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ses coadjuteurs; mais celle première conquête de la multitude à peine achevée, le momeiU approchait où il faudrait l’anuonccr au monde, donner des explications aux philosophes, opposer aux puissants une foi inébranlable, et produire devant la civilisation païenne les titres divins de la seconde révélation. L’humanité païenne, fièrc du ses conquêtes et de ses monuments, de son urbanité et de ses chefs-d'œuvre, repoussait le scandale d’une religion nouvelle qui outrageait son passé et qui niait son avenir.
De quel génie, de quelle audace, de quelle vertu devait être animé l’homme qui oserait prédire à l’ancien monde sa lin prochaine. Dieu suscita cet homme extraordinaire; Paul, de Tarse, d’abord persécuteur des chrétiens, fut le héros de celte entreprise insensée.
Le disciple, autrefois ardent et présomptueux, qui frappait Malchus avec l’épée, était devenu circonspect et timide ; il était allé par le monde, semant le bon grain dans les champs préparés par la culture romaine, sans éveiller l’attention des grands; cet homme modeste distribuait la vérité aux plus petits, évitant les obstacles et fuyant le martyre. Paul, au contraire, agitait la torche divine, bravait ce que le paganisme et l'empire avaient de plus redoutable, le fanatisme des Juifs et les railleries des Grecs. Impatient de livrer un dernier combat, il en appelait à César comme à son plus grand adversaire, il poussait la folie de la croix jusqu'à l’espérance de dominer la ville qui dominait le monde.
Scs travaux et scs longs voyages dans les provinces l'avaient d^à rendu célèbre dans tout l’Orient. Quelque tcutps avant que d'élre conduit à Rome, chargé de chaînes pour comparaître devant Néron, il écrivait aux chrétiens de Corinthe. * Je me suis souvent vu tout [U'ès de la mort : j’ai reçu des Juifs,
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cinq dilîcrentcs fois, Irente-neuf coups de fouet, j’ai été battu de verges trois fois, j'ai été lapidé une fois, j’ai fait naufrage trois fois; j’ai passé un jour et une nuit au fond de la mer; j’ai été souvent, durant mes voyages, dans les périls sur les fleuves, dans les périls des voleurs, dans les périls de la part de ceux de ma nation, dans les périls de la part des païens, dans les périls au milieu des villes, dans les périls au milieu des déserts, dans les périls sur mer, dans les périls entré les faux frères. J’ai souffert toutes sortes de travaux et de fatigues, de fréquentes veilles, la faim, la soif, beaucoup de jeûnes, le froid et la nudité. Outre ces maux, le soin de toutes les Églises m’attire de nombreuses affaires, dont je suis tous les jours accablé. Qui est malade sans que je souffre? Qui est scandalisé sans que je brûle?... A Damas, le gouverneur voulait me tenir prisonnier; on me descendit dans une corbeille par une fenêtre le long de la muraille et je me sauvai de scs mains. » Saint Paul omet ici trois ans passés dans les déserts de l’Arabie, pour se préparer aux travaux de l’apostolat par les austérités de l’ascétisme. C’est là, qu’au fond des solitudes où l’ombre et le silence tombent de si loin, au milieu des plaines de sable étendues devant lui comme une mer immobile, son intelligence vit s’entr’ouvrir dans l’extase les sublimes révélations de la foi. Pendant ce téte-à-tôte avec Dieu, il expérimentait, à la fois, son esprit et son corps éprouvés par la solitude et par le désert, magnifique théâtre de la lutte qu’il livrait à ses passions. A l’aspect des solitudes mornes et désolées et sous l’implacable sérénité du ciel, il supportait avec courage le dénuement de la faiblesse humaine réduitcàelle-mérae, l’épreuve d’une vie monotone, n’offrant d’autres accidents au dehors que des successions d’ombre et de lumière , au dedans d’autres émotions que les pensées d’une âme accablée sous le poids du
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temps. Saint Paul connaissait donc sa force et sa faiblesse, la perversité liumaine et le remède à cette perversité, les périls de sa mission et le prix des âmes à conquérir, quand il fut chargé de chaînes pour être conduit au tribunal de César.
Ce fut en l'an 61 de notre Seigneur J. -G., quelque temps avant la mort de Burrhus, que le grand apôtre vint à Rome. Après être parti de Gésaréc en Palestine, Paul avait supporté pendant plusieurs jours toutes les fatigues d’une tempête et d’un naufrage. Le vaisseau qui le portait s’élail englouti. Il dut passer trois mois d’hiver dans l’île de Malte. Aussitôt qa’on put reprendre la mer, le centurion Jules qui le conduisait à Rome, monta sur un navire d’Alexandrie avec tous ses prisonniers. De .Malte il vint à Syracuse, où il passa trois jours; puis à Reggio, où il attendit le vent un jour, et de là au golfe de Pouzzolesoùil quitta la mer. Paul trouva dans les villes d’Italie les convertis de Pierre et toutes les Églises qu’il avait fondées. Les chrétiens de Pouzzoles, instruits des combats et de la gloire de Paul, le retinrent sept jours au milieu d’eux. Le centurion accorda cette faveur à son prisonnier, dont la conduite et les discours l’avaient pénétré de vénération. Quand ils partirent pour Rome, Paul étajt chargé de chaînes. A ses côtés, marchaient Aristarque et Luc, ses disciples, qui avaient voulu le suivre et l’a.ssistcr et qui ne rougissaient pas de ses fers. Pierre et scs coadjuteurs avaient déjà fait connaître aux chrétiens dé Rome l’éminente vertu et le génie de Paul. • Ils vinrent » au-devant de nous, dit saint Luc, jusqu’au Forum d’Appius, » aux Trois Tavernes*. » Ce Forum d’.Appius était à vingt lieues de Rome; rien ne prouve mieux l’union parfaite qui régnait entre les chrétiens et les apôtres, que cet hommage rendu par le plus puissant au plus glorieux.