A MONSIEUR F. RAYMOND
PROFESSEUR DE LA CLIMQUE DES MALADIES DU SYSTÈME NERVEUX A LA SALPÉTRIÈRE
MoMMAGli liESPECTUUUX ET RECONNAISSANT.
INTRODUCTIOX
Les idées fixes qui se présentent au cours de tant de maladies nerveuses ou mentales constituent un des phénomènes les plus intéressants pour le médecin et pour le psychologue. D'une part, il est trop évident que ces idées, qui se développent démesurément dans l'esprit des malades, interviennent dans la plupart des perturbations mentales et même physiques, qu'elles contribueraient beaucoup, si on les comprenait bien, h les expliquer.
D'autre part, il n'est pas une fonction psychologique et physiologique qui ne puisse présenter des altérations en rapport avec l'idée fixe: la volonté, l'attention, la mémoire, les émotions, la respiration, la circulation, tous les phénomènes de la nutrition sont modifiés de toutes les manières chez ces malades. Ces modifications sont tantôt le principe, le point de départ, tantôt la conséquence des idées fixes, quelquefois elles les accompagnent sans que nous puissions bien préciser la relation de dépendance des phénomènes ; mais de toutes manières elles sont très précises et réalisent souvent les plus belles expériences que le psychologue puisse concevoir.
Je suis convaincu que c'est par l'étude de ces expériences naturelles, plus que par les théories et les mesures mathématiques que l'on arrivera à mieux comprendre notre intelligence et notre action.
Aussi, depuis longtemps, ai je été attiré par l'étude des malades tourmentés par des idées fixes. Ces malades me semblaient assez intelligents et raisonnables pour se prêter à toutes les recherches et d'autre part étaient assez atteints dans leur pensée pour nous montrer le mécanisme de bien des perturbations de l'esprit. Ils forment, après les hystériques proprement dits, des sujets de choix pour la psychologie expérimentale.
Mais je me suis aperçu bien vite que l'étude des idées fixes,
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prrciséinent par ce (ju'cllc touche à tous les points essentiels de la psychologie et de la physiologie, était extrêmement complexe et (ju'il m'était encore l)ien dillicile de l'aborder dans son ensemble s;ms siipiioscr résolus immédiatement et rt prioi-i bien des problciucs. (".'est pourquoi j'ai essayé d'appliquer à ces études une méthode «'mijruntcc à la clini([ue médicale et qui me semble très hicn appropriée aux recherches de psychologie expérimentale, celle lies observations individuelles. Pour celui qui, comme moi, avoue ne pas bien comprendre les théories générales des idées fixes, cluupie malade est intéressant en lui-même etdemandc ;t être analysé isolément. J'ai pris soin, pour élargir cette enquête sur les idées fixes, de choisii" des malades aussi difïerents que possible les uns lies autres. Aussi le mot « idée fixe » est-il nécessairement pris dans un sens fort large. Il ne s'agit pas uniquement d'idées obsédantes d'ordre intellectuel, mais d'états émotifs persistants, d'états de la personnalité (jui restent immuables, en un mot, d'états psycholon-i(uies (lui une fois constitués persistent indéfiniment et ne se modifient plus sullisamment pour s'adapter aux conditions variables du milieu environnant. Les solutions générales se dégageront probablement d'une manière toute naturelle de ces recherches particulières. Ce sont ces études particulières sur un certain nombre de malades analysés individuellement et, quand cela est possible, rappi'ochés d'autres sujets analogues que je réunis dans ces volumes avec l'espoir de j>ouvoir un jour les condenser dans un travail d'ensemble.
Chacune de ces observations étant déterminée par la nature d'un malade plus (pie par une recherche bien précise sur un point donné, il est diflicile de les classer régulièrement.
On peut admettre d'une manière générale qu'un premier groupe, constitué par les trois premiers chapitres, se rapporte principalement aux troubles psychologiques généraux qui accompagnent les idées fixes, c'est-à-dire les tioubles de la volonté, de l'attention, de la mémoire et aux méthodes (pii permettent de les étudier. Un second groupe porte sur l'analyse de quelques idées fixes considérées en elles-mêmes, sur leurs caractères, sur les lois de leur (h'Ncloppement . I)ans une troisième partie sont réunies des observations sur quehpies accidents jilus particuliers, sur des troidjles spéciaux de la sensibilité, du mouvement, des fonctions physiologiques qui semblent se rattacher à telle ou telle idée fixe. Enfin
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quelques chapitres constituent une dernière partie traitant plus particulièrement de certains procédés de traitement qui ont pu avoir dans quelques cas une heureuse influence. J'ai ajouté à cette dernière partie une observation d'anesthésie chirurgicale par la suggestion qui se rattache indirectement h ces études. On remarquera que la plupart des malades étudiés dans cet ouvrage, sauf quelques exceptions, présentaient outre leurs idées fixes des symptômes hystériques. En raison peut-être de mes études antérieures, je suis disposé à croire que l'hystérie rend plus faciles l'étude et • l'interprétation des troubles de l'esprit, que l'intelligence de cette curieuse maladie doit servir d'introduction à l'étude de l'aliénation. Nous pourrons mieux comprendre plus tard les idées fixes présentées par les autres malades si nous avons d'abord compris celles que présentent les hystériques.
Ces études sont réunies sous le nom de travaux du laboratoire de psychologie de la clinique à la Salpètrière et cela me semble juste, car c'est à ce petit laboratoire que je dois d'avoir pu continuer mes recherches de psychologie expérimentale. C'est Charcot qui m'a reçu dans son service avec tant de bienveillance et qui m'a permis de fonder ce petit laboratoire un peu spécial dans un grand service médical. Mon excellent maître, M. le professeur Raymond, en a compris l'utilité et l'importance et il a bien voulu m'aider à le conserver et à le développer. Grâce à lui, j'ai pu réunir les appareils nécessaires à quelques mesures et donner à certaines de ces études un peu plus de précision. Bien mieux, pour montrer tout l'intérêt qu'il prenait à ces études, pour les associer aux autres travaux de la clinique d'une manière plus étroite, M. Ravmond a bien voulu collaborer aux recherches contenues dans le second volume de cet ouvrage. Qu'il me soit permis de lui en exprimer ici toute ma reconnaissance'.
Paris, 28 juillet 1897.
1. Je désire signaler ici une erreur qui s est glissée dans la reproduction d'une des figures de cet ouvrage. Dans la figure 10, page 93. la ligne droite inférieure est trop élevée par rapport à la courbe. Dans son ensemble la courbe tout entière doit être supposée plus élevée de 7 cenlièines de seconde. Dans la légende de la figure 29, p. 271, lire hypocsthésio au lieu de dysesthésie.