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Âu lieu d’insister, il est à propos de juger la conduite de Néron et de pénétrer les motifs qui ont poussé le jeune empereur sur la scène. Après les guerres séculaires, les conquêtes accumulées et les guerres civiles, le peuple romain fut saturé de gloire militaire, de triomphes et de combats. Bientôt il pré- ' féra ses mimes à ses généraux. Eutiquo et Spiculus le préoccupaient beaucoup plus que Suétonius et Corbulon. Môme avant cette époque des Césars, les villes de la grande Grèce avaient témoigné de leur aversion pour la guerre et pour les agitations politiques; leurs habitants, adoucis par le climat, préféraient les plaisirs de la paix aux joies de la domination et à la gloire des armes; les Tarentins surtout. Ils négligeaient d’écrire leur histoire pour perdre le souvenir des malheurs et des crimes de la cité. Le nom des princes qui les avaient gouvernés était resté dans l'oubli; mais ils avaient gardé la mémoire des comédiens et des chanteurs éminents, persuadés que nous devons plus de reconnaissance à l'artiste qui nous charme qu’au tyran qui nous effraie. Les Romanis de l’empire étaient à ce propos de véritables Tarentins. Caligula s’indignait de les voir se passionner pour un gladiateur, au point d’oublier la présence de César et de lui manquer de respect ’. Sous Néron les cabales des pantomimes avaient divisé le Sénat et le peuple, ensanglanté le théâtre, et motivé le bannissement de ces comédiens*, Néron chercha le bruit et la gloire où ils étaient alors. Il cul quelque raison de croire que la vogue du comédien ajouterait à la popularité de l’empereur.
Aujourd’hui c’est un grand avantage pour les souverains qui ont l’honneur de commander aux nations chrétiennes, de n’avoir qu’à s’élever pour être populaires, et d’augmenter leur
Diq'
r Si KTOXE. VU iié Caligula, ch. xxxv.
influence avec l’idée qu’on a de leur courage et de leur venu ; les Césars, au contraire, forent souvent forcés de transiger avec les instincts grossiers de la multitude païenne et de subir ses exigencesau mépris de la justice et de leur dignité. Il faut SC rendre bien compte de tout ce qu’avait d’énergie la démocratie romaine sous les Césars, pour juger sainement la conduite de Néron. Ce peuple était toujours debout et assemblé. Au cirque il votait par acclamations la mort des gladiateurs, ou leur accordait la vie. Ses vociférations intimaient à César
des ordres qu’ordinairement il se hâtait d’exécuter. On vit
sous Tibère le peuple punir de mort un cordonnier coupable d’avoir tué un corbeau .«avant, instruit à voler .«ur la tribune aux harangues, d’où il saluait César et les citoyens. Les Romains exerçaient tous les jours leur souveraineté, tous les jours ils s’assemblaient dans le grand cirque au nombre de cent cinquanle mille spectateurs; ce n’était pas avec dix mille prétoriens que Néron pouvait contenir cette démocratie dans une ville qui comptait trois millions d’habitants. Proposez au souverain le [dus populaire du monde, de croire à la souveraineté nationale et de laisser le peuple libre se mouvoir à sa fantaisie dans une capitale de quelques millions d’habitants; chargcz-le d’amuser et de nourrir quatre cent raille citoyens, et de contenir cette démocratie turbulente avec dix mille hommes de troupe; il est douteux que dans de telles circonstances, il puisse gouverner quinze jours comme Néron a gouverné quatorze ans. Le prince romain vivait au jour le jour et se tenait en face de son peuple comme un orateur en présence d’une assemblée. Il fallait sur- •veiller la louve comme le dompteur de lions, qui ne perd jamais de vue scs anipiaux. Il fallait charmer, dominer la multitude, entrer dans ce peuple comme dans sa famille et le tenir par les entrailles; voilà pourquoi Néron se fitcomédicn.