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‘on la rapprocliail (l(! son indignité, qu’il se perdit en dévoilant ses projets. Irrité d'apprendre que Galba avait nommé à sa place Lacon préfet du prétoire, il voulut engager les prétoriens à le proclamer empereur. Il se présenta la nuit dans leur camp pour dérober l’empire' comme un larron; mais les soldats saisirent avec empressement l'occasion de punir le traître qui les avait éloignés de César. Ils l’égorgèrent, et laissèrent son corps exposé aux mépris publics.
Pendant que Galba s'avançait du fond des Espagnes, Rome était le théAtre de désordres inouïs. A l'aspect de ce vieillard avare et goutteux, on regretta jusque dans le sénat le régne du dernier César et sa brillante jeunesse Les crimes des ministres de Galba, et leur avidité qui se InUait pour dévorer ce régne d’ün vieillard, favorisèrent l’ambitieux Otbon. Otiion trahit et fait égorger Galba. Les prétoriens, séduits par scs largesses, n’étaient plus qu'une multitude armée échappée è ses chefs. Otbon fut acclamé par eux. Après avoir traversé sur un char le Forum plein de sang, il alla s’installer au Palatin, amenant avec lui Sporus, comme s’il y avait où quelque chose de la gr.indeur impériale jusques dans l’infamie de Néron. peine il se réjouissait de son élévation, qu’on apprit la révolte des légions de la Germanie qui s’étaient données à Yitellius. L’autorité suprême ne pouvait être plus avilie, et dans l’opprobre du rival qu’on lui opposait, Otbon eut la mesure de son indignité.
Yitellius était un rustre, un glouton très-populaire parmi des soldats révoltés qui retrouvaient on lui tous leurs vices. Mignon de Tibère, cocher de Caligula, complaisant de .Messaline, riaqueur de .Néron, il s’était composé de toutes ces hontes
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une prodigieuse infamie. .\[jrc.s avoir dévoré l’héritage d'un fils empoisonné par lui, il ohlint un commandement pour fuir ses créanciers. N’ayant pas un écu, il vendit les boucles d’oreille de sa mère, laissa sa femme dans un grenier, et s’enfuit vers les cohortes de la basse Germanie. Elles le prorlamôrcnt empereur avec tant d’empressement, qu’on le fit monter en robe de chambre sur le tribunal pour recevoir le serment des soldats. Il en descendit bien vite pour aller se mettre à table, et depuis ce moment son régne ne fut qu’une çrgio. .\ Rome, le peuple demandait à grands cris la mort de Tigellin, l’accusant avec rai,son d'avoir perverti et perdu Néron. Othon se rendit populaire en cédant au vœu du peuple, puis il sortit de Rome avec scs légions pour aller combattre les lieutenants de Vitellius. Il allait à pied, nu-léte comme Cé.sar, et marchait avec ses soldats. Les Vitelliens le battirent à Bédriac. Découragé par ce premier revers, il voulut mourir. Après avoir commencé la guerre en imitant César, il la finit en se tuant pour imiter Caton. Dans ces .vertus de plagiaire, il n’y a rien que de la faiblesse. Le poids des affaires l’accablait, il avait usurpé l’empire pour échapper à ses créanciers, et, poursuivant sa fuite, il se tua pour échapper à scs ennemis.
Les" soixante mille hommes qui composaient l’armée de Vitellius s'emparèrent de l’Italie. Ils étaient désorganisés par la victoire et par l’immoralité de leurs chefs qui ne pouvaient rien leur défendre, ayant tout à so taire pardonner. Valons avide, pillard, débauché; Cécina plein d’orgueil et d’ambitiou. Celui-ci portait le sagum rayé et la braie des Germains; sa femme le suivait, montée sur un beau cheval couvert d’une housse de pourpre. Tandis qu'il s’entourait d’un appareil barbare, des troupes d’histrionset de cochers du cirque, ancien cortégi' de Néron, affluaient auprès de Vitellius.
