‹ Néron, sa vie et son époqueChapitre 2 sur 215 · I. Pai'savias, d$ l’Achaïf, ch. xvii · texte numérisé non relu

I. Pai'savias, d$ l’Achaïf, ch. xvii

INTUODLCTION

cçUe histoire. Le bruit, réclalct le succès récompensent au delà de leur mérite lesliéros du scandale; on doit leur refuser son admiration. Ces fiers serviteurs de leurs mauvais instincts commencent l'épopée do leur fortune par ce qu’il y a de plus facile dans la vie humaine, l’intempérance, la révolteet remportement. (jiiand il a fallu gravir péniblement le chemin montant du devoir, la constance et le courage leur ayant inamiué, ils se sont précipités dans toutes les pentes avec des airs de triomphe et sont descendus vers les bas-fonds. Par cette première abdication de la pudeur.ct de la justice, tout homme, si grand qu'il puisse être par le rang, par le talent et par la destinée, se déclare inférieur, et I on doit s’en tenir à cet aveu.

■ Toutefois, si l'on refuse aux crimes exceptionnels et aux grands coupables l’admiration et la sympathie, souvent, par un mouvement de curiosité irrésistible, on les honore d'une attention particulière qu'obtiennent rarement l'honneur et la vertu. Le propre de l’esprit humain est de so porter vers ce qui l’étonne; les monstruosités morales l'attirent comme un abîme; et quand il s’arrête à considérer les grands coupables, il cherche, jusque dans l’horreur qu’ils inspirent, quelque chose des secrets de sa destinée. Tout ce qui étend la sphère d’action où se meut notre liberté, dans le bien comme dans le mal, nous intéresse à l’égal d’une question personnelle, et nous étudions curieusement les écarts de vice et de vertu pour savoir jusqu’où nous pourrions aller; de tous les spectacles, en un mot, il n’en est pas. comme dit Juvenal, qui nous émeuve autant que les choses de la vio humaine. '.

Tanta majores huiiiaii.a negolia ludi.

JcvÉVAi , Si(. l'v, T. soi.

INTRODUCTION

Encore faut-il choisir dans cel ensemble de faits, d'idées et de sentiments, les plus dignes de captiver notre attention : certes ce ne sont pas les jeux de la fortune, ni les chances diverses du hasard, ni les vicissitudes d’une ambition qui aspire au pouvoir et aux richesses, mais bien les luttes intimes et les secrets combats que chacun de nous soutient en lui-mérac avant d’écouter le devoir ou la passion. La grande affaire de l’homme, en effet, est de chercher, avec tout ce qu’il a de probité dans l’esprit, quelle est la loi morale qui le gouverne, et, cette loi reconnue, delapratiqueravectoutce qu’il a découragé dans le cœur. Dans les grands mouvements des peuples, bataillesou révolutions, tout ce quiest apparence et qui attire les regards est bientôt vu; mais le mobile des actions, la vigueur * des sentiments, l’âme des faits, voilà ce que nous voulons pénétrer et sentir parce que c'est là qu’est toute l’importance des événements. Hsl-ce le luxe et l’appareil étalés autour de ceux dont l’influence et l’autorité nous gouvernent que nous regardons avec le plus de curiosité? Non : ce sont les singularités du caractère, les modes particuliers de leur humeur, l’arrangement de leur vie intime, tout ce qui peut nous révéler leur pensée secrète ; et nous voudrions lire jusque dans les derniers replis de leur âme parce que c’est là que réside leur mérite réel et leur véritable grandeur. Ce qu’il y a de plus remarquable dans leurs prospérités et dans leurs revers, c’est façon dont ils les portent; et le plus admirable est celui qui en face de la fortune, maître.sse des événements, souffre qu’elle trouble ses projets, mais lui interdit «on âme. Voilà le grand intérêt, voilà le beau spectacle ! c’est le travail intérieur de l’homme sur lui-môme quand il .se provoque aux dévouements ou qu’il s’abandonne aux làcnelés.

