‹ Néron, sa vie et son époqueChapitre 6 sur 215 · I. SÉsÉguE. Traité dt la clémtnct, liv. !•', cli. xxiii · texte numérisé non relu

I. SÉsÉguE. Traité dt la clémtnct, liv. !•', cli. xxiii

VIE DE NÉRON

l'arène des gladiateurs; alors, ponr ëlader la loi, les nobles matrones se faisaient inscrire au nombre des prostituées, et les sénateurs tâchaient d’encourir une condamnation qui les fit exclure de leur ordre; les uns et les autres recherchaient la dégradation comme un chemin sùr vers l'infamie. Voici l’époque des coureurs d’héritage et des enfants introduits furtivement dans les familles patriciennes. La fortune sourit à ces faibles créatures exposées nues dans le Forum. Elle les réchauffe dans ses bras, elle les protège ; elle fait recevoir dans les grandes maisons CCS acteurs mystérieux qui doivent jouer sur son théâtre * .

En peu d'années, les plus hideux scandales se produisent. Un grand homme de guerre, Antonius Primus, combine avec trois ou quatre sénateurs de ses amis un moyen d’escroquer la succession du vieux Balbus ; les personnages les plus éminents de Rome confectionnent un faux testament. Octavius Sagitta, tribun du peuple, séduit Pontia qu'il veut épouser et lui fait quitter son mari ; après le divorce, la jeune femme s’abandonne à l'espoir d’une alliance plus brillante et refuse d’épouser son amant; celui-ci la tue. Numantia, répudiée par Silvanus qui épouse Apronia en secondes noces, fait prendre à son infidèle un philtre qui trouble sa raison. Il jette par la fenêtre sa seconde femme, et César lui intime l’ordre de mourir. Dans la famille consulaire des Papirins, une mère sollicite son fils à la débauche, l'enfant souillé par l’inceste se prend en horreur et se tue. Pauline, une grande dame, est livrée pendant la nuit à un jeune déhauchô par les prêtres d’Isis qui l'entraînent

1 Sial forluna improba noclu

IrriJens nii'lis infantibuü; bos foTel ninis.

Involvilqae sinii : Doinib'us lune porrigit allia,

Secreluuique sibi mimum parai.

JuvChai., Sol. vi, T. 606.

VIE DE NftRON

SI

adroitement dans les chambres secrètes du temple*. L’orateur Silius, après avoir reçu quatre cent mille sesterces d’un chevalier romain pour plaider sa cause, accepte une somme plus forte et trahit son client qui se perce de son èpée dans la maison de l’avocat*. Vinius, qui sera plus tard le ministre important de Galba, vole une coupe d’or à la table de Claude; Claùde l’invite à dîner pour le lendemain et le fait servir dans de la vaisselle de terre*. Rencontrer un homme d’honneur était un prodige, et l’on montrait an doigt celui qui avait gardé fidèlement un dépôt*. Enfin, l'aristocratie romaine jus* tiCait la cruauté de Mithridate; en faisant verser de l’or fondu dans le gosier d’Aquilius, son prisonnier, ce prince avait flétri Rome elle-même par le supplice d’un seul Romain.

Les grands et les heureux du siècle consacrent les jours aux égorgements du cirque et la nuit à de longues orgies, banquets de leurs funérailles ; pour un patricien dont les aïeux ont triomphé trois fois et qui voit leurs statues debout dans le Forum, quels plaisirs sont à la hauteur de tant de gloire? Le soir venu, il se fait porter en litière chez un financier qui traite ses amis. Un nombreux domestique l’accompagne; ses esclaves favoris marchent à ses côtés : celui-ci l’évente, celui-là chasse les mouches, d’autres suivent, portant le coffre-fort : on jouera. Les tables sont dressées en plein air à cause de la chaleur, on dtne au milieu du jardin à l’ombre de grands arbres, près d’une volière ornée comme une basilique. Elleest remplie d’oiseaux rares qui chantent et volent au-

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