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Ils (Haieiil venus de Rome s'associer à la fortune de leur ami. Yilellius passait, avec cette cour, les nuits et les jours en festins. 11 faisait distribuer à ses soldats d’énormes rations de viande comme à des gladiateurs. Des goujats, des valets d'armée, au nombre de plus de soixante mille, suivaient les cohortes et servaient le soldat. Cette multitude immonde s’avança vers Rome, ravageant les terres, pillant les villes, redoutable à ses amis comme à ses ennemis. Ceux qui résistaient à ces violences étaient égorgés par les Vitelliens. Après le massacre, les pillards se livraient entre eux des combats acharnés pour se disputer le butin. A Rome, l’alTrancbi Asiaticus surpassait les Hélius et les Polyclètes. Les cruautés, la débauche et .surtout la gloutonnerie de Vitellius furent l’étonnement et l’épouvante de la cité. Pendant les .sacriûces, il .se jetait sur les viandes à peine grillées et sur les gâteaux; son frère le ravit en lui donnant un banquet où l’on servit deux mille poissons et sept mille oiseaux des plus rares. Le souvenir de .Néron était alors si cher aux Romains, que pour se rendre populaire, Vitellius honora les mânes de ce prince par des sacrifices solennels et lui éleva des autels dans le Champde-Mars. Il promit aussi de satisfaire la curiosité publique en obligeant Sporus à paraître sur le théâtre. Sporug aima mieux se tuer que de subir cet alTront et les épouvantables caprices du public romain.
Pendant que Vitellius s’abîmait dans sa dépravation, l'astre nouveau des Flaviens se levait à l’Orient avec une majestueuse lenteur. L’Asie et l’Égypte avaient acclamé Vespasien. Un cortège de rois l’accompagnait dans Alexandrie, et les [leiiples reconnaissaient en lui l’envoyé divin qui devait régénérer le monde. Bientôt la force de ce nom et celte fortune nouvelle vinrent dominer l’Occident. Le Gaulois Vin-
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dex avait renversô Néron; un autre Gaulois brisa Vitellius. C’était Antonius, de Toulouse, un de ces rudes aventuriers qui violentent la fortune, la maltraitent, la battent, comme une prostituée qu’elle est, et passent sur le monde, éblouissants et rapides comme des éclairs. Après avoir défait dans plusieurs rencontres les lieutenants de Vitellius sous les murs de Crémone, Antonius livra la ville au pillage qui dura trois jours ; Crémone fut détruite avec ses habitants massacrés. On vit dans cette guerre abominable, un père égorgé par son lils;un frère demanda le prix du sang de son frère qu’il avait tué de sa main.
Vitellius, voyant sa ruine prochaine, consentit à traiter de son abdication avec Sabinus, frère de Vespasien. De tous les avantages de son rang, il ne regrettait que la table. Il vendit l’empire pour une rente viagère; mais quand il descendit au Forum, conduisant son fils par la main pour abdiquer le pouvoir suprême, le peuple, qui s’armait pour lui, ne put souffrir le spectacle de sa dégradation. Soit indignation, soit pitié, il le força de rester dans le rang où le peuple et les soldats l'avaient placé.
Sabinus, qui avait déjà proclamé son frère, sortit de sa maison pour inaugurer le règne de Vespasien. Les prétoriens et le peuple écrasèrent sa petite troupe. Il se jeta dans le Capitole avec quelques amis. Les Vitellicns l’y attaquèrent et mirent le feu aux portes pour n’avoir pas l’ennui de l’assiéger. Dressé par le danger, Sabinus fit des barricades en jetant péle-méle, dans les issues ouvertes par le feu, les statues des héros et des dieux, reliques et chefs-d’œuvre, redevenus des pierres sans valeur et sans nom. Dans le désordre du combat, l’incendie monta jusfju’au temple de Jupiter qui fut entièrement détruit. Les Vitelliens entrèrent avec les flammes. Sabi-
nus (ut üttorgû, el sûn corps resl;i exposé sur les degrés des <îéinoiiies.
Aiilonius arrivait au secours des Flavicns, quand il reçut, près des Ûoclies-Rouges, la nouvelle de ce désastre. Ses légions victorieuses entrèrent dans 'Rome pour combalü’e les prétoriens et le peuple, résolus de mourir pour leur indigne César. Le combat, après s’ôtre engagé dans les faubourgs, continua dans les rues cl sur les places publiques. On était au mois de décembre, si bien que, par une étrange coïncidence, la guerre civile et les saturnales troublèrent à la fois el souillèrent la cité. Rome ollrait un spectacle atroce et repoussant. Ici les morts, le sang el la lutte acharnée; là des bains ouverts, des tavernes fumantes, el les joies de la débauche. Les oisifs du Forum et les habitués du cirque observaient les combattants du haut des terrasses, applaudissaient aux plus braves, el jouissaient de la guerre civile comme d’un spectacle. Les vaincus étaient accablés de malédictions et poursuivis par des huées. Quand les fluctuations de la lutte déplaçaient le combat, ces spectateurs désintéressés par leur infamie descendaient pour piller; ils dépouillaient ceux qu’ils n’avaient pas vaincus, arrachaient les fuyards de leur retraite el les égorgeaient sans haine comme sans pitié. Ailleurs des voluptueux étendus sur des lits, avaient pour iiitcrmède du festin le spectacle des batailles et des incendies. Au milieu de ce désastre ils dégustaient leurs vins, se couronnaient de roses, souriaient à des femmes nues, ri dans leur indifférence pour les maux de la patrie, ils disaient qu’il est doux de vivre en écoutant des cris de mort.
Malgré leur petit nombre, les prétoriens retardèrent leur défaite par leur courage désespéré. Après avoir défendu la ville, ils se fortifièrent dans leur camp. On les voyait,
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mourants et blessés, se traîner sur les remparts cl soutenir encore le combat. (Juand ou cul brisé les portes, ceux- (jui restaient encore debout affrontèrent l’ennemi victorieux; ils tombèrent tous frappés par devant, uniquement préoccupés en mourant de mourir avec honneur. Un égal courage, une mémo fidélité, avaient honoré la défaite et les funérailles d’Othon. Tous ses soldats auraient voulu se sacrifier pour lui. Plusieurs s’élaient percés de leurs épées pour ne pas lui survivre, lei uns autour du bûclier, les autres dans leurs , stations en apprenant sa mort. Quand on voit les Othon et les Vitellius, acclamés avec cet enthousiasme malgré leur abjection, et servis avec ce dévouement féroce qui ne veut pas survivre à leur ruine, on peut justement apprécier ce qu’étaient la faveur de ces multitudes et la fidélité de ces légions.
Pendant que les prétoriens se défendaient dans leur camp, Vitellius s’était fait porter secrètement sur l’Aventin, dans la maison de sa femme. Agité de frayeurs, il sortit de cette retraite et revint au Palatin. Déjà l’épouvante en avait chassé tous ceux de sa maison: les rares serviteurs qui l'avaient ac.compagné l’abandonnèrent, et il se trouva seul. 11 s'avancait en tremblant dans cette solitude solennelle, et le silence imposant de la demeure impériale le rempli-ssait d’effroi. Il ouvrait avec précaution les grandes salles sonores et vides, et la froide majesté du monument écrasait sou indignité. D’affreux souvenirs le glaçaient de crainte. Devant cet autel (Jthon avait trahi Galba; sous cette voûte Gains était mort assassiné, et dans cette chambre. Locuste avait préparé le poison de üritannicus. Le malheureux prit la fuite et courut se cacher dans un réduit.
On vint l’en arracher pour le traîner aux Gémonies, où le cadavre de Sabinus l’attendait. Il fut accablé d'imprécations
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et d'injures par la foule, qui so ruait sur lui avec une émulation féroce et qui le perça de mille coups de poignard. Tout ce qui est vil, outrage, et tout ce qui est lâche, frappe sans pudeur, loin du dangeV.
Nymphidius et Galba, Olhon et Vitellius, moururent ainsi. Ces fantômes d'empereurs, successeurs rapides de Néron, ne sont connus que par leur impuissance et leur chute. Pendant quatorze ans, Néron avait su contenir, occuper, nourrir le peuple romain; et quelques guerres heureuses et justes n’avaient pas même troublé les fêtes, les travaux, les splendeurs de la paix qu’il donnait au monde. Aucun de ceux qui vinrent apres lui, et que nous avons nommés, ne put remplir sa tâche, même pendant quelques mois, et tous, sans en excepter le jeune Domitien, qui fut maître de Rome en l’absence de son père, égalèrent les excès et les vices de ce Néron qu’ils étaient loin de remplacer. Au milieu des horreurs de la guerre civile, à travers ces changements de règne, le peuple romain ne s'entretenait que de son cher Néron, il s’obstinait à croire que son prince vivait encore, il se consolait du malheur des temps par l’espérance de son retour. ' .