‹ Néron, sa vie et son époqueChapitre 160 sur 215 · VII- PE NfinUN · texte numérisé non relu

VII- PE NfinUN

Au lieu de partir aveci’élronius, il resta dans Home pour proeiHlcr à rcnrôlcracnt des citoyens, l’eu se présentèrent. — Alors il obligea les patrons à lui céder leurs plus beaux esclaves, même les intendant.s. Les propriétaires de maisons dorent porter au fisc une année de leurs revenus. Les murmurescommencérent, quand on vit l'emploi que l’empereur faisait de ces fonds. Il forma une compagnie d'amazones avec toutes ses concubines, enrôlées et armées richement; on prépara des chariots en grand nombre pour transporter ses instruments de musique. — Parfois il prévoyait sa chute. « Qu'importe, disait-il en répétant son mot célèbre, l’artiste vit partout. » Un moment après, convaincu de la puissance de sa voix et de son mérite de comédien, il se vantait de terminer la guerre sans autre moyen d'action que son îalent. Arrivé dans la province, il irait seul se présenter aux légions rebelles, et là, son visage pâle, inondé de larmes, leur offrirait une telle image de la douleur, qu’il les ramènerait au devoir. Le lendemain, au milieu des armées réunies, il célébrerait cette victoire où le comédien aurait sauvé l’empereur. Il se croyait si sûr de luiméme, qu’on dut lui composer les vers qu’il chanterait à cette occasion. Néron n’avait jamais paru sur la scène pour jouer de la (lùte ni de l’orgue. Il n’avait jamais rempli des rôles de pantomimes; il fit vœu, s’il était vainqueur de ses ennemis, d’enlreprendre ce qu'il n’avait jamais tenté, et d’ajouter celle nouvelle glaire à ses travaux.

Pendant que la puis.sance impériale restait inerte et compromise par l’inaction de Néron, le monde romain se troublait, et les membres de ce grand corps, privés de lien, menaçaient de se séparer. Clodius Macer, qui gouvernait en Afrique, voulait.se rendre indépendant : il ne reconnut point Galba. Virginius lînfiis, qui commandait les légions de la

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liaule Germanie, refusa égalcmenl de se soümeltrc au nouveau Cùsar : il fut môme blessé dans sa fierté toute romaine, qu’un chef des Aquitains eût osé faire un empereur, et quoiqu’il eût ouvertement abandonné Néron, il marcha contre Vindex. Ses légions s’avancèrent vers Besançon comme pour s’en eraparcy. Vindex accourut à la tête de son armée pour défendre cette place; mais beaucoup plus engagé de haine contre Néron que de dévouement avec GaJba, il cliercha d’abord à se concilier Virginius qui pouvait l’accepter sans peine pour auxiliaire puisque tous deux étaient les ennemis de la môme oppression. Les armées étaient en présence pendant que les deux généraux traitaient de la paix. Il paraît qu’un accord se fit entre eux, on ne sait sur quelles bases; mais au moment où ils se séparaient en amis, les Gaulois'ayant fait un mouvement pour entrer dans la ville, une légion romaine les chargea, et chacun courant des deux côtés pour secourir les siens, le combat s’engagea contre l’intention des chefs. Vindex et .ses soldats; traîtreusement attaqués par les légions, sedéfendirentbravement et luttèrent avec cette valeur gauloise qui fut l’éternelle épouvante de Rome. Vingt mille hommes, du côté de Vindex, restèrent étendus morts sur le champ de bataille; lui-méme, indigné de sa défaite, se perça de son épée, refusant de fuir et de vivre puisqu’il était vaincu.

Les légions victorieuses de Virginius le proclamèrent empereur, mais il refusa cet honneur dangereux. Adversaire déclaré de Néron, il espérait sans doute que le sénat et le peuple se déclareraient pour lui. Eux seuls, disait Virginius, avaient le droit de choisir leur maître. S’il faut en croire Tacite, on ne peut pas affirmer qu’il n’a pas souhaité l’empire; toutefois, s’il reconnaissait au peuple seul et au sénat le droit de nommer l’empereur, il aurait dû rester fidèle à César que le sénat cl

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le peuple n’avaient pas encore abandonnô. 11 dut comprendre plus tard, en voyant les nombreux successeurs de Néron passer rapidement du Palatin aux Gémonies, tous également acclamés et proscrits par le même peuple et le même sénat, qu’il est des moments où l’empire se prend et ne se donne pas; mais que la grande alTaire, c’est de bien user du pouvoir de quelque manière qu’on l’ait acquis.

Les soldats 3e Virginius, irrités de voii' qu’il s’obstinait à refuser l’empire, regrettèrent d’avoir quitté Néron et témoignèrent le désir de revenir à lui sans s’inquiéter de Galba. Ce dernier, privé de Vindex, son soutien, et abandonné par sa cavalerie, venait d’échapper à des assassins introduits dans sa tente par un affranchi de Néron. Il prit la fuite, se retira dans la petite ville de Clunia, et là, se croyant perdu sans retour, il fut au moment de se tuer.