-Cela posé, on doit reconnaître qu’il n’y a pas d’homme ni

IM UODlcriON

ilo souverain ijui mérile comme .NiVon tl’allirer l'aUcntioii du moraliste. 11 a voulu énergiquement et pratiqué avec ardeur tout ce que le vice et la vertu ont de plus extrême, et sa vie, qui se compo.«c des actions les plus contraires, a dû exciter au plus haut degré la sympathie et l’iiorreur. Les cinq premières amiécs de son régne pénétraient d’admiration l’empereur-raodéle, Trajan, qui no voyait, dans la vie des plus grands princes, rien de comparable aux commencements de Néron Hientôt après, les crimes atroces et multipliés, les excès monstrueux, les prodigieuses démence.s, éclatent à la fois et frappent le monde d'une terreur qui dure encore. Ce qu’il y a de plus inouï dans cette existence étrange, dans ce règne d’où le peuple romain sortit comme d'un rêve, c’est que te Néron, qui est resté dans la conscience du genre humain * comme le type de la débauche et de la cruauté, fut en même temps le plus populaire, le plus aimé, le plus regretté des empereurs.

Nous ne pouvons pas oublier que l’amour de l’art pour l’art et la glorification du travail, abstraction faite des moyens et du but, furent la politique dc Néron. Notre génération, qui a reproduit cette doctrine et placé le peintre, le sculpteur et le comédien au rang qui leur sont dus, ne saurait refuser son attention impartiale au César qui fut un artiste passionné.

Nous nous devons à nous-mêmes de chercher s'il n’y a pas, à cûté de tant de crimes, comme un prétexte à l’indulgence pour l’homme qui estimait son talent plus que sa dignité, pour l’acteur qui aimaii mieux charmer son public que de

I Quinqucnniuin (amen tnnlus fuit, aui'omli ur}>6 mnki.ne. ut merito Trajuiius saepius ICsUrctur, procul «lifforro cuncios principe* Neronis quinquen* nio, AimEui * Victor, Vi# rfc Acron. *

IN ruoni (•.TioN

l’asjL'rvir, pour le prince qui regrellait en mourant beaucoup plus son art que son empire *. Qtialis artifex \wreo.

Ce Néron d’ailleurs, si déj'radô, si cruel, si épouvantable qu’il puisse être, fut indij'uetnent calomnié par les plus grands historiens; et si nous lui devons la justice, nous nous devons à uous-mêine la vérité. Il est reconnu quo la mémoire de Néron, chère à la multitude, importunait les Flaviens Le dernier Cé.sar était mort depuis longtemps que le peuple s’obstinait à espérer son retour, et qu’en regardant du Cliamp-de-Mars le tombeau des Domitius sur la colline des jardins, il protestait contre le monument funèbre, l’accusant de mentir au vœu le plus ardent des Romains. Il fallait à tout prix amoindrir et décourager ces regrets, en rendre l’objet odieux et faire disparaître la grande ombre qui se levait entre le peuple et les nouveaux Césars. Au nombre des lettrés qui servirent ces

intérêts politiques, il faut compter Pline le Naturaliste, l’ami

de Yespasien; Pline le jeune, grand admirateur de son oncle; Suétone, qui sous Domilicn et sous Adrien avait un emploi dans le palais; Tacite enlin, le plus considérable d’entre eux. qui fut appelé à la vie publique par Yespasien, grandi par Titus et comblé par Domitien ■■>. Clients et créatures des nouveaux Césars, tous ces hommes ont écrit contre Néron avec une partialité si évidente qu’elle n’est contestée jjar peV.sonne : Josèphe, leur contemporain, les accuse formellement d’avoir altéré la vérité et calomnié Néron ‘. D'autres bistoriens, il est vrai, jugèrent trop favorablement ce même prince, et Josèphe

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