I. Zo.s.tHE. .<1111., liv. .\I, cil. XVIII
son püiÿ,'nard. Üomilien le lit tuer dans le seul but de persuader au peuple que l’alTranchi avait osé porter la main sur la personne sacrée de César. II lui infligea le châtiment pour faire croire au crime et décourager l’espoir des Romains.
Le temps emporta dans son cours ces illusions et ces regrets; mais le peuple conserva toujours l’affection profonde que Néron lui avait inspirée, et, désespérant de le revoir, il resta Udéle à son souvenir.
Les Romains ne partagèrent jamais ni la hainedes historiens latins déchaînés contre Néron, ni la juste horreur qu'il inspirait aux chrétiens des premiers siècles. Non-seulement sa popularités survécu aux calomnies et aux anathèmes; mais on peut affirmer qu’elle s’en est accrue. Bien loin de le diminuer, ce concert de malédictions l’a grandi. Néron est devenu la personnification du despotisme et de la cruauté; et, comme, c’est le propre de la faiblesse humaine de vénérer tout ce qui la domine et l’épouvante, les proportions colossales de sa perversité ayant saisi les imaginations, en le faisant terrible on l’a rendu considérable.
Pendant, les premières années qui suivirent, sa mort, ses ennemis eux-mémes restèrent sous une impression de respect et de frayeur involontaires, mêlés â leur joie. Un des historiens de ^éron succomba foudroyé par cette terrible mémoire. 11 se nommait Fannius. Pendant qu’il écrivait la vie du dernier César, il fit un songe. Il crut se voir lui-méme couché dans l’attitude d'un homme qui étudie : il avait son manuscrit sous la main. Néron lui apparaît et vient s’asseoir sur sa couche. Ayant saisi le premier livre déjà publié, il lut jusqu’au bout le récit de ses crimes, parcourut avec attention le second, le troisième livre, et sortit après. Fannius fut saisi de frayeur.
Il resta (lersuadé qu’il n’écrirait pa.« de cette histoire plus
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long que Ni'iron n’en avait lu, et en effet il resta si frappé de sa vision, qu’il en mourut et laissa son fcuvrc inachevée
Les chrétiens des premiers siècles furent également, à propos de Néron, tourmentés de souvenirs, de frayeurs et d'opinions extraordinaires. Les uns croyaient qu’il ressusciterait à la fin des temps et qu’il partagerait l’empire du monde avec Tantechrist. D'autres affirmaient qu’on Tavait guéri de sa blessure et qu’il était encore vivant. Lactance et Sulpice Sévére préteiident qu’on n’a pas retrouvé son corps. On disait que Néron, caché dans une retraite profonde, se conservait dans toute la force de Tâge pour son second avènement. Ainsi Tenfer aurait comme le ciel son prophète, son Élic affranchi de la mort.
Une ancienne tradition nous apprend que vers la fin du onzième siècle le peuple de Rome fut épouvanté par des fantômes, par des bruits nocturnes et par d’effroyables visions. L’auteur de ces prodiges était Néron enseveli sur le Pincio ou retenu captif dans un souterrain. Pascal II, aussi pénétré que ses prédécesseurs de bonté paternelle pour le peuple et animé de cette bienveillance que les souverains-pontifes ont héritée des Césars, crut devoir tenir compte de ces frayeurs qui étaient une calamité publique. On exorcisa le quartier, on bâtit à cette occasion l'église de Sainte-Marie du Peuple, qui existe encore aujourd’hui, et les habitants du Pincio ne furent plus inquiétés par Tombre de Néron.,
A la distance qui nous sépare des Césars on peut dégager la vérité du mensonge et rendre justice à Néron lui-raéme. L’antiquité nous montre déjà quelques intelligences d’élite qu