JosfepiiE, tlisloire fit'S Juifs, liv. XX, ch
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leur reproche aussi celle parlialité; mais les œuvres de ces derniers ne sonl pas arrivées jusqu'à nous. Après Tacite et Suétone, les Pères de l'Église sont venus, pénétrés d'une juste horreur pour le premier persécuteur des chrétiens. Les voix favorables à Néron restèrent étouffées sous une réprobation générale, si bien qu’il nous est seulement connu par ce qu’ont dit de lui ses ennemis et scs victimes. Quelle mémoire résisterait à de tels jugements?...
Ce .serait une pensée coupable que de soutenir la thèse contraire par amour du paradoxe, et d’entreprendre la réhabilitation du dernier César. Le mérite d’une originalité ridicule ne doit tenter personne. Car l’histoire n’est pas un jeu, et c’est un devoir pour l’honnête homme de llétrir un despostisme dans lequel il n’y a rien de bon que les haines qu’il inspire.. Tout ce qui dégrade et réduit l’homme resteà jamais odieux, et nous devons penser avec Pline l’ancien que la nature ellemême ne reste pas insensible et qu’elle se réjouit à la chute des tyrans*.
L’époque où ce caractère étrange et violent s’est déchaîné sur le monde est peut-être encore plus singulière et plus extraordinaire que le héros. Combien d’éléments opposés et de principes contraires se heurtent à la fois!... L’esprit du paganistae et le génie romain, exagérés l’un par l’autre, s'égarent au milieu des lénèbres dans les excès d’une suprême orgie; cependant les premières lueurs de l'aube chrétienne apparaissent à l’horizon. Bientôt le combat s’engage entre les ombres silencieuses et douces des catacombes et es rudes lutteurs du monde païen. Il faudra quatre siècles de tortures
t. On rapporte qu'au nintnciit où Penys, tyran Je .Sicile, fut cliassd Ju trùne, la mer, par un proJige, devint douce dans le port pendant un jour. Pr.iNE, liv. Il, ch. CIV. Tradtulion de E. Littré.
INTRODUCTION
el d'immuable risignalion pour fatiguer la rage des bourreaux athlétiques qui tenaillent les victimes. Aux excès d'une cruauté sans frein 'elles opposent le long gémissement d'une douleur inépuisable. Les saints luttent contre les scélérats, les misérables calomnient les héros. Saint l'aul chargé de chaînes, parait devant Néron, Tigellin per.sécute Thraséas. C'est la vieille guerre du bien et du mal, c’est le duel séculaire de deux principes qui recommence avec un surcroît d'énergie. Spectacle merveilleux qui retient longtemps attachés les regards, l'esprit et le cœur de ceux qui s’arrêtent à l'étudier; il produit toujours ce résultat qu’après avoir essayé de posséder ce grand sujet, on se sent à son tour possédé soi-même et en quelque sorte travaillé par lui. Il faut alors le subir et lui donner de son tem(is et de .sa vie tout ce qu’il veut en prendre.
Dans la condition d'infériorité ou l'excellence d'une telle matière place l'écrivain, il ne lui sullit pas d’une étude et d'une application ordinaires; il doit sc donner les soins modestes et minutieux de l’ouvrier, se résigner à la patience lente du mineur qui travaille dans l’ombre, s'exalter parfois comme le soldat et se passionner comme l'artiste; il doit vaincre les défaillances, les découragements et les doutes, |>rovoqiier enfin les efforts suprêmes qui nous arrachent le fruit des entrailles, car la profession de l'écrivain a cela de cruellement suhlimi' qu’elle réunit toutes les fatigues du travail à loules les douleur.s de l’enfantement.
A côté de ces rudes épreuvc.s, l’étude patiente et recueillie d'un passé si loin de nous a l’avantage d’amoindrir les intérêts secondaires, d’élever nos cœurs au-des.sus des passions du moment et d’êlrc pour l’intelligence comme un changement de climat. Ce n’est pas é dire pour cela qu'on puisse en racontant la vie du dernier César se désintéresser des causes
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et des agitations qui l’ont troublée; le spectacle des passions en lutte dans ce grand combat de la vie, ne saurait nous trouver indiiïércnts, et l’iiistoire du monde n’a pas de faits iûiportanft dont la solidarité humaine ne fasse arriver l’émotion à notre cœur à travers le temps et l’espace. Seulement on n’a pas cherché dans un siècle éloigné de nous des motifs de haine contre l’époque où nous sommes; on n'a pas indiqué des analogies avec l'intention de flétrir dans le passé ce qu’on n’oserait attaquer dans le présent. Au contraire; après avoir sérieusement étudié un ordre social et politique où les antipathies de race, les rivalités de condition et les haines de parti maintenaient la guerre dans la cité, on a mieux apprécié le bonheur de vivre sous une loi morale plus parfaite et d’obéir à des maîtres plus doux.
Ce n’est pas à dire non plus, que de ce livre épuré de toute mauvaise intention, il ne ressorte aucune vérité dont l’application puisse être faite au temps où nous sommes. Ce sont toujours les mêmes grandes questions qui s’agitent dans des circonstances diverses, et l’enseignement de l’histoire, qui est l’expérience de l’humanité, ressort des faits sans incertitude quand ils sont fldèiement exposés. S’il est vrai, comme nous l’entendons souvent répéter, que les questions matérielles gagnent en importance tout ce que perdent les intérêts d’un ordre supérieur, on ne trouvera pas hors de propos les récits où seront dévoilées la misère morale et la décadence d’un grand peuple qui a commis tous les crimes et connu toutes les hontes quand il n’a plus cherché que la satisfaction de ses appétits grossiers. Les esprits superbes qui restent convaincus, après tant d’épreuves et de tenlptives inutiles, que le sentiment de la dignité personnelle, la conscience et l'inslinct de la liberté suflisenl, sans autre secours, pour maintenir les
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liommos à la hauteur de leurs devoirs et de leurs droiis, verront le stoïcisme, cette grande manifestation de l'énergie individuelle, rester inaccessible au vulgaire et ne pénétrer que les grands cœurs. Ces héros martyrs de leur fierté, artistes sublimes en vertu, font de leur vie un grand réle, de leur mort un dénoùment de tragédie et laissent toujours après eux des exemples de courage qui font pâlir le tyran, mais qui ne relèvent jamais l'esclave. Quant aux politiques dont I habileté SC joue autour des principes et des devoirs, et pour qui la grande alTaire est d’être le plus adroit ou le plus fort, ils auront à méditer sur le sort d’un (leiiplo et d’un prince étroitement unis par les inlérôLs, les goûts, les sentiments communs; le prince prodiguant ses trésors et lui-même dans des largesses et des spectacles de chaque jour; le peuple adorant comme un dieu ce Néron dont il garde encore le souvenir; et cependant prince et peuple, trahis et conTondus, quand l’nn a toute la force et l’autre toute l’autorité, sont violemmentet contre leur gré fatalementséparés l'un de l’autre; le peuple dominé par une opinion qui se produit en lui, contre lui-même; le prince chassé par des bruits, par dos rumeurs et comme proscrit par la conscience publique. Ils comprendront alors qu’il est de grandes épreuves dont l’habileté seule ne triomphe pas; des misères morales que la prospérité matérielle dissimule mal, et, qu’en un mot, la durée des gouvernements et la prospérité des peuples exigent une certaine somme d’honnêteté, de justice et de dévouement que ne suppléeront jamais l’intelligence, ni la gloire, ni le génie.
Les principes qui gouvernent aujourd'hui notre société étaient à l'état de rêve et d’espérance dans quelques rares esprits pendant le règne de Néron. L'Église et la papauté, deux aspects d’une même chose, naissaient alors et s’établis-
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saient dans le monde, méprisées du pouvoir, méconnues des penseurs, ignorées du peuple. Bientôt furent examinés les titres de la religion nouvelle à la vénération des hommes; bientôt les civilisations orierttale, grecque et romaine eurent à vérifier la vie, la morale et la divinité de J.-C. qui ne se perdaient pas dans la nuit des temps. S’il était vrai, comme certains d'entre nous le disent, que les rapports de l'homme à Dieu dussent être réglés par un nouveau culte, la société moderne n'en devrait pas moins ses adieux attendris au christianisme qui éleva son enfance; qui nous reçut esclavc.s, abrutis, paresseux, dans ses bras dévoués, et qui nous en voit sortir intelligents, laborieux et libres. Sans le secours prédit et nécessaire de la seconde révélation, le paganisme et la barbarie dégradant à la fois l'humanité, notre faible nature serait descendue sans retour dans des abîmes d'abrutissement et de misère. C'est dans le* christianisme seul que le Prométhée de la fatalité antique a puisé les forces nouvelles et la vigueur d'esprit qui lui font négliger son bienfaiteur.
Qu'il se réjouisse donc et qu’il marche dans ,1a voie qui s’ouvre devant lui; qu’il possède fièrement, comme une conquête de son intelligence, les dons qu'il a reçus du Dieu conservateur de l'humanité. Il aura bientôt dévoré cette part d’héritage loin de la maison paternelle. C'est alors que le nouvel enfant prodigue, las et découragé, se souviendra du foyer domestique et viendra chercher la sauté là môme où il devrait se souvenir qu'il a reçu la vie.
VIE DE NÉRON