de Vindex allèrent l’y joindre pour le presser de prendre un parti. Il reçut en même temps, du lieutenant de Néron dans l’Aquitaine, des lettres qnf le pressaient de marcher contre Vindex. Galba réunit ses amis pour en délibérer. Quelques-uns voulaient qu’on attendit des nouvelles de Home cl de l’Italie; mais Vinius, lieutenant de Galba, déclara hautement, que délibérer pour savoir si on resterait fidèle à Néron, c’était déjà lui avoir manqué de foi et que Néron le savait. Des ordres avaient été donnés, des as- .‘^assins envoyés contre Galba; tout étant compromis du côté

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de César, il fallait porter vers la guerre ses espérances et son courage.

Galba n’hésita plus , il se déclara publiquement contre Néron. 11 crut mémo devoir exposer avec une sorte d’appareil, pour dissimuler l’odieux de sa conduite, les crimes et les infamies de César : et il avait raison. La trahison est toujours lâche, môme quand elle perd les plus misérables; toujours indigne, même quand elle sert les plus glorieux. Un illustre proscrit, dont les historiens ne nous disent pas le nom, parut â côté de Galba, sur son tribunal, comme un témoin des iniquités du prince. Les images de tous ceux que Néron avait fait mourir furent exposées avec une ostentation qui semblait vouloir se rassurer elle-méme. Après avoir prononcé un discours plein d’invectives contre le souverain qui avait reçu son serment. Galba fut proclamé empereur. Il se crut bien sage en refusant la dignité pour n’accepter que le pouvoir, et bien habile de prendre simplement le titre de lieutenant du sénat et du peuple romain.

Ces tempéraments et cette mesure n’étaient pas dans la nature des choses ni dans le mouvement des affaires; il fut obligé d’en sortir. Il leva des milices, administra les provinces, se constitua un sénat, et laissa les gouverneurs établis dans les Espagnes le traiter en empereur. 11 fit plus, pour annoncer qu’il était César et qu’il avait sur tous pouvoir de vie et de mort, il porta sur la poitrine un poignard attaché à une chaîne d'or et pendu à son cou '.

Salvius Olhon, qui gouvernait la Lusitanie, fut le premier

1. SüKTONE. Vie (U (ialba, ch. xi.Ouand Vilellius dost'findil au Forum pour abdiquer, il diMacba le poignard qm pendait à .son cûlé cl le prêsenla au consul, comme pour se demeure <lu pouvoir de vio el de morl donl celle arme •'laii le symbole.

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à se déclarer pour Galba. Il avait à se venger de Néron, son rival, resté seul maître de Poppée. Il avait à réaliser peut-être l'espérance, déjà conçue, de se faire adopter par Galba qui arrivait à l’empire sans enfants et dans un âge avancé. Galba, très-attaché aux anciennes mœurs, avait la rudesse des camps et la simplicité des vieux Romains. Othon lui envoya les olliciers de sa maison et son argenterie, car il était naturellement magnifique. 11 importait beaucoup à Galba d’avoir un train de maison en rapport avec sa dignité, surtout dans un temps où ce qu’on venait chercher d’abord auprès du prince, c’était le luxe, les plaisirs et la faveur. Malheureusement pour Othon, Galba ne sut pas apprécier ce service.

La révolte do Vindex n’avait pas beaucoup ému Néron. Il ne vit là qu’une insurrection de peuples vaincus qui, loin de le mettre en péril, lui fournirait l’occasion de dépouiller les provinces et de s’enrichir. Il ne changea rien à son genre de vie; toutes ses journées se passèrent dans les gymnases et au théâtre; les courses de chevaux le passionnèrent plus que jamais, et tous les gouverneurs de province qui lui avaient mandé les nouvelles de la révolte, n’obtinrent aucune réponse de lui.

Il perd huit jours dans ce repos. Vindex, au contraire, agite les peuples, lève des milices, accroît ses alliances, et fait afficher dans les grandes villes, pour les détacher de Néron, des placards injurieux qui sont envoyés jusqu’à Rome. Dans ces placards Vindex traite Néron de mauvais musicien, d’incendiaire et de parricide. Incendiaire et parricide, passe; mais mauvais musicien! voilà ce que César ne saurait accepter. Il écrit alors au sénat pour le mettre en demeure de venger les injures faites au prince et à la république; puis, sans ajouter un mol sur ce grave sujet, il s’excuse sur un rhume qui le force

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à ménager sa voix, de n’ôlre pas revenu à Home, car VIndex a beau le Iraiter de mauvais musicien , cette odieuse calomnie prouve qu’on ne doit faire aucun cas des proclamations de cet homme. Tout le monde sait quels travaux Néron s'est imposés pour être habile dans son art, et ceux qui l'entourent peuvent dire s’il' existe un artiste de son mérite. ' l,es nouvelles des Gaules devenaient chaque jour plus graves et montraient Vindex à la tête d’une grande armée. Les plus belliqueux de tous ces peuples, excepté les Lyonnais, allaient à lui et se déclaraient en sa faveur. Néron partit pour Rome avec un empressement inquiet. Au milieu de la route et pendant qu’il était le plus agité, ayant vu représenté sur un tombeau un soldat gaulois vaincu par un chevalier romain qui le traînait par les cheveux, il sauta de joie et sur ce faible présage il passa de la crainte à l’espérance. Au lieu de convoquer le sénat et de haranguer le peuple, dès le lendemain de son arrivée, il manda les principaux sénateurs. On s’arrêta quelques instants à peine à délibérer sur les affaires publiques, après quoi Néron fit voir à ses conseillers un orgue hydraulique nouvellement perfectionné. Il leur expliqua minutieusement le jeu dés ressorts, la puissance et les ressources de l'instrument; puis il ajouta plaisamment qu’il ferait l’essai de ces orgues au théâtre si Vindex le permettait. Néron avait beau dire et feindre la sécurité, il était déjà saisi d'une inquiétude fatale qui troublait son intelligence en redoublant scs remords. Le feu de la révolte allumé par le Gaulois s’étendit bientôt comme un vaste incendie. L'impulsion qu’il avait donnée entraîna tout, peuples et légions, dans un mouvement Trrésistible.

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