Si Néron avait eu dans sa dépravation plus de fermeté que d’emportement, s’il eût osé attendre, s’il avait maîtrisé ses remords qui lui créaient des fantômes, s’il se fût contenté de faire bonne contenance, l’inaction seule l’eût sauvé. La défaite de Vindex et la mésintelligence entre Virginius et Galba aura'ient suffi pour rétablir so.s affaires. L’accumulation des honneurs et de la gloire, la concentration des pouvoirs et des richesses, le souvenir lugubre des con.spira tiens et des morts tragiques entouraient la dignité impériale d’un prestige si tcrrililc, que la seule pensée d’arriver à cet extrême faite des grandeurs humaines faisait pâlir les plus grands courages et troublait les ambitions les plus légitimes. Les indignes seuls et les incapables, égarés par leurs appétits, osèrent se livrer à la fortune dont le flot les jeta dédaigneusement sur le trône, qui fut le piédestal de leur nullité ou de leur infamie. Le sénat et le peuple, les provinces et les légions comprirent

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alors, mais trop lard, que si rien n’est facile comme d’abandonner et de trahir César, rien n’est plus didicile que de le remplacer.

Néron laissa trop voir qu’il se croyait perdu : il se déserta lu i-même, il avertit les dévouements incertains qui l’entouraient que le moment était venu de s’éloigner. Locuste lui prépara, sur sa demande, un poison mortel qu’il enferma dans une boite d’or. Il quitta le palais et se retira secrètement dans les jardins de Servilius, sur le chemin d’Ostie. Cette villa, située aux portes de Rome, avait appartenu au second Brutes qui la tenait de Servilius, son père adoptif. Par la confiscation des biens de Brutus, ces jardins passèrent dans le domaine impé- * rial. Là, sur les bords du Tibre, où Néron se dérobait aux regards de la foule, Brutus et Cassius étaient venus autrefois conspirer la mort du dictateur. Sous ces mêmes ombrages, ils avaient préparé leurs âmes aux horreurs de la guerre civile. Elle les conduisit à Philippes où ils devaient combattre et mourir pour que le dernier César pût cacher ses terreurs suprêmes dans les jardins où leur courage était venu se recueillir.

Néron fut vainement sollicité par les événements d’agir en empereur, en patricien, en soldat. Il avait perdu dans un abaissement inouï et dans des folies prodigieuses, la juste notion des choses, l’appréciation raisonnable des hommes^ Il eut successivement la pensée d’abdiquer, de se réfugier chez les Parihes, d’aller se jeter aux pieds de Galba, d’assembler le peuple au Forum pour demander pardon du passé. S’il obtenait la préfecture de l’Égypte, il se tenait pour content. Le projet auquel il s’arrêta le plus longtemps et que suivit un commencement d’exécution, c’était de se sauver à Alexandrie. Les Grecs de cette ville l’avaient toujours admiré comme

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cliaiiliHir. Il envoya ses alTrancliis au port d’Ostie pour lui préparer une flotte. Kn mémo temps, il essaya lui-mùme de gagner à ce projet les tribuns et les centurions de la garde prétorienne.

Les soldats, très-dévoués aux Césars, l’auraient suivi bien volontiers s’il avait fait la guerre; mais ils refusèrent de s’associer à sa fuite. Un de ses ofBcicrs lui répondit sto'i'quement par ce vers de Virgile : ■ Est-il donc si malheureux de mourir? ' »

C’était, de la part du centurion, une amère' ironie. Ce vers du douzième livre de l’/iHtvVie.cst dans la bouche de Turnus, au moment où il prend la résolution d’en finir avec son ennemi par un combat singulier. Or, Suétone nous apprend que Néron, la veille de sa chute, se préparait à danser dans le ballet de Turnus; le centurion voulait faire comprendre à César qu’au lieu de singer les héros, il forait mieux de les imiter *.

Les prétoriens, qui ne pouvaient se résigner à suivre un empereur fuyant à l’aventure, avaient toutefois honte de l’abandonner après tant de bienfaits reçus, après tant de serments prêtés; mais un infâme, bonoré par Néron d’une fonction trèsimportante, lui prouva’ par sa trahison qu’il n’y a point de gvantie contre les misérables, et qu'on est tôt ou tard victime des hommes dépravés qu’on emploie. C’était ce Nymphidius- Sabinus dont nous avons déjà parlé, centurion dans la garde prétorienne, bientôt tribun, et plus lard préfet du prétoire avec 'figellin. Sou ardeur impitoyable à poursuivre les complices de Pisou lui avait mérité cet honneur. Il était de haute taille,

l. U.squp adeono mort miscrum est?...

VmuiLE, Ænfule, liv. XII, T. 6iC.

i SitiTO.'iE. l’Kifc A'éroii, rh. ii.vii.

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féroce (l'aspect, aussi débauché qu’on pouvait l’étrc à la cour (le Néron.

Plutarque assure que Nymphidius n’était pas fils deCaliguIa comme il s’en vantait, mais bien de Marcianus, céb’ïbrc gladiateur, que Nymidiidia, sa mère, avait recherché avec fureur'. Le préfet du prétoire n’en était (juc plus ardent à maintenir ses prétentions à passer pour lîls de Caligula. Il avait grand soin de répandre ce bruit et de l'accréditer : c’était une préparation à ses projets ambitieux. Cet homme, qui n’avait rien en lui que de vil, osait aspirer secrètement à l’empire. Ses moyens d’action étaient criminels; mais le mobile de celte ambition était encore plus ignoble. Le malheureux Sporus avait inspiré une passion furieuse au préfetdu prétoire, si bien que Nymphidius convoitait l’infamie de Néron pias ardemment que son pouvoir.

Plutarque. Vutde Galba, ch. z.

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