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par les dépouilles do la Gaule et par l'or de César ' . César pouvait prolonger d’un siècle la Hépublique et le rogne des lois, s’il avait mis au service de sa patrie l’âpreté d’ambition dont il poussait sa fortune.
César a donc commis un grand crime en usurpant le pouvoir suprême, et sa cause est mauvaise comme l’alDrme Quiptilien*.Pour juger de la moralité de son œuvre, il suHit de voir quels sont parmi ses successeurs les princes qui s’aulorisent do ses exemples. Les Caligula, les Néron et les Domitien invoquent César pour justifier leurs actions les plus condamnables; c’est au nom de César qu'on les sollicite à la tyrannie. Le divin Jules réunit tous les peuples dans une commune servitude et l'on a pu dire avec raison que le genre bumain tout entier était comme un mendiant à ses pieds En remplaçant ainsi les lois et la constitution de son pays par les jeux de la force; en substituant pariout sa personne aux dieux et â la patrie, objet de tous les dévouements, César abolit la justice et la vertu dans le monde; il devint le type des tyrans, et fut le corrupteur du genre humain; ce n'était pas son dessein, mais ce fut son œuvre.
Immédiatement après la mort de César, on eut dans l'aspect de la cité et dans l'émotion populaire rex|)ression exacte d(!S nouveaux rap[)orts établis dans Home entre les divers corps de l'État et hors de Home entre la ville et les provinces. Tandis que le peuple et le sénat, les amis et les assassins du dictateur, restaient immobiles et consternés, les uns aussi embarrassés de leur succès que les autres de leur douleur, les étrangers témoi-
t. Gallornm capUis spoliis cl Canaris aiirn.
LixaI-v. la flai'ia/e, chant iv, vers 8ît. i. De llnslilul. Oral., liv. 111, cli. viii. — lit., liv. IX, ch. il.
3. La Ci-Kirt, par le com'c Fa.i.sz ni: ChaupaMT. T. !■', p. I»l, 3' édit.
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gnèrcnl par leur alll'Clion , leurs regrets et leurs plaintes, qu'ils avaient l'intelligence de la révolution accomplie par César : Pendant que les pontifes refusaient de recevoir au Capitole le corps du dictateur, on les vil pleurer et se lamenter dans le Forum autour de son bûcher et veiller plusieurs nuits de suite auprès de ses cendres. Ces Germains cl ces Grecs, ces Africains et ces Juifs comprenaient qu’ils avaient perdu leur protecteur. Le premier de tous les Romains, il n'avait pas sacrifié l'Iiumanilé à la patrie, et ces nations poursuivaient de leurs justes regrets le vainqueur assez grand pour faire peser sur Rome et sur les provinces une égale domination. .
Nous seuls. Gaulois do Vercingélori,\, étions en droit de maudire la gloire de César cl sa cruauté basse envers le héros de notre indépendance. Paul-Émile avait usé de toute son influence pour adoucir le sort de Perséo; Scipion l’Africain avait traité Syphax avec douceur. Vercingétorix ne méritait pas d'étre étranglé dans l'ombre au fond de ce 'i'ullianum que César auraitconnu peut-être, si on availpuni tous lescomplices de Catilina.
On se demande pourquoi César, dont l'âme béro'ique inclinait à la généro.silé, fut cruel cette fois envers un si noble ennemi. Dans une si belle occasion de se montrer clément, pourquoi l'avons-nous éprouvé si étrangement impitoyable?... C’estau fond de son cœur qu’il faut clicrcbcr l'explication du mystère. On pourrait dire que sa clémence était un procédé politique plutôt qu’un sentiment, une vertu d'imitation que lui imposait son désir d’égaler Alexandre, et que la cruauté de Marius était dans son âme. C’est dans les rei)lis les plus cachés du cœur humain qu'on doit chercher les raisons do cette haine qui ne fut pas désarmée par la victoire. Nos a'ieux
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étaient réternel elïroi du peuple romain; aux jours des extrêmes périls, un Gaulois et une Gauloise étaient enterrés rivants dans le Forum pour apaiser les dieux. L’homme qui représentait la fiéro indépendance des Gaules, dut exercer une égale fascination- sur celui qui personnifiait le génie romain. Vercingétorix fut le plus grand obstacle à la fortune de César, l'adversaire assez redoutable pour l’arrêter dans ses projets; trois cent mille hommes s’étaient levés à sa voix; à ce moment, César douta peut-être de sa fortune et ressentit une impression de crainte. Voilà ce que la férocité de l'orgueil ne saurait pardonner. L’homme qui avait tenu en échec la destinée de César cl fait arriver le péril si prés de son coeur, celui-là était le rival de nature, l’ennemi de race, il devait mourir. Au lieu de s'honorer lui-même dans un si noble adversaire, César fut vulgairement haineux et se vengea lâchement de notre héros avec tout le cynisme de la cruauté romaine. ’ '
Le souvenir do Vercingétorix proteste énergiquement dans noire e,sprit contre l’admiration que la générosité de César inspire. Cette mort prouve qu'il n’y avait pas ombre de vertu dans les brillantes qualités du Uomain. Il était clément par goût et magnanime par plaisir; que son humeur change, vous le verrez suivant la circonstance, le plus féroce des Romains contre l'iiumanité, le plus hardi des barbares contre Rome. César, comme le dit Plutarque, n'a jamais su se commander à lui même ; la grandeur morale lui a manqué. Lnlre le paganisme épuisé et le christianisme nai.ssanl, il apparut; il établit, sur les ruines des religions, des mœurs et des lois, un pouvoir de fait formidable; mais pour qu'un homme ait pu s’élever à ce haut point de puis.sance politique, il a fallu que l'humanité fût descendue au degré moral le plus bas.
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La paix universelle, la fin des discordes civiles, la Irôvc entre les nationalités rivales sont, il est vrai, le bienfait immédiat de l’Empire romain; mais cet heureux résultat fut suivi d'une prostration générale, d’un affaissement universel qui livra le vieux monde à l’invasion du christiarfisme et des barbares. Tout ce que Rome nous a transmis de bon et de vivant, nous vient de la République. Les colonies qu’on essaya de fonder sous les empereurs, s’établissaient péniblement pour disparaître aussitôt : Tacite nous en dit les raisons *. Ce fut le vieil esprit romain conservé dans les municipes de l’Italie et fondu avec l’élément chrétien, qui donnd naissance à ces grandes Républiques du moyen-âge, si vivantes et si glorieuses pendant plusieurs, siècles. Estimons-nous heureux à notre tour, que l’amour de l’indépendance, l’esprit gaulois et la bravoure des a'ieux, aient survécu à la conquête de César et à l’influence de l’Empire romain.
Ni la gloire ni le génie ‘des hommes exceptionnels ne doivent nous rendre indulgents pour les scélératesses et les vices que leur supériorité fait ressortir au lieu de les voiler. Il no faüt pas que cette supériorité nous impose; dans un temps où la libre pensée de chacun peut nier impunément et diminuer Dieu, il n’y a pas à se gôper avec les grands hommes. Ouvriers aveugles de la Providence qui les pousse, ils n’ont jamais le mot de leur destinée. Ils ignorent absolument l’excellence de l’œuvre qu’ils accomplissent. Dieu fait travailler et marcher devant lui les conquérants comme des serfs attachés à la glèbe des champs de bataille, et quand ils ont fait leur journée, il les renvoie, les humilie, et brise parfois comme verre ces grands ambitieux qui le servaient à leur insu. Cé.sar