‹ Nérvoses et idées fixesChapitre 130 sur 326 · POSSESSION ET EXORCISME · texte numérisé non relu

POSSESSION ET EXORCISME

Oiuiiul j'essayai de consoler le pauvre homme et de le calmer un pt'u, je lus fort mal accueilli : toutes mes tentatives furent vaines. J'essavai inutilement de prendre quelque autorité sur Achille, de le forcer à in'obéir ; j'essavai, comme dernière ressource, s'il n'était pas possible de lendonnir pour le dominer davantage pendant un état hvpnotique ; tout fut inutile; par aucun procédé je ne pus réussir ni ii le suggestionner ni à l'hypnotiser; il me répondit par des injures et des blasphèmes, et le diable parlant par sa bouche se railla de mon impuissance. Il en était de même autrefois : quand le docteur disait au démon de se taire, le démon répondait brulalenienl : « Tu me commandes de me taire, et moi je ne veux pas me taire '. »

Sur ma demande expresse, M. laumônier de la Salpêtrière voulut bien voir le malade, essaya lui aussi de le consoler, de lui apprendre ii distinguer la véritable religion de ces superstitions diaboliques ; il ne put y parvenir et il me fit dire que le pauvre homme était fou et avait besoin plutôt des secours de la médecine que de ceux de la religion. Il fallut se remettre à l'œuvre.

J'observai alors que le malade accomplissait bien des mouvements sans s'en rendre compte et que, préoccupé de ses haUucinations et de son délire, il était énormément distrait. Il était facile de profiter de sa distraction pour déterminer dans ses membres des mouvements qu'il accomplissait à son insu. On connaît ces personnes distraites qui cherchent leur parapluie de tous côtés pendant qu'elles le tiennent à la main sans le savoir. Je pus oflisser un cravon dans les doiets de sa main droite, et Achille le serra et le garda sans même s'en apercevoir. Je dirigeai doucement la main qui tenait le crayon et je lui fis écrire quelques traits, ([uchpies letties, et la main, entraînée par un mouvement dont le malach- toujours préoccu[)é de son délire ne se rendait pas conqîte, continua îi répéter ces lettres et même ;» signer le prénom (rAchille sans qu'il s'en aperçût. Ces mouvements ainsi accomplis à l'insu de la personne ([ui semble les produire peuvent, comme on sait, êti-e désignés sous le nom de mouvements automatiques, et ils étaient ih*s plus nombreux et des plus variés chez ce malade. Avant constaté ce point, je cherchai à déterminer ces mouve-

1. l'usscssion (le M'''' lliiiisaiiig CM l<il',) (Imis l:i \illc de Uciiiirenionl, dans le Tiaiti' sur les ap/xirilions des psjjnls cl sui- li>s s'umpires ou les revenaïUs de Ihiiii/^rie ci de Muitiste, jiar Dom Augiisliii (luluul, aljljé de Scnoues, 1751, I. 211.

ments par simple coniinandement. Au lieu de m'adresser directement au malade, qui, je le savais trop bien, m'aurait répondu par des injures, je le laissai délirer et déclamer tout à son aise ; mais me plaçant derrière lui, je commandai tout bas quelques mouvements. Ces mouvements ne s'exécutèrent point ; mais, à ma grande surprise, la main qui tenait le crayon se mit à écrire rapidement sur le papier placé devant elle et je lus cette petite phrase que le malade avait écrite à son insu, comme tout ;i l'heure il signait son nom sans le savoir. La main avait écrit: « Je ne veux pas ». Cela semblait une réponse à mon ordre, il fallait continuer. « Et pourquoi ne veux-tu pas ? » lui dis-je tout bas sur le même ton ; la main répondit immédiatement en écrivant : « Parce que je suis plus fort que vous. — Qui donc es-tu ? — Je suis le diable. — Ah! très bien, très bien, nous allons pouvoir causer. » On peut voir, figure 66, une reproduction de cette écriture du diable.

FiG. i;i).

Tout le monde n'a pas eu l'occasion de pouvoir causer avec un diable, il fallait en profiter. Pour forcer le diable à m'obéir, je le pris par le sentiment qui a toujours été le péché mignon des diables, par la vanité. « Je ne crois pas à ton pouvoir, lui dis-je, et je n'y croirai que si tu me donnes une preuve. — Laquelle ? » répondit le diable, en empruntant comme toujours pour me répondre la main d'Achille qui ne se doutait de rien. « Lève le bras